Rapport d'expérience au Honduras
automne 2001
Stéphane Brunet

 

Depuis plusieurs années, lors des quelques voyages que j'ai effectués en Amérique centrale et du sud, je cherchais un moyen efficace de m'impliquer pour aider ceux qui n'ont pas la chance que j'ai dans la vie. Mais sans un lien d'approche directe comme l'organisme Mer et Monde, il est difficile d'entrer dans la vie des gens, partager leur quotidien intime et de recevoir l'ouverture requise pour pouvoir aider vraiment, de quelque manière que ce soit, en connaissant les besoins et désirs de base des gens. C'est avec l'organisme Mer et Monde et son équipe que j'ai pu réaliser vraiment cette aide et expérience enrichissante qui m'a ouvert les yeux, plus que tout autre voyage, sur le partage si important à l'équilibre de notre monde.

L'arrivée en avion à Tegucigalpa est tout simplement super avec ses montagnes et les prouesses de l'avion pour atterrir dans ce décor accidenté et à l'espace restreint. Je n'oublierai jamais l'accueil chaleureux et l'expérience humaine sincère vécue à la maison Clara-Lauzon de Mer et Monde en compagnie de Martin, Sally, Syméon, Christophe, Paul, Ricardo, Caroline et Bacar. Ici on ressent une énergie de partage, de motivation, de compassion, de respect. Pour moi, ce fut un grand changement car ici à Montréal, je ressens plus dans mon quotidien un environnement de surconsommation matérielle, de chacun pour soi, et surtout un environnement où la motivation provient des intérêts personnels.

Chaque jour, mon temps était très bien rempli et la motivation de l'équipe de Mer et Monde faisait que l'ennui n'avait pas sa place. Pour commencer, j'ai travaillé avec Martin et 5 jeunes de la rue pour transporter le matériel requis pour construire une garderie dans les environ de la Valle de Angeles. Journée épuisante mais très intéressante. J'étais vraiment étonné de voir à quel point les jeunes de la rue ont du potentiel, ils sont vifs d'esprit et ont beaucoup de possibilités. Je suis aussi allé travailler à la construction de maisons pour ceux qui ont tout perdu lors de l'ouragan Mitch en 1998. Depuis 3 ans ils vivent dans des tentes entassées les unes sur les autres. Situation difficile pour eux mais qui prendra fin bientôt avec les constructions financées par la Croix-Rouge. Certains comme eux sont chanceux dans leur malchance car j'ai rencontré d'autres sinistrés près de Tegucigalpa qui n'avaient reçu aucune aide et qui vivaient une situation pire encore. Comme ils me disaient : " Nous attendons l'aide de Dieu ". Comment se reconstruire avec un salaire de 200 dollars canadiens par mois pour faire vivre une famille de 6 enfants?

Nous sommes aussi allés visiter des garderies à Villa Nueva et Los Pinos, la micro-entreprise de vente de pain à Pueblo Nuevo, des centres d'accueil pour jeunes de la rue à Tegucigalpa. J'ai vraiment aimé m'impliquer avec les garderies car je crois que l'enfance est le moment idéal pour construire les bases solides à ce que sera la vie de ces enfants, leur implication future, leur rôle dans la société. J'ai réalisé que l'éducation, le savoir, la conscience étaient directement reliés avec la possibilité de rompre avec le cercle vicieux de la pauvreté, la soumission, l'indifférence et la non-expression de soi. Les enfants éduqués grandissent dans un environnement plus sain, plus stimulant. Ils réfléchissent plus à ce qui est bon pour eux, à leur désir, leur avenir... Ils ont moins de bébés très jeunes (13 à 15 ans), ont plus confiance en eux, ont plus d'espoir pour leur futur, et acceptent moins la pauvreté et le non-respect envers eux, finalement leur vie peut être meilleure au bout du compte.

J'ai aussi beaucoup marché durant mon voyage de 2 semaines : 15 km de marche dans un décor montagneux vraiment super avec Martin, Ricardo et Bacar près de Ojosona, 40 km de marche en 2 jours de Valle de Angelos à Jutiapa en passant par la jungle de la Tigra (Parque National). Expérience super et très dure physiquement.

Finalement, je remercie profondément et sincèrement Mer et Monde pour cette expérience qui a beaucoup influencé positivement mon existence. Merci et bon voyage.

Stéphane Brunet
novembre 2001