Sénégal: Parler sexualité avec des adolescent(e)s

Par Nancy Anton, stagiaire du Programme de stage internationaux pour les jeunes

J’ai toujours été la benjamine dans ma famille à Montréal, mais le 23 juin dernier, je suis soudainement devenue la grande sœur de quatre garçons. Arrivée à Guédiawaye, une banlieue de Dakar, j’ai rencontré ma famille d’accueil. Ils m’ont donné le nom d’Olimata Ba.

J’ai créé de beaux liens avec mes deux petits frères d’accueil, Ngagne et Jibril, qui ont respectivement 9 ans et 14 ans. J’ai passé beaucoup de temps avec eux. Nous avons souvent été à la plage et avons partagé des moments drôles et inoubliables que ce soit à la maison ou lors de sorties. Ce fut une belle expérience. Ça me réchauffe le cœur lorsqu’en rentrant du boulot, les deux cadets me sautent dessus, me donnent un gros câlin et me disent : « Tu nous a manqué grande sœur » ou encore quand Ngagne me dit « Olimata, tu vas nous manquer, quand tu vas partir, tu vas me mettre dans ta valise». J’ai des larmes aux yeux en pensant qu’il ne reste qu’un mois à mon séjour, parce que ces petits vont vraiment me manquer. Je me sens choyée de faire partie de cette famille. Après tout, niofar, on est ensemble!

Parlons sexualité

Au sujet de mon milieu de stage, je travaille pour l’ONG Association Nationale pour la Prévention et le Développement (ANPD). L’un des objectifs de l’ANPD est de contribuer à la prévention de tout ce qui touche le domaine de la santé tel que la tuberculose, le paludisme et les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Mon mandat s’inscrit dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Cela consiste à sensibiliser les adolescent(e)s à une saine sexualité afin de diminuer les risques des ITSS et les grossesses précoces. Ces dernières sont communes au Sénégal. Sur le terrain, j’anime des ateliers auprès d’un groupe d’adolescent(e)s une fois par semaine depuis le mois de juillet. Jusqu'à présent, nous avons abordé entre autres les sujets du système reproducteur, du cycle menstruel, du désir sexuel et des comportements sexuels. J’encourage beaucoup les jeunes à poser des questions pendant les rencontres.

Je ne mentirais pas qu’au début, je ne savais pas trop comment aborder le sujet de la sexualité. Au Sénégal, le sujet n’est pas abordé aussi ouvertement qu’au Canada. Les jeunes n’en parlent pas avec leurs parents et il n’y a pas d’éducation à la sexualité à l’école. Ce que les jeunes apprennent provient souvent des conversations qu’ils-elles ont avec leurs amis dans leur vie quotidienne. Par contre, après plusieurs discussions avec les membres de l’ANPD ainsi qu’avec l’Imam du quartier, j’ai appris que la sexualité n’était pas un sujet aussi tabou que je le pensais. En effet, on m’a expliqué que tous les sujets de la sexualité étaient décrits dans le Coran. Par contre, je constate que les jeunes connaissent beaucoup de mythes qui ne sont pas fondés sur des données probantes ou des trucs parfois carrément faux. Il n’est pas si difficile d’aborder le sujet avec le groupe, mais je suis limitée quant aux informations que je peux leur donner tout en respectant la volonté des autorités culturelles. Certains thèmes entourant la sexualité restent tabous, comme l’auto-érotisme. Par exemple, il existe une grande différence entre les croyances locales entourant la masturbation, véhiculées par les autorités culturelles d’ici, et ce que l’on m’a appris à l’école. Le défi est de pouvoir effectuer mon mandat en partageant des informations fondées sur des faits, mais en respectant la culture locale. Nous verrons comment cela évoluera dans les prochaines semaines!


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