Rapport de stage en pays en voie de développement

République du Honduras
Du 7 mai au 25 juin 2001
Anne-Marie Poitevin

En juin et juillet 1999, je suis allée en République Dominicaine pour faire un stage humanitaire en collaboration avec les religieuses de la communauté Sainte-Marie de Namur à Ottawa. J'ai tout de suite eu la piqûre du voyage, mais ce projet m'a surtout donné envie de découvrir d'autres cultures, de m'ouvrir sur le monde et sur les autres. C'est dans cet esprit que j'ai décidé, avec d'autres étudiants en médecine, d'organiser un stage humanitaire au Honduras.

Objectifs

  • Découvrir une nouvelle culture, me familiariser avec un mode de vie complètement différent du mien.
  • Apprendre sur moi-même, travailler ma capacité d'adaptation à de nouvelles situations, me forcer à me dépasser et à explorer mes capacités.
  • Faire un stage axé davantage sur la médecine sociale et préventive plutôt qu'un stage d'observation en hôpital.
  • Prendre conscience des besoins réels du milieu et offrir une aide adaptée à la situation des gens, dans la mesure de mes capacités.
  • Créer des liens avec les gens, favoriser les relations humaines.
  • Sensibiliser les gens à mon retour.

Préalables au stage

a) Origine de l'idée, démarches et contacts
Nous avons donc d'abord formé le groupe avec des amis à l'université, puis nous nous sommes lancés à la recherche d'un contact en Amérique Centrale, puisque plusieurs membres du groupe possédaient déjà une base en espagnol.

Par le biais de Mgr François Lapierre, évêque du diocèse de St-Hyacinthe, nous sommes entrés en contact avec l'organisme Mer et Monde siégeant à Montréal et œuvrant au Honduras et au Sénégal. Mer et Monde est un organisme non-gouvernemental créé en 1986 et reconnu comme organisme de charité. Depuis mai 2000, ils ont établi une maison au Honduras où les volontaires sont accueillis par une famille québécoise.

Mer et Monde travaille au Honduras avec Koinonía, un organisme hondurien à but non-lucratif qui œuvre dans plusieurs domaines : la santé, l'éducation et l'organisation de coopératives pour les femmes. Koinonía est un mot grec qui signifie "communion ". Cet organisme a été fondé en 1996 par Monseigneur Oscar Andrés Rodríguez qui en est toujours le président. Cependant, nous avons surtout connu les autres membres de l'organisme : Rosario Zelaya, la directrice exécutive, le Padre Eduardo, la Doctora Maria Margarita, Angela qui occupe le poste de secrétaire et qui est également responsable des garderies, Don Augustin qui s'occupe des finances et du transport ainsi que Martin Couture, responsable des volontaires de Mer et Monde au Honduras. Les principaux projets de Koinonía comprennent l'administration et le fonctionnement de cinq garderies (hogares), la mise en place et le bon fonctionnement d'une boulangerie à Pueblo Nuevo ainsi que la collaboration avec le centre pour jeunes de la rue Agape.

b) Formation
Nous avons suivi une formation d'environ 60 heures, échelonnées sur 4 fins de semaine et deux soirées. La formation était donnée par Renaude Grégoire, au nom de Salut le Monde. Les principaux thèmes abordés ont été la mondialisation, les balises et les principaux organismes de l'aide internationale, le choc culturel et l'adaptation à une nouvelle culture, la situation des enfants de la rue, les conséquences de l'ouragan Mitch, la santé au Honduras (principalement celle des femmes et des enfants) ainsi que la situation économique et l'histoire du pays. Nous avons également eu la chance de rencontrer deux volontaires ayant vécu à Tegucigalpa pendant trois mois, ainsi qu'une infirmière en santé communautaire de retour du Honduras. Par le biais de vignettes, de mises en situation, de lectures et le visionnement de vidéos (Turbulences, Salam Bombay, Les marchands de misère, Nosotros), nous nous sommes familiarisés avec la situation des pays en voie de développement, en particulier celle du Honduras.

Les séances de formation ont aussi été une occasion de s'apprivoiser à la vie en groupe. Nous devions nous occuper de l'organisation, des repas et du ménage puisque nous passions toute la fin de semaine ensemble dans une maison. Plusieurs des activités organisées visaient aussi à augmenter la coopération et la communication au sein du groupe.

J'ai beaucoup apprécié la formation donnée par Mer et Monde et je crois qu'elle nous a été d'une grande utilité. Toutefois, je crois qu'il aurait été utile d'approfondir un peu plus le volet politique et historique du Honduras pour mieux comprendre l'attitude des gens du pays. Je m'attendais à retrouver l'accueil chaleureux typique de l'Amérique Centrale, mais le Honduras fait exception à cette règle. Nous avons d'ailleurs tous été surpris par l'antipathie des gens à notre égard en arrivant au Honduras. L'adaptation aurait certes été plus facile en saisissant mieux pourquoi ils agissent ainsi envers les étrangers.

Pour compléter notre formation, surtout sur le chapitre de la santé, nous avons eu une séance avec le Dr Jacques Girard, professeur responsable du cours et de la maîtrise en Santé en pays en voie de développement à l'Université Laval. Nous avons davantage approfondi le thème en résumant les principaux chapitres du cours. De plus, nous avons eu une séance pratique sur la vaccination et l'administration d'injections en collaboration avec la Faculté de Sciences infirmières de l'Université Laval.

c) Financement
Nous avons organisé plusieurs activités de financement au cours de l'année précédant notre départ : lave-autos, vente de suçons, Cosmic Bowling. Nous avons également réalisé un dossier et un site Internet (www.saludhonduras.freehosting.net) pour faire connaître notre projet. Nous avons utilisé ce dossier pour faire des demandes de financement auprès d'entreprises et de particuliers ainsi qu'à certaines caisses populaires, municipalités, communautés religieuses et regroupements populaires. Cependant, la majeure partie de notre financement est venue du Bureau international de l'Université Laval qui, conjointement avec le CCISD et le Dr Jacques Girard, a remis à chaque membre du groupe une somme de 1500$. Nous avons aussi reçu un appui considérable de l'OQAJ (Office Québec-Amérique pour la Jeunesse), qui a défrayé les coûts des assurances, de notre première nuit d'hébergement ainsi qu'une partie des frais du billet d'avion et des déplacements.

Contexte général du stage

Le Honduras est un pays d'Amérique centrale bordé par le Guatemala, le Nicaragua et le Salvador. Contrairement à ses voisins, le Honduras n'a pas connu de révolution et de guerres civiles. Après plus de trois siècles de domination espagnole, le Honduras est devenu la porte d'entrée en Amérique Centrale des États-Unis, qui y avaient plusieurs bases militaires. Les puissantes compagnies américaines de fruits ont également profité des immenses ressources du sol hondurien. Ces compagnies, principalement la Standard Fruit Company, ont eu et ont encore une énorme influence sur la politique et l'économie du pays.

Bordé par l'océan Pacifique et la Mer des Caraïbes, le Honduras possède de grandes richesses naturelles. Le relief y est très montagneux au centre du pays, mais les côtes sont bordées de plages magnifiques, pourtant peu exploitées pour le tourisme. Le changement dans le climat et la végétation entre les terres et la côte est surprenant. Si la chaleur et l'humidité sont insupportables sur les côtes parsemées de palmiers, le climat dans la capitale est beaucoup plus sec et ressemble davantage aux journées chaudes de nos étés québécois.

La population du Honduras est estimée à 6,2 millions d'habitants, dont environ 2,9 millions ont moins de 18 ans. La capitale, Tegucigalpa, compte plus d'un million d'habitants. La plus grande partie de ceux-ci vivent dans les bidonvilles entassés sur les nombreuses montagnes qui forment la ville. Celle-ci est traversée par la rivière Choluteca qui sépare Tegucigalpa et Comayaguela. La rivière sert plus d'égout que de source d'eau, puisque les installations sanitaires sont quasi absentes : les canalisations d'égouts sont inexistantes et la collecte des déchets ne se fait que dans quelques quartiers riches de la ville.

Pendant le stage, nous avons eu l'opportunité de connaître à la fois le milieu rural et le milieu urbain. Bien que la majeure partie du stage se soit déroulée à l'intérieur de la capitale, j'ai eu la chance de vivre deux semaines en famille dans des villages plus éloignés, Pueblo Nuevo et Jiniguare. En milieu rural, la pollution est évidemment moins présente, mais l'accès à l'électricité et à l'eau est également plus restreint. Les gens vivent surtout de l'agriculture et de l'artisanat, contrairement à la ville, où les gens travaillent dans les usines ou possèdent de petits commerces.

Situation sanitaire de la population dans la zone desservie

Il est difficile de fournir des statistiques très précises sur l'état de la population au Honduras. Les gens ne consultent pas toujours la clinique et pas toujours au même endroit. De plus, plusieurs familles et plusieurs domiciles ne sont pas enregistrés, ce qui rend les chiffres officiels souvent erronés et peu réalistes.

Données officielles
Taux mortalité 1997
Taux natalité 1997
Espérance de vie 1997
% population urbaine 1995
Taux de croissance urbaine 1995-2000
5/1000 hab.
34/1000 hab.
70 ans
46
4,3

Par contre, le centre de santé San Benito dans le quartier Los Pinos travaille à recenser les familles, à donner des adresses aux maisons et tient le compte des cas de fièvre dengue, de malaria, de rage, de diarrhée et de choléra soumis au centre de santé. Ainsi, à Los Pinos, les maladies les plus fréquentes sont les infections respiratoires aiguës, les dermatites et la diarrhée causée par les parasites. La cause de mortalité la plus fréquente est sans contredit la mort violente (accidents, meurtres).

Il existe au Honduras deux types de centres de santé. Les Centro de salud con medico y odontológico (CESAMO) sont fréquents dans les villages. On y retrouve un ou plusieurs médecins accompagnés d'infirmières et le centre offre également les services d'un dentiste. En région rurale, on retrouve davantage de Centro de salud rural (CESAR), dirigé seulement par une infirmière. Dans la capitale, on retrouve aussi plusieurs cliniques de paroisses ou de quartiers, comme celle où travaille Maria Margarita, le médecin avec qui nous avons travaillé.

Dans le quartier Los Pinos, où j'ai passé la majeure partie de mon stage, les services de santé sont tous offerts par le centre de santé San Benito, un CESAMO (centro de salud con medico y odontológico). Les patients qui nécessitent une investigation ou un traitement plus poussé sont référés à l'hôpital San Felipe, un hôpital national, aussi situé dans la capitale.

Déroulement du stage

a) Les garderies
Nous avons passé plusieurs jours dans les différentes garderies de Koinonía. Au nombre de cinq, celles-ci visent à recueillir les enfants laissés à eux-mêmes pendant la journée, alors que leur mère travaille à l'usine ou vend des tortillas au marché. Il en coûte deux Lempiras (environ 20 sous) par jour pour fréquenter la garderie, qui offre deux repas et la collation. On retrouve dans chaque garderie entre 30 et 50 enfants, âgés de quelques mois à 9 ou 10 ans. Chaque garderie est dirigée par une mère éducatrice (educadora), aidée d'une auxiliaire (niñera) et d'une cuisinière.

L'horaire de la journée est très chargé dans les garderies. En plus des deux repas, on trouve du temps pour les activités éducatives, les chansons, les jeux à l'extérieur, le bricolage et le dessin, ainsi qu'une sieste en après-midi. Pendant que les plus vieux font leurs devoirs, les plus jeunes apprennent les formes, les couleurs, les chiffres et les lettres. On vise aussi à leur transmettre quelques règles d'hygiène. On montre donc aux enfants à se laver les mains avant chaque repas et on leur nettoie le visage, les bras et les jambes avant la sieste.

En plus de participer aux activités de la garderie et d'aider les éducatrices, nous avons participé de façon spéciale à certaines campagnes de sensibilisation. Nous avons donc distribué des brosses à dents aux enfants en leur montrant comment faire un bon brossage. Nous leur avons également donné un traitement de fluor. Il est déconcertant de voir l'état des dents et des gencives des enfants. Il n'est pas rare de voir un enfant de 5 ans dont plusieurs dents sont noires et pourries. Évidemment, l'hygiène buccale n'est pas la préoccupation majeure dans ces quartiers où les gens cherchent d'abord à se nourrir convenablement. Durant notre séjour, nous avons aussi donné aux enfants un shampooing contre les poux. Bien sûr, ces shampooings n'ont pas libéré les enfants du problème puisqu'ils sont en contact avec des enfants ne fréquentant pas la garderie et les membres de leur famille ont aussi des poux. Toutefois, bien que les dirigeants de Koinonía soient conscients que de telles mesures ne sont pas tellement efficaces à court terme, ils tiennent à montrer aux enfants qu'il est possible de se débarrasser des poux avec une bonne hygiène, dans l'espoir qu'ils appliquent ces mesures plus tard.

Nous avons également visité plusieurs garderies dans le but de peser et mesurer les enfants et de tracer leurs courbes de croissance. Le médecin responsable des garderies, Doctora Maria Margarita, ne peut effectuer cette tâche régulièrement puisqu'elle est seule pour visiter une vingtaine de garderies, en plus de sa clinique et de ses fonctions à Koinonía. De plus, elle doit transporter la balance de garderie en garderie, à pied et en autobus. Nous nous sommes donc divisé le travail et en équipe, nous avons couvert plusieurs garderies. En général, dans les garderies dirigées par Koinonía, on ne retrouve que peu d'enfants de petits poids et ceux-ci sont généralement de grade I. Par contre, dans d'autres garderies, près de la moitié des enfants sont de petit poids, et on retrouve plusieurs cas de grade II, souvent membres d'une même famille.

Les parasites sont un problème majeur chez les enfants, causant diarrhée, amaigrissement, maux de ventre et démangeaisons anales. Avec les fonds provenant du Ministère québécois des Relations Internationales (MRI), les responsables des garderies ont acheté de la piperazine que nous avons distribué aux enfants pour éliminer les parasites. Nous avons aussi profité de cette campagne pour faire un jeu avec les enfants, à l'aide d'images leur expliquant les conseils d'hygiène de base : utiliser la lettrine, se laver les mains avec du savon, porter des chaussures, ne pas jouer avec les déchets…

Enfin, chaque garderie possède une petite pharmacie contenant le nécessaire en cas d'urgence ainsi que certains médicaments contre les parasites, la fièvre ou la toux. En visitant les garderies, nous avons donc remplacé les médicaments périmés et complété les pharmacies.

b) La distribution de chlore
La qualité de l'eau potable est un problème majeur au Honduras, comme dans plusieurs pays en voie de développement. La diarrhée, les parasites et le choléra font partie des maladies les plus répandues au Honduras et sont la cause de nombreux retards de croissance. Malheureusement, ces maladies font partie de la vie quotidienne des gens et ceux-ci les prennent parfois trop à la légère et négligent de prévenir les maladies en ajoutant du chlore à l'eau. Les raisons sont multiples : l'ignorance, la mauvaise information, le manque de ressources et trop souvent la pure négligence. La qualité de l'eau n'est pas non plus une préoccupation majeure pour le gouvernement et les directeurs de compagnies d'eau potable. Ainsi, certaines de ces compagnies vont remplir leurs camions citernes à la rivière qui sert aussi d'égout et vendent l'eau comme filtrée et pure.

La plupart des familles reçoivent l'eau de l'aqueduc, par un robinet à l'extérieur de la maison. Le robinet coule une fois par semaine pendant quelques heures et les gens font des réserves dans d'énormes barils. Cette eau, qui provient d'une source en haut des montagnes, est supposée être chlorée à la source. Toutefois, au centre de santé, les responsables des activités d'hygiène nous ont dit que l'eau n'est pas toujours chlorée et que même si elle l'est, elle prend tellement de temps à rejoindre les robinets des demeures que le chlore perd toute son efficacité, surtout avec la chaleur et l'état des tuyaux. Pourtant, la plupart des familles prennent pour acquis que l'eau qui provient de la ville est propre à la consommation et très peu y ajoutent du chlore.

Un nombre important de familles, qui n'ont pas de robinet à la maison, achètent aussi leur eau "de consommation" à la pulperia (dépanneur). Encore selon le responsable du centre de santé, la plupart des commerces disent ajouter du chlore à l'eau avant de la vendre, mais toutes ne le font pas. Une équipe du centre de santé fait donc la tournée des pulperias pour mesurer la concentration en chlore dans les récipients d'eau à vendre et s'assurer que celle-ci est potable. Évidemment, ils ne peuvent contrôler en tout temps tous les points de vente et plusieurs familles sont encore une fois faussement rassurées.

En collaboration avec le centre de santé San Benito, nous avons donc effectué des visites dans les familles pour distribuer des petits sacs de chlore en poudre. Nous avons visité une cinquantaine de maisons du quartier Los Pinos, dans les secteurs où le plus de cas de diarrhées sont rapportés. Nous avions au préalable conçu une feuille d'information avec des images illustrant quelques conseils d'hygiène Dans chaque famille, nous prenions les informations sur la provenance de leur eau "de consommation" et sur les moyens qu'ils utilisent pour la traiter. Dans les familles où la prévention était insuffisante, nous donnions un sac de chlore en expliquant la façon de l'utiliser. Ils doivent dissoudre le chlore dans un litre d'eau propre et laisser reposer une heure. Ils n'ont ensuite qu'à ajouter 3 gouttes de cette solution, appelée solution-mère, à chaque litre d'eau qu'ils désirent utiliser. La solution-mère peut donc durer plusieurs semaines. De plus, ils peuvent se rendre au centre de santé pour recevoir gratuitement du chlore supplémentaire lorsqu'ils en ont besoin.

Il est étonnant de voir que la plupart des gens savent comment utiliser le chlore, mais ne le font qu'à l'occasion. Leurs motifs ne sont toutefois pas clairs. Dans la plupart des cas, il ne s'agit pas d'un problème financier. Il semble plutôt que les gens se soient habitués aux maladies véhiculées par l'eau, que celles-ci font partie de leur quotidien et qu'il ne croient pas vraiment que le chlore peut changer la situation. Bien sûr, plusieurs font également confiance à l'eau provenant du robinet puisqu'elle est distribuée par les autorités du pays. Toutefois, les gens étaient pour la plupart réceptifs et accueillants. Ils prenaient le temps d'écouter les conseils, mais je n'ai pas senti chez plusieurs un véritable désir de changer. Les responsables des campagnes d'hygiène au centre de santé sont d'ailleurs conscients que ces visites vont changer peu de choses, mais ils ont bon espoir qu'en répétant plusieurs fois sous des formes différentes, les gens vont modifier leurs habitudes de vie.

c) La lutte contre la fièvre dengue
La fièvre dengue est transmise par un moustique dont la larve, qui a un cycle de reproduction de 8 jours, croît dans l'eau claire. Il est donc très important de couvrir les contenants d'eau et de les nettoyer une fois par semaine pour tuer les larves. Le centre de santé San Benito à Los Pinos possède une équipe spéciale de lutte contre cette maladie. Les intervenants distribuent des sacs d'abate, un mélange de sable et d'insecticide, qui tue les larves du moustique responsable de la transmission. Les gens laissent le sac au fond de leurs barils d'eau d'usage courante (et non d'eau potable), ce qui les protège pendant environ trois mois. Les intervenants profitent aussi de ces visites pour faire de l'éducation sanitaire (importance de couvrir les réservoirs d'eau et de les nettoyer, de ramasser ou brûler les déchets, de bien nettoyer les latrines) en distribuant des feuillets imagés.

J'ai participé à quelques reprises à ces visites dans les familles. Les gens sont en général accueillants. La plupart connaissent déjà le mode d'utilisation de ces sacs et les conseils d'usage. Toutefois, comme pour l'utilisation du chlore, ils ne semblent pas tous réaliser l'importance de ces précautions. Ils ont confiance que le danger est évité en plaçant le sac d'abate dans la pila, alors ils ne prennent pas la peine de la couvrir et la nettoyer. Selon les statistiques, le nombre de cas de fièvre dengue a quand même diminué de façon significative depuis le début de la campagne de prévention.

d) La clinique de la doctora
Maria Margarita, qui travaille avec l'organisme Koinonía dans les garderies et dans le centre pour jeunes de la rue Agape, pratique aussi tous les avant-midi dans la petite clinique d'un quartier défavorisé. Elle y reçoit chaque jour une trentaine de patients dont la majorité consultent pour des infections, de la diarrhée ou des douleurs chroniques. Le coût de la consultation comprend les médicaments prescrits. Ceux-ci proviennent majoritairement de dons de divers organismes étrangers.

Notre rôle consistait à recevoir les patients avant leur consultation pour prendre le poids, la température et la tension artérielle afin d'accélérer le rythme des visites. Nous avons également eu l'occasion de faire des injections de pénicilline et des traitements pour l'asthme à l'aide d'un nébulisateur. Toujours dans le but de faciliter la tâche du médecin et de lui permettre de voir plus de patients chaque jour, nous avons préparé les sacs de médicaments les plus utilisés en y insérant un papier contenant la prescription.

e) Pueblo Nuevo
Le village de Pueblo Nuevo, situé à 1h30 de Tegucigalpa, compte environ 1400 habitants. La plupart des gens y vivent de l'agriculture, qui se pratique encore grâce à la force animale étant donné l'absence de machinerie. Il n'y a pas d'eau potable ni d'électricité. On trouve quelques puits qui fournissent en eau les maisons avoisinantes. La seule maison possédant une génératrice est celle de la propriétaire de la pulperia (forme de magasin général). Plusieurs personnes viennent donc y regarder la télévision durant la soirée. Située au centre du village, la pulperia est un lieu de rassemblement. Mis à part le professeur propriétaire d'une grande partie des terres entourant le village, l'institutrice de l'école et l'infirmière, les gens ne sont pas très instruits. Plusieurs d'entre eux ne sont jamais sortis du village.

Nous nous sommes rendus à Pueblo Nuevo pour participer à une campagne de vaccination contre la rougeole. Toutefois, la campagne a été annulée et nous nous sommes retrouvés sans projet véritable. Nous avons donc visité les plantations qui entourent le village, travaillé une journée avec les femmes de la panadería (boulangerie) et assisté à la conférence sur les parasites donnée par la Doctora Maria Margarita. Mais par dessus tout, nous avons pris le temps de vivre et de parler avec les gens, puisque nous demeurions dans des familles. Après coup, je me rends compte que c'est ce que nous pouvions faire de mieux à Pueblo Nuevo. En effet, j'ai été déçue lorsque j'ai appris que la campagne de vaccination était annulée, car j'ai eu l'impression que j'allais perdre une semaine de mon séjour au Honduras dans ce village, où nous ne pouvions rien accomplir. Pourtant, avec le recul, j'ai compris que le simple fait de vivre une semaine dans ces familles, de partager leurs maisons et leurs habitudes, de chercher à les connaître nous a apporté à tous beaucoup plus que n'importe quelle campagne de vaccination. En plus de mettre à l'épreuve ma capacité d'adaptation, le séjour à Pueblo Nuevo m'a permis d'entrer en contact avec une réalité totalement différente de la mienne. Selenia, chez qui je demeurais, a seulement 22 ans. Pourtant, elle est la mère d'une fillette de 6 ans et d'un garçon d'un an et demi, de pères différents et tous deux partis. Elle habite donc toujours la maison paternelle avec ses deux enfants, s'occupe de la maison et de nourrir son père et ses trois frères. Elle n'est jamais sortie du village et a quitté l'école jeune. Elle était donc très curieuse de nous connaître, posait beaucoup de questions. Par contre, Selenia souffre beaucoup d'insécurité. Quand nous sommes arrivées, elle avait peur de nous déplaire, que l'on ne se sente pas à l'aise chez elle, que l'on n'aime pas sa maison. Pourtant, au cours du séjour, nous avons réussi à la convaincre du contraire. Ainsi, le fait de partager avec elle notre vécu, mais surtout de s'intéresser à ce qu'elle vit, à ce qu'elle fait, à la façon dont elle cuisine, ont sûrement contribué à lui redonner un peu de confiance, à lui montrer qu'elle a des choses à enseigner. De même, le contact avec Selenia et son histoire m'ont permis de comprendre mieux la réalité des femmes au Honduras. En somme, c'est une chance que j'aie eu le temps et l'opportunité de partager ces moments avec elle, surtout au tout début du voyage.


f) Jiniguare
J'ai passé une autre semaine en famille, avec Lisa Marie à Jiniguare, un village regroupant seulement 24 maisons, éparpillées dans la montagne. Il est presque impossible d'atteindre le village par la route, puisque celui-ci est situé en pleine montagne. Aussi, pour trouver une pulperia, une infirmière ou une école, les habitants doivent marcher 1h30 dans la montagne, dans une direction ou dans l'autre, pour se rendre dans les villages les plus proches, Concepción et Ojojona. Nous habitions chez Jorge et sa sœur Mariana, avec les trois enfants de celle-ci. Jorge travaille dans une plantation de pins à Concepción, où il se rend tous les jours.

Lisa Marie et moi sommes allées deux fois au centre de santé de Ojojona, un CESAMO, pour y travailler avec le médecin présent et les infirmières. Toutefois, celles-ci étaient plutôt nombreuses et elles n'étaient pas averties de notre passage. Nous avions donc l'impression de déranger autant que d'aider. C'est pourquoi nous avons décidé d'aller une journée aider Jorge à la plantation.

Les longues heures de marche, le sommeil difficile à cause de l'humidité, du bruit des animaux et des pleurs d'enfants, le fait de parler en espagnol toute la journée et la soirée en ont fait la semaine la plus éprouvante du stage. Pourtant, elle a aussi été la plus édifiante, non pas tant pour ce que nous avons accompli là-bas, mais plutôt pour le contact et l'accueil exceptionnel de notre famille d'adoption. Je me sentais chez eux un véritable membre de la famille et non une étrangère "en observation". Le partage des cultures était à parts égales, réciproque puisque Jorge et Mariana semblaient plus à l'aise de nous recevoir. Les enfants étaient également très attachants et tenaient à ce que nous participions à leurs activités. Les parties de soccer commentées par Daniel, les nombreuses séances de dessin et les longues conversations avec Jorge et Mariana demeurent parmi les meilleurs souvenirs de ce stage.

g) L'hôpital de Coyoles
Coyoles est une ville du Nord du pays, entièrement créée et habitée par les employés des plantations de bananes de la Standard Fruit Company, mieux connue au Québec sous le nom de Dole.

L'hôpital de Coyoles est très bien organisé et possède un équipement moderne. Toutes les salles y sont climatisées. Les médecins y ont chacun leur bureau, en plus de la salle de chirurgie, de la salle d'accouchement, de la salle de réadaptation et de trois salles communes, respectivement pour les hommes, les femmes et les enfants. L'hôpital comprend également des locaux pour les organisations de prévention contre la fièvre dengue et la malaria, ainsi qu'un laboratoire.

Nous avons visité l'hôpital de Coyoles pour en apprendre davantage sur la malaria et sur la lutte contre cette maladie, puisque celle-ci est pratiquement absente dans la capitale. Par contre, la malaria est très répandue dans le Nord du Honduras et dans certaines régions, on estime que plus de 95% des gens ont eu un épisode. L'hôpital de Coyoles organise donc des campagnes de prévention et les habitants reçoivent de la chloroquine lorsqu'il y a une épidémie dans un secteur. On utilise aussi parfois la méthode de fumigation dans les maisons pour tenter de tuer les moustiques responsables de la transmission. Encore une fois, la lutte contre la malaria est très bien organisée et on tient à l'hôpital des statistiques des cas recensés dans les différents secteurs.

Toutefois, au-delà de cette conférence sur la malaria, c'est l'organisation de l'hôpital et de la communauté qui m'ont davantage impressionnée. Tout a été conçu et financé par les dirigeants de la plantation et seuls les employés de celle-ci peuvent fréquenter l'hôpital.

Puisque la ville ne regroupe que des employés de la plantation, tous les objets, des poubelles dans les rues aux signaux d'arrêt, portent la mention Dole. Il existe également une certaine hiérarchie parmi les employés. Ainsi, les ingénieurs, administrateurs et médecins demeurent tous dans une communauté "isolée" et bénéficient de faveurs spéciales. Ils ont donc accès à un club privé, comportant une salle à manger et un bar climatisés, un terrain de basket-ball et une piscine. Leurs maisons, l'électricité et l'eau sont payés par la compagnie. Les ouvriers travaillant dans la plantation n'ont pas accès à ce club, mais ils se voient quand même offrir une maison, bénéficient des services de santé de l'hôpital et les enfants ont accès à l'école gratuitement. Il s'agit en fait d'une stratégie de la Standard Fruit Company pour garder ses employés. En effet, la compagnie offre tous ces services à ses employés, mais leur accorde un très faible salaire. Ainsi, les ouvriers ne peuvent survivre qu'en demeurant employés de la plantation puisqu'ils n'ont pas les moyens de s'installer ailleurs.

Nous avons eu la chance de visiter un des points d'emballage et de triage des bananes en vue de l'exportation. La plus grande partie du travail est effectuée par les femmes. Elles choisissent les bananes qui pourront être exportées, les font tremper dans un fongicide, puis dans l'eau et y posent les collants et étiquettes. Les bananes sont ensuite placées dans des boîtes et quelques hommes remplissent les camions qui se rendent à l'aéroport privé de la plantation. Les femmes travaillent pendant environ douze heures chaque jour, toujours debout, avec une pause d'une demi-heure seulement pour manger. Pourtant, bien que ces conditions de travail semblent difficiles, un des employés de l'hôpital qui nous accompagnait nous a confié que le point d'emballage que nous avons visité est un des mieux organisés, que les conditions y sont les meilleures, car c'est celui que les dirigeants font visiter. En effet, il n'est pas permis à n'importe qui de visiter la plantation et les installations de la Standard Fruit Company. Nous avons dû obtenir une permission spéciale pour visiter et il était interdit de prendre des photos, sauf lorsque le guide nous le permettait. Durant notre promenade dans la plantation, nous n'avons vu aucun employé et aucun autre point d'emballage, car ceux-ci sont cachés. Évidemment, on ne peut porter de jugement sur ce que nous n'avons pas eu l'opportunité de voir, mais les nombreuses permissions requises pour visiter la plantation et l'empressement du guide à nous convaincre que les employés aiment leur travail et sont bien traités n'inspirent pas la confiance…

Contacts les plus enrichissants

Plusieurs personnes ont marqué ma mémoire et m'ont permis d'en apprendre beaucoup durant ce séjour.

a) Doctora Maria Margarita
Maria Margarita est une des personnes les plus dévouées que j'ai eu l'occasion de rencontrer, une volontaire dans son propre pays. Discrète et timide, elle est pourtant très déterminée. Plutôt que de travailler dans un centre de santé ou dans un hôpital, elle a choisi de partager son temps entre la clinique paroissiale où elle travaille tous les avant-midis, les garderies, le centre de jour pour les enfants de la rue et les bureaux de Koinonía. Elle ne compte pas les heures qu'elle donne aux plus démunis et fait des miracles avec les ressources qu'elle possède.

Elle a aussi grandement contribué à la réussite de notre stage en nous donnant une formation plus que complète sur les parasites et les maladies tropicales les plus souvent rencontrées à Tegucigalpa, ainsi que sur les règles et les mesures d'hygiène à enseigner aux gens. Douce, disponible et patiente, elle nous a permis de connaître la réalité de la pratique médicale dans les quartiers plus durs et défavorisés. Toujours positive et reconnaissante, elle est aussi un exemple sur le plan personnel. Dans le milieu où elle vit, les conditions dans lesquelles elle effectue son travail, elle aurait plusieurs raisons de se plaindre ou de se décourager. Pourtant, elle est de ces personnes qui ne voient que le bon côté des choses et surtout des personnes.

b) Rolando, travailleur social au centre de santé
Rolando est une des rares personnes que j'ai rencontrées au Honduras qui soit aussi informé de la situation politique et sociale de son pays. Idéaliste et engagé, il a participé à plusieurs marches pour la libération de prisonniers politiques ou de gens de regroupements populaires ayant disparu. Il est aussi très préoccupé par l'image que le Honduras projette dans les autres pays et par les relations internationales. Aussi, non seulement savait-il où se situait le Canada (à la différence de plusieurs honduriens!), mais il connaissait aussi les projets du pays pour l'aide envers le Honduras.

En discutant avec Rolando, j'ai mieux compris pourquoi les Honduriens ont une attitude aussi hostile envers les étrangers. Évidemment, ils voient en nous des exploiteurs, des riches qui n'ont pour eux aucune empathie. Ils croient aussi que nous les percevons comme des paresseux, des gens qui sont incapables de se prendre en main, des personnes qu'il faut pousser, diriger. Rolando a beaucoup insisté sur le fait que les Honduriens ne sont pas des lâches, mais simplement des gens désespérés, qui ne savent plus quelle route prendre pour s'en sortir et qui ont appris à se taire pour se protéger. En effet, dans les années 1980 et au début des années 1990, le gouvernement hondurien a établi un système de dénonciation par les proches. Les gens qui faisaient partie de regroupements populaires, de groupes universitaires ou ceux qui critiquaient le gouvernement ou l'état des choses étaient donc dénoncés par leurs voisins, leur famille ou leurs amis. Alors, ces personnes "rebelles" disparaissaient subitement. Bien que cette méthode soit officiellement révolue (pourtant, il existe encore de ces "disparitions" occasionnelles), les Honduriens ont appris à se taire et à accepter la situation. Rolando m'a aussi expliqué pourquoi on ne retrouve pas cette entraide entre les familles, ce partage caractéristique de plusieurs pays en voie de développement. Il y a beaucoup de violence dans les quartiers pauvres, tant par les jeunes sous l'effet du résistol (colle) que par plusieurs hommes sous l'effet de l'alcool. Les femmes vivent donc dans la peur et préfèrent ne pas trop se mêler aux autres. De plus, les changements nombreux de maisons, de quartiers et d'environnement empêchent les gens en ville de créer des liens comme dans les villages.

Par son emploi au centre de santé comme travailleur social, Rolando tente d'éveiller les gens de son pays, de trouver des solutions aux problèmes de la vie quotidienne et de favoriser le changement.

c) Martin et Sally, les membres de l'autre groupe
Martin Couture et Sally Benoit sont les responsables de la maison Clara-Lauzon de Mer et Monde, à Tegucigalpa. Ils demeurent au Honduras depuis un peu plus d'un an avec leurs trois enfants âgés entre 3 et 7 ans. En plus de nous accueillir, de voir à notre hébergement et à la nourriture, ils se sont occupés de faire les liens avec Koinonía et les autres organismes avec qui nous avons travaillé, de nous trouver des familles, de nous apprendre à connaître la ville, les gens, la culture. Ils ont grandement facilité mon adaptation au pays.

J'admire beaucoup Martin et Sally, leur choix de s'installer au Honduras et d'ouvrir leurs portes à des étrangers. Une attitude d'accueil, une très grande générosité et une grande ouverture d'esprit sont d'ailleurs les traits marquants qui caractérisent toute la famille. Ils savent reconnaître le meilleur en chacun et dans chaque situation. Ils savent accepter sans jamais juger. Ce sont certes des gens de qui j'avais beaucoup à apprendre et qui ont permis que ce stage réponde à mes attentes.

Pendant notre séjour au Honduras, nous partagions la maison avec un autre groupe de cinq volontaires, dont le but était de faire un documentaire sur la pauvreté et la situation des enfants de la rue. Leur présence a aussi beaucoup ajouté à mon expérience. Le fait de partager mes perceptions et mes expériences avec des gens dont le vécu et le bagage de connaissances sont différents du mien m'ont permis de comprendre d'autres points de vue, d'enrichir ma réflexion.

d) Nubia et Maera, éducatrices dans les garderies
Les éducatrices des garderies sont des femmes admirables. Elles font un travail remarquable au sein de leur communauté pour éviter que des enfants se retrouvent seuls ou dans la rue. Le contact qu'elles réussissent à établir avec chacun de ces enfants malgré leur grand nombre est touchant. Le respect et l'amour que leur portent les enfants en est la meilleure preuve. Pourtant, ces femmes n'ont pas eu de formation ou de cours et leurs salaires ne sont pas si élevés. Ce sont des femmes qui veulent améliorer la situation au sein de leur communauté. Faisant preuve d'une grande humilité, elles ont le désir d'être toujours meilleure, d'en faire sans cesse davantage pour ces enfants.


e) Selenia, Jorge et leurs familles
J'ai beaucoup apprécié la vie dans les familles. Bien que ces semaines soient plus difficiles et plus épuisantes parce que les conditions sanitaires et la nourriture sont différentes, le contact étroit que l'on peut alors créer avec les gens du pays a une valeur inestimable. L'échange entre les habitudes de vie et la curiosité réciproque pour une culture complètement différente donnent lieu à des conversations très enrichissantes. La vie en famille, surtout en milieu rural, en me permettant d'établir des liens et de mieux connaître les mœurs honduriennes, a permis de répondre à plusieurs de mes attentes.

Résultats et réflexions personnelles

Ce stage au Honduras a été beaucoup plus difficile pour moi que je l'avais imaginé. Pourtant, les difficultés n'étaient pas celles que j'avais prévues. Suite à mon séjour en République Dominicaine, je m'attendais à rencontrer au Honduras des gens souriants, accueillants, appréciant la vie en communauté et l'entraide malgré leur grande pauvreté. Plusieurs autres membres du groupe avaient déjà vécu une expérience en Amérique Centrale et partageaient avec moi cette attente. Pourtant, l'attitude des gens au Honduras n'est pas typique des autres pays d'Amérique Centrale. Ils sont plus renfermés, plus méfiants. J'ai aussi été très surprise par leur hostilité envers les étrangers, surtout en milieu urbain. L'importante exploitation dont ils ont été victimes a laissé des marques importantes dans la personnalité et la culture des Honduriens.

Le grand sentiment d'infériorité des femmes honduriennes et leur manque d'estime de soi sont aussi très déstabilisants. Leur attitude passive, de retrait et leur empressement à prendre le blâme sont très différentes de notre culture nord-américaine et me donnait parfois le goût de les défendre. Elles n'ont pas la place qu'elle mérite dans la société, mais refusent de la prendre. Cette attitude est parfois frustrante et difficile à gérer. Chez Selenia, par exemple, il devenait parfois difficile de discuter, car elle avait toujours l'impression de nous décevoir, de ne pas être à la hauteur. Pourtant, elle a une expérience de vie tout à fait différente de la nôtre, mais elle ne peut concevoir qu'elle a quelque chose à nous apprendre ou même à partager avec nous, des nord-américaines. Ce sentiment d'infériorité est si fort chez les honduriennes que je me sentais parfois mal à l'aise. Je ne savais plus quoi faire pour tenter de les mettre à l'aise, pour les valoriser.

J'ai également eu beaucoup de difficulté à m'adapter aux mauvaises communications et au rythme de vie plus lent, bien que ce soit des situations que j'avais déjà vécues et pour lesquelles nous étions préparés. J'étais consciente que nous n'allions pas au Honduras pour transformer la mentalité des gens, pour sauver des vies. Toutefois, avec les informations que nous avions eu sur le projet avant de partir, je m'attendais à une structure plus organisée, à avoir une mission plus précise, plus de responsabilités. Je croyais que plus de projets avaient été mis en place pour nous, que nous allions avoir un travail précis à accomplir. J'avais donc en tête de commencer à "agir" dès les premiers jours de mon stage. Ce n'est pas ce qui s'est produit. Nous avons eu dans les premiers jours à chercher des contacts et à ouvrir des portes pour trouver des projets auxquels nous pourrions participer. Nous n'y étions pas préparé et des tensions dans le groupe sont aussi apparues, car nous n'avions pas tous les mêmes objectifs. Aujourd'hui, je me rends compte de tout ce que j'ai pu retiré de cette expérience, mais à ce moment, j'avais l'impression de perdre du temps. Chaque jour, j'aurais voulu faire davantage pour éviter de revenir au Canada avec le sentiment de n'avoir rien fait.

Pourtant, je n'ai pu éviter ce sentiment au moment du retour. J'ai d'abord eu l'impression de ne pas être restée assez longtemps, de ne pas avoir assez profité de l'expérience. En effet, bien que j'aie beaucoup apprécié mon séjour là-bas, je n'étais pas pleinement consciente de tout ce qu'il m'avait apporté. J'ai eu besoin de beaucoup de réflexion et surtout de recul pour être capable de parler et d'analyser mon expérience.

La vie en groupe a aussi été plus laborieuse que je l'avais prévu. La maison de Mer et Monde était très bien organisée, mais il est évident qu'il est difficile d'avoir quelques moments de solitude lorsque l'on vit à 20 ou 25 personnes! En partant avec des amis, je ne croyais pas que la vie en communauté serait pour moi un problème. Un projet comme celui-ci est une expérience riche en émotions et il est bien sûr rassurant de vivre ces moments entourés de personnes que l'on connaît bien, de pouvoir partager ses sentiments avec des amis lorsque l'on vit des moments difficiles. Pourtant, je me suis vite rendue compte que j'ai d'abord besoin de périodes de réflexions pour assimiler ces expériences nouvelles avant de les partager.

Tout au long du stage, il a fallu s'adapter à diverses situations, à différents comportements, à plusieurs types de personnalité. J'ai tenté de continuer ce travail même en revenant au Canada. Je me suis rendue compte que j'appréciais davantage les personnes capables d'écouter sans juger, sans critiquer. Toutefois, je cherchais souvent à émettre mon opinion, à dire ce que je pensais sans toujours prendre véritablement la peine de chercher ce que pouvaient penser et percevoir les autres. Il est facile d'entendre ce que les autres ont à dire sans véritablement les écouter, ou encore de le faire pour comparer. Pourtant, les gens ne veulent pas être comparés, ils veulent simplement être écoutés et compris. J'essaie donc d'être plus ouverte envers les autres. Je m'intéresse davantage à ce que les autres vivent et à comment ils le vivent et j'en apprends beaucoup sur les gens qui m'entourent. C'est aussi une façon de se rapprocher des gens et de créer de nouvelles relations plus enrichissantes.

  • Suggestions pour les futurs stages

    Faire un stage de plus de deux mois pour profiter du séjour et laisser un temps d'adaptation suffisant.
  • Partir avec un groupe plus restreint ou plus diversifié. Il est difficile de trouver des activités pour un groupe aussi imposant et aussi homogène dans les milieux peu organisés des pays en voie de développement et il est particulièrement intéressant d'avoir les points de vue de personnes ayant un bagage différent.
  • Fixer des objectifs de groupe, mais en laissant la place aux objectifs individuels pour que chacun tire le maximum de son expérience.
  • Entrer en contact rapidement avec les gens sur le terrain. Si possible, éviter les intermédiaires pour permettre une meilleure communication et ainsi mieux connaître les projets et les besoins de part et d'autre.
  • Posséder certaines connaissances de l'espagnol avant le départ.
  • Rechercher les possibilités de vie en famille. Bien que la vie dans une famille soit plus exigeante et plus difficile, il s'agit d'une chance unique d'entrer en contact et de découvrir la culture du pays visité.