En terre hondurienne

Rapport de stage de Corinne Maltais
juillet 2001
 

Nous sommes le 29 juin 2001, je viens de terminer une autre année auprès de jeunes ayant une déficience intellectuelle.

Je me prépare à partir pour le Honduras, terre éloignée où la simplicité de vie m'interpelle. Je laisse de côté mon confort, mes petites sécurités éphémères et je mets dans mes bagages la confiance que Dieu sera au rendez-vous pour me faire vivre une autre expérience constructive au sein de son peuple hondurien.

Me basant sur mon expérience auprès des Haïtiens, je m'envole assurée que cette terre sera propice à des échanges et des expériences peu communs.

J'arrive tout d'abord à l'aéroport de Tégucigalpa où Martin et Vicky m'accueillent chaleureusement. Je sens l'esprit de famille qui déjà s'installe. Je fais vite face aux sollicitations de nombreux étrangers qui voient dans ma nature québécoise une source de bienfaits. J'apprends rapidement que les sourires ne sont pas toujours de mise…

Nous voilà maintenant à la maison de Mer et Monde où l'accueil se manifeste par des sourires sincères. Je passerai à cet endroit quelques jours, question d'explorer un peu mon environnement.

Le centre-ville

Je me rends dans le centre-ville où je fais la découverte d'une femme qui demeure depuis fort longtemps dans les débris, près d'un arbre, entourée par le bruit incessant des transports et des vendeurs installés sur le trottoir achalandé. Mes yeux sont grand ouverts et les occasions sont nombreuses de côtoyer la différence du pays en question.

J'ai eu la chance d'assister à une partie de football et de constater l'effervescence régnant lors des affrontements du Honduras contre le Costa-Rica. Les Honduriens ont exprimé leur solidarité à quelques reprises à travers ce jeu qui prend dans ce pays une importance capitale. C'est pour eux l'occasion de se réunir et de sentir un peu plus la fierté d'être Hondurien. Je sens alors que la dignité de la personne est fragile ici et que ce peuple est souvent enclin à sous-estimer sa propre valeur. Le touriste blanc est à ses yeux bien supérieur.

La Cathédrale se présente à moi en début de stage et je l'accueille favorablement. Il y a dans cet établissement des cœurs fervents et une musique entraînante. L'eucharistie sera l'occasion de refaire, à travers ces contrastes de vie, mes forces pour continuer à apprécier ce qui se présentera à moi.

Amapala

C'est une fin de semaine un peu luxueuse qui s'offre à moi en compagnie d'un groupe de jeunes de la Polyvalente de Beloeil qui fait un stage. Le tour de chaloupe, la vue d'une montagne volcanique et de quelques pelicans annoncent bien le voyage. Je profite de ce temps pour échanger avec les jeunes qui reviennent de Pueblo Nuevo. Je trouve le temps dans ce motel un peu long puisque la vie est trop luxueuse. Je porte le désir d'aller en campagne afin de vivre près des gens. Je pars de cette fin de semaine avec le beau souvenir immortalisé sur photo d'un jeune garçon parti à la recherche de petits crabes dans le creux du sable accueillant la vague essoufflée. Ces petites découvertes serviront d'appâts pour la pêche au large.

Pueblo Nuevo

Je commence mon séjour dans la famille de Bienvenida où je constate la présence d'une " pulpéria " et d'une télévision. Je reçois un bel accueil de Bienvenida et des jeunes filles qui partageront ma chambre.

Je me sens mieux puisque je commence à partager vraiment la vie du peuple, le quotidien avec ce qu'il implique : les chiens bruyants de la nuit et les chiots qui cherchent le lait d'une mère qui fuit, les coqs le matin, les problèmes de communication , le partage de la chambre à coucher, les réunions autour de la télévision, les repas qui diffèrent, les plafonds garnis de plastique de Noël, les tortillas dès l'aube, etc.

J'aime être au cœur de cette action, un bain de savoir à tout point de vue, mais je trouve un peu difficile cette proximité constante qui fait du silence une perle recherchée. Les temps de retrouvailles avec soi sont plutôt rares. Je passe donc quelques jours en cette belle demeure où la femme éprouve une réalité pas toujours facile mais où le courage se fait toujours présent. Cette femme me renvoie la plainte, souvent inutile, rencontrée dans un pays d'abondance comme le mien.

Copan

Bientôt j'ai la chance unique d'aller mettre les pieds près des ruines Mayas, à Copan. Une destination touristique très convoitée et pleine de richesses insoupçonnées me fera vivre des moments précieux d'émerveillement. Devant des pierres gravant tant d'années d'histoire je prends conscience de la grandeur de l'univers et de la beauté de l'évolution du monde.

Retour à Pueblo Nuevo

Je retourne à Pueblo Nuevo chez Bétinia qui m'a charmée par son sourire et sa tendresse. C'est une femme attachante qui m'a montré ses joies, ses peines, ses talents et sa délicatesse. Je retiens de sa compagnie le chapelet récité en espagnol et les pleurs dus aux souvenirs de sa mère emportée par la maladie.

Je ris à la pensée de la poule attachée au barreau du perron. Je m'émerveille devant cette broderie offerte en cadeau, je me réchauffe le cœur en entendant ces mots prononcés avec tant d'éclats " mi amore "! Je savoure l'esprit de famille quand j'entends le rire des enfants sur le balcon.

Cette visite hospitalière, malgré les petits inconvénients au niveau de la santé, demeurera sans hésitation le moment crucial de mon séjour en terre étrangère.

Visite dans une école

En tant qu'enseignante, j'ai beaucoup de plaisir à baigner dans ce milieu scolaire où je constate la pauvreté des ressources pédagogiques : quelques livres reposent au fond sur la table parmi lesquels se trouve l'hymne national. Tous les enfants me font le cadeau d'entendre leur hymne et ils se réjouissent à la vue des contes et pastels que je leur offre.

Ces jeunes Honduriens quittent l'école à une heure de l'après-midi pour joindre la maisonnée ou le travail. L'avenir de ces jeunes ne sera pas très rose pour la majorité, aux dire de l'enseignante qui elle-même avoue ne pas trouver la vie facile. Je sens que les jeunes sont responsables et rapidement impliqués à la tâche.

J'apprécie le fait que les enfants puissent encore se laisser toucher par la réelle beauté des choses puisqu'ils ne sont pas sollicités de tous côtés par des jeux vidéo, des films enivrants, des livres absorbant la candeur.

Je crois plus que jamais que nos jeunes ont besoin de repères leur permettant de trier l'information qui se véhicule dans le monde. Cette information abondante qui souvent les éloigne de leur propre identité. Je me questionne sur l'ampleur des connaissances que nous offrons aux jeunes occidentaux en lien avec le bonheur réel qu'ils éprouvent dans leur vie respective.

La Pastorale

La Pastorale du Dimanche m'a plu et m'a permis d'entrer en contact avec l'espérance de ce peuple croyant et dansant.

Les transports

  • Je suis saisie de voir un cheval mort sur le bord de la rue.
  • Je rencontre l'honnêteté des personnes qui collectent l'argent dans l'autobus.
  • Je trouve Tégucigalpa très bruyante et la musique américanisée révélatrice d'illusions.


Enfin voilà un bref aperçu des bienfaits de ce court voyage en terre hondurienne. Je suis certaine que les souvenirs de ce voyage nourriront mes convictions et mes relations tout au long des étapes qui parsèmeront ma vie.


Corinne Maltais