Les enseignements du coup d’État au Honduras
par Olga Mendoza de Pauck
Fondatrice de l’Institut Psychopédagogique Juana Leclerc et amie de Mer et Monde

J’ai vécu plusieurs « coups d’État » dans mon pays, en particulier avant les années 80; certains gouvernements de facto restaient au pouvoir plus longtemps que d’autres, mais tous ont causé douleur, peur, répression, disparitions et mort. Dans ce sanglant coup d’État contre le Président constitutionnel Manuel Zelaya Rosales, nous déplorons 24 morts violentes pendant les manifestations (balles vives et gaz chimiques) ainsi que plus de 100 morts, séquestrations, violations ont été commis présumément par des membres de la police et de l’armée, ainsi que par les forces paramilitaires et des tueurs à gages. De plus il y a eu plus de 3000 détenus emprisonnés dans le cadre de ce dernier coup d’État (selon les chiffres du Comité des Droits Humains du Honduras et du Comité des parents des disparus du Honduras).
On ne peut douter que ce fut un coup d’État ; ceci est reconnu au niveau national et international – Ceux qui le contestent (militaire, politique, milieu des affaires) continuent à argumenter qu’il s’agit là d’une « succession constitutionnelle » mais cette figure juridique n’existe pas dans la constitution de la République ni dans aucune Loi du pays.
À la suite du coup d’État s’est développé à l’intérieur du pays un mouvement de résistance populaire (qui est de plus en plus solide et nombreux) et qui, après 166 jours de ce coup d’État s’est consolidé comme un ample front où convergent des citoyens(nes) de toutes les tendances politiques existantes au Honduras; et qui, dans un avenir proche, cherche à lutter pour l’établissement d’un processus de changement en créant une nouvelle constituante qui permettra au Honduras de se refonder comme un pays avec des lois et des chances plus équitables et justes pour tous et toutes. La résistance populaire est, jusqu’à présent, la meilleure école d’apprentissage de la dignité d’un peuple.
Le coup d’État nous a laissé des enseignements importants, entre autres :
- Que les conflits dans un pays doivent être résolus directement entre les concitoyens et ne pas dépendre de forces extérieures.
- Qu’il vaut mieux prévenir ces processus anti-démocratiques par le dialogue interne des conflits et ne pas attendre que les confrontations s’installent à travers la violence (éviter de juger sur la base de suppositions).
- Que les forces militaires ne doivent pas être garantes des processus constitutionnels car elles exercent une répression excessive qui lèse l’énergie de la population dans sa propre recherche de solutions.
- Que les député(e)s et présidents soient élus par vote direct par le peuple et seul le peuple peut les retirer au moyen d’un mandat révocatoire dans le cas où ils(elles) ne s’acquittent pas de leurs engagements.
- Que nous devons travailler dans la population une plus grande conscience des droits humains et nous préparer à l’exercice d’une citoyenneté plus participante, en formant de nouveaux leaderships chez les enfants et les jeunes.
- Que nous ne devons pas croire aux engagements pris par l’oligarchie et les pays qui la soutiennent économiquement et politiquement, parce que son discours est trompeur et ne correspond pas à la réalité que nous vivons.
- Préparer la population à des actions préventives devant les actions répressives des institutions de l’État.
- Créer plus de médias alternatifs et communautaires qui soient la voix du peuple et qu’ils cherchent toujours la vérité, en construisant l’autocritique. De cette façon le peuple sera mieux informé et prendra ses propres décisions.

 

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