Quelques réflexions de la part du groupe Solidaridad Québec-Honduras

Bonjour a tous, gens du Quebec!

Comme prévu, nous vous écrivons des nouvelles de notre projet, qui tire maintenant à sa fin. Notre travail est terminé, nous partons lundi pour des vacances. La dernière étape de notre projet a été des plus diversifiées. Nous sommes allés passer cinq jours à la Casa Zulema, en petits groupes séparés. La casa Zulema est une maison pour gens atteints du sida. Tous les malades qui y résident sont gravement atteints; de plus, ils n'ont pas de famille pour les soutenir et manquent d'argent. Cette maison est l'œuvre du padre Ramon, un père espagnol, et de Laura, une infirmière hondurienne, qui a quitté maison et famille pour s'établir bénévolement dans cette maison.

Notre séjour n'a pas été des plus faciles au point de vue moral, mais il nous a fait grandir. D'abord, le fait d'entendre les histoires terribles des malades nous ont beaucoup remuer. C'est incroyable comme ces gens ont été victimes d'injustices et de crimes épouvantables. Plusieurs ont été violés et ont ainsi contracté le sida, d'autres se sont fait infecter par des amants malhonnêtes, d'autres sont tombés malades en se prostituant… Plusieurs ont passé une partie de leur vie dans la rue, les enfants se sont fait battre et ont des retards mentaux… Bref, tous les malades ont souffert la misère et l'abandon de tous… La mission de la maison est de leur donner les soins nécessaires, mais également de leur donner un support familial et beaucoup d'amour. En effet, tous les malades, le personnel et les volontaires comme nous forment une grande famille. Chacun prend soin des autres, jouent ensemble, partagent les tâches quotidiennes… La maison fonctionne uniquement à l'aide des dons qu'elle reçoit et des volontaires qu'elle reçoit. Nous avons trouvé l'expérience d'une richesse extraordinaire et nous aurions adoré y passer plus de temps, mais celui-ci nous manque!

Durant notre séjour, une patiente est décédée. C'était la mère d'une petite fille aussi patiente à la casa Zulema. Nous avons trouvé difficile cette situation; en effet, tout le monde cachait à la petite Carmen la mort de sa mère au petit matin, car on attendait la venue du padre pour qu'il lui explique la situation. Tout ça était bien délicat. La petite Carmen vient d'avoir sept ans, elle n'est pas très consciente qu'elle est atteinte d'une maladie mortelle. Elle était proche de sa mère, mais en même temps, elle en était éloignée. Sa mère se faisait battre quand elle était petite et a battu Carmen à son tour. Leur relation était faite à la fois de tendresse et de violence. Il était difficile de prévoir la réaction de Carmen. Finalement, lorsqu'elle a appris la vérité, elle a semblé à la fois triste, mais à la fois sereine; en fait, elle ne semblait pas prendre conscience tout à fait de la réalité. Ce n'est qu'une petite fille…

Notre rôle à la maison a été d'aider les trois petites filles à faire leurs devoirs, à aider l'infirmière et la cuisinière, à offrir notre présence aux patients en jouant avec eux, en parlant, en se promenant dans le parc… Les patients nous ont accueilli avec joie et tendresse, ils semblaient si contents de passer du temps avec nous, d'avoir un peu d'attention de gens étrangers!

Nous avons également fait plusieurs visites à une famille atteinte de dystrophie musculaire, dans la ville de Tégu. La mère prend soin de ses trois garçons malades et de sa fille atteinte d'une maladie mentale. Sa fille lui rend la tâche très difficile; elle crie beaucoup et violence parfois même ses frères. Les garçons sont à un stade très avancé de la maladie. La mère a déjà perdu des fils pour la même raison et préfère ne pas hospitaliser ses enfants, car puisqu'ils vont mourir bientôt, elle veut passer leurs derniers instants avec eux. Ils sont dans des conditions très précaires. Ils passent la journée sur le plancher, ne pouvant pas bouger, dévorés par les mouches et la chaleur écrasante. Ils n'ont pour toute diversion que la télévision qui joue toujours les mêmes débilités.

Il a été difficile pour nous de s'habituer à leurs conditions terribles. À chaque semaine, quelques personnes de notre groupe allaient les visiter. Nous leur achetions de la nourriture et nous les faisions manger (ils ne mangent pas toujours à leur faim, car la famille est très pauvre), nous leur avons acheté des trucs pour dessiner et colorier, ce qui les enchante beaucoup, nous leur avons compté des histoires, nous leur avons parlé de notre famille, de notre vie… Ils étaient si heureux de connaître d'autres réalités… Ces enfants sont si gentils et intelligents, en fait, ils ont toute leur tête, mais n'ont aucune maîtrise de leur corps… Ils sont parfaitement conscients de leur mort prochaine, eux qui ont vu mourir leurs frères aînés… mais ils ne semblent pas du tout amers. En fait, ils ont l'air d'apprécier la vie davantage que plusieurs de nos concitoyens.

Nous avons fait beaucoup d'autres choses encore. Nous avons aidé une doctora qui travaille dans un quartier pauvre de Tégu. Cette petite femme est débordée, elle travaille à plusieurs endroits, et nous l'avons aidé dans ses consultations, en faisant des petits choses à notre portée : prendre la pression des patients, leur température, leur poids, aider la pharmacienne à préparer les prescriptions, aider la secrétaire… Nous avons pu aider un peu, mais surtout apprendre des tonnes de choses, tant au point de vue médical qu'humain!

Nous avons fait également une tournée des garderies qui sont en contact avec notre organisme Mer et Monde pour vérifier si la croissance des petits est normale. Nous les avons mesuré et pesé et avons expliqué les données aux gardiennes. Les petits sont si charmants, ils nous ont apporté beaucoup de joie au cœur.

Finalement, nous avons également planté des arbres, ce qui n'est pas dans notre domaine, mais nous avons adoré l'expérience! Nous avons fait notre part pour l'environnement hondurien, qui est, disons-le, très maltraité! En plus de tous les déchets que les gens jettent partout sans souci, les terres honduriennes sont également victimes de catastrophes naturelles épouvantables. En plus de Mitch qui a fait des ravages, plusieurs incendies ont détruit les forêts, et c'est pourquoi nous avons décidé de donner notre coup de pouce pour la reforestation!

Alors voilà, j'espère que ces nouvelles vous aident à comprendre un peu notre projet. Nous trouvons que nous faisons peu, mais nous apprenons tellement! Nous allons sortir de cette expérience tout à fait grandis et plus humains, plus conscients des problèmes qui ravagent la planète. Nous voulons vous remercier pour l'appui extraordinaire que vous nous manifestez; c'est beaucoup grâce à vous que nous vivons cette expérience si enrichissante. Nous pensons a vous tous!
Merci beaucoup et à bientôt!
Véronique Parent


Voici quelques observations faites par Antoine sur la vie au Honduras.

Éducation : Ici, les enfants ne vont à l'école que l'avant-midi ou l'après-midi. Là n'est pas tant le problème, car il est indéniable que les enfants ont un poids économique non négligeable, si ce n'est que toute l'aide qu'ils apportent à leur mère. Donc, la demi-journée leur convient bien, toutefois le problème est plutôt dans le peu d'importance qu'ils accordent à l'école, à l'inconstance de celle-ci et du peu de suivi qu'ont les enfants. En bref, ça veut dire que les enfants ratent souvent l'école tout simplement parce que ça ne leur tente pas d'y aller ou autres raisons douteuses (et ce, quand les profs se présentent), qu'ils sont laisses à eux-même, pas encadrés dans leurs devoirs et que les classes sont données dans un désordre total. Et l'Université? Accessible, seulement aux plus riches.

Santé : Système de santé à trois vitesses, celui pour les pauvres est commandité par le FMI et Banque Mondiale en échange de quoi le Honduras donne les meilleures terres à la Dole, privatise son électricité et son téléphone. La vitesse la plus lente est bonne pour guérir les amygdalites, pharyngintes, otites. Si tu as d'autres choses, il faut que tu attendes un méchant bout avant de te faire voir par le spécialiste (mais au moins il le voit gratuitement). La santé publique, pas prise au sérieux… La prévention est quasiment à zéro et est souvent une façon pour les politiciens de faire du capital politique. La population ne prend pas ça vraiment au sérieux. Ils boivent de l'eau non traitée et se disent qu'ils ne sont pas malades.

Pauvreté : Elle n'est pas si troublante dans le matériel, souvent ils ont l'essentiel et pour nous qui n'y sommes pas longtemps, ce n'est pas assez pour nous frustrer. Et un enfant qui ne mange pas, ce n'est pas n'est pas nécessairement écrit dans sa face. Et la plupart mangent à leur faim, (du riz et des fèves, mais ils mangent)! La pauvreté est pire dans le manque d'espoir, la routine qui est essentielle à leur survie, dans l'éclatement des familles, dans la violence entre eux, dans la violence conjugale et envers les enfants, dans la stupidité à cause du manque d'éducation, dans l'exaspération quotidienne, dans la désorganisation sociale.

Violence : C'est un milieu très violent, le problème, c'est qu'ici les gangs de rue peuvent te tuer parce qu'ils ont décidé qu'ils te tuaient. Mais ils se tiennent dans les quartiers les plus pauvres.

Souliers : Les enfants ici (quartiers pauvres) se promènent toujours nus pieds ou en gougounes. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas de souliers, mais ils n´en ont qu'une paire et ils la gardent propre pour l'école

Religion : Dans les années 80, les Américains ont envoyé et donné des moyens à des missionnaires de l'église évangéliste afin de convertir les gens ici. Le but visé était de diviser l'église Catholique qui prêchait, ici en Amérique Centrale, la rébellion contre le système d'exploitation impérial américain, le renversement du gouvernement, l'abolition de la pauvreté et l'ouverture à la conscience sociale. Maintenant, cette église sectaire très refermée sur elle-même, qui s'appuie sur la peur pour avoir de nouveaux pratiquants, a converti près de 30% des gens. Disons juste qu'ils n'avaient pas besoin d'être encore plus divisés.