Une richesse merveilleuse

Nathaël Arbour
Rapport de stage à Tégucigalpa
Été 2001

 

Il y a six mois j'étais déçue d'apprendre que mon projet d'aller aider dans un petit dispensaire en Haïti ne se réaliserait pas, enfin pas à ce moment-là. C'est alors qu'on me parla de la Société Mer et Monde. Je décidai d'aller frapper à cette porte où je fus accueillie avec tant de gentillesse et où on me proposa de me rendre au Honduras, pays que je ne connaissais que de nom. Moins de deux mois plus tard, je m'envolais vers l'inconnu avec peu de préparation et d'espagnol, mais une grande volonté de comprendre, d'apprendre et si possible, d'aider. Ce qui m'a fait tant profiter de mon expérience fut mon ouverture à vivre ce qui s'offrirait à moi. Je ne partais pas avec des buts précis à atteindre ou des choses à me prouver. Je n'allais pas chercher de réponses…j'allais vivre, rencontrer des gens, ressentir une vie différente.

Une des plus grandes richesses auxquelles j'ai goûté durant mon séjour a été de partager ma vie quotidienne avec des gens extraordinaires à Mer et Monde et à Koinonia. Le fait d'être accueilli par Martin et Sally m'a permis de me sentir chez moi dès les premiers jours. Leur simplicité, leur valeur et leur générosité fait de la Casa Clara Lauzon un lieu chaleureux où j'ai senti qu'on me respectait, qu'on m'écoutait et qu'on m'aimait. De plus, une belle ambiance d'échange et d'entraide occupait cette maison. Ainsi, lors des journées plus éprouvantes et des moments d'insécurité, j'ai pu partager mes états d'âme et questionnements avec des gens qui avaient vécu les mêmes difficultés. Moi, fille unique qui vit seule, j'ai découvert que je m'épanouissais en vivant en groupe et que cela m'apportait beaucoup de joie. J'ai ainsi vécu des moments de partage intenses avec Corinne, le groupe de Ressources humaines, la doctora, Ricardo, Sally et Martin.

Durant mon séjour, je passais en général la moitié de la semaine avec la doctora Maria Margarita et l'autre moitié à l'orphelinat Bencaleth. Le matin, la doctora s'occupe d'une petite clinique (clinica Maria Auxiliadora) dans la colonia Los Profesores, quartier pauvre près du centre de Tégucigalpa. Cette clinique est située dans le sous-sol d'une église et dispense des soins de base aux gens du quartier pour beaucoup moins cher qu'ailleurs. Ainsi, une personne peut être reçue en consultation et recevoir les médicaments nécessaires à son traitement pour 20 Lempiras (2 dollars). De plus, puisque cette somme représente souvent près du quart du salaire hebdomadaire des gens du quartier, la doctora les soigne même s'ils ne peuvent pas payer. Mon rôle à la clinique était d'accueillir les patients, de prendre leur pression, leur température et de les peser avant qu'ils voient la doctora. Je vérifiais aussi le statut nutritionnel des enfants. Puis je rangeais les médicaments que nous avions reçu et faisais des petits sacs en inscrivant la posologie, tâche qui prenait normalement beaucoup de temps à la doctora et son assistante. Je suis ainsi entrée en contact avec des gens fascinants qui m'ont aidée à comprendre le Honduras et à l'aimer. Au fur et à mesure que l'été avançait et que mon espagnol s'améliorait, ces gens me touchaient toujours plu et me troublaient aussi parfois.

Puis, l'après-midi, nous nous rendions dans les différentes garderies de Koinonia pour soigner les enfants, vérifier leur développement (courbes de croissance, suivi des enfants souffrant de malnutrition) et faire des petites formations auprès des éducatrices et des niñeras. Cela me permettait de me promener dans tout Tegucigalpa avec la meilleure guide qui soit qui m'expliquait sa ville, son pays, ses forces et ses non-sens. En plus d'être la femme la plus généreuse et gentille qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma vie, la doctora est aussi une excellente médecin qui se dévoue pour que les gens de son pays souffrent moins et qui se bat pour ses idées. J'ai énormément appris à ses côtés, tant l'espagnol que la vie hondurienne.

Les deux ou trois autres jours, j'allais vivre avec Micheline au centre Bencaleth. Dans cet orphelinat il y a 24 enfants qui sont pour la plupart atteints d'une déficience physique et /ou intellectuelle. Plusieurs d'entre eux ont été placés là par l'équivalent de la DPJ suite à de la négligence parentale ou de la violence familiale. Quelques enfants n'ont pas de déficience mais étant maltraités dans leur famille, ils ont dû être placés à l'orphelinat. Ils sont âgés de 4 à 19 ans. Au début, nous tentions de faire de l'ergothérapie avec les enfants, en assistant le physiothérapeute. Mais, après peu, j'ai réalisé que j'étais plus utile et que j'apportais beaucoup plus aux enfants lorsque je ne faisais que jouer avec eux, leur donner de l'affection et les aimer. De toute façon, il y a un tel sentiment d'infériorité des Honduriens face aux étrangers que chaque commentaire se voulant constructif était reçu comme une critique. Je crois qu'en étant simplement présente et en jugeant le moins possible, j'ai créé des liens extraordinaires avec les enfants et les employés et que cela nous aura apporté plus. Et peut-être que par mon exemple, ne serait-ce qu'en me lavant les mains, en faisant attention à ce que je mangeais, en montrant beaucoup d'affection aux enfants et en organisant des activités stimulantes, j'ai apporté un petit quelque chose qui restera. Malheureusement, notre départ, à Micheline et moi, s'est fait dans un contexte très dur car Don Rafael, le responsable, avait décidé de congédier une employée et que par la suite plusieurs autres niñeras sont parties. Ainsi, les enfants, qui souffrent déjà tous de gros troubles affectifs, ont perdu du même coup plusieurs figures de stabilité et des gens qu'ils aimaient. Lors de mon dernier au revoir j'ai eu l'impression de sortir de la prison et de laisser les prisonniers innocents enfermés derrière moi.

En plus de toutes ces expériences d'une richesse inouïe, j'ai aussi visité quelques coins du Honduras. J'y ai découvert pleins de petits paradis. J'ai surtout été séduite par la simplicité de la vie et la gentillesse des gens de Pueblo Nuevo. La culture et l'ambiance de la Côte m'ont aussi rappelé celles des Caraïbes. De plus, ma mère a décidé, au milieu de mon voyage, de me rejoindre pour dix jours. Ce fut une aventure très touchante qui m'a beaucoup rapprochée d'elle.

Finalement, cette aventure au Honduras m'a amenée à mieux me connaître, à revoir mes valeurs et à mieux comprendre la planète où je vis. J'y ai vécu tout plein de bonheurs simples, de grandes joies, des chocs, des peines, des frustrations mais surtout, j'ai créé des liens uniques avec des êtres humains merveilleux. Ces souvenirs font maintenant partie de moi, m'enrichissent et m'amènent souvent à m'arrêter pour reconsidérer mes choix de vie. J'ai l'intention de revivre plusieurs expériences de ce genre dans le futur.