Chronique d’un petit séjour au Honduras
par Anne Loranger-King, 10 décembre 2009
Responsable de la formation – volet Honduras

Le Honduras habite mon cœur depuis février 2006. En fait, depuis l’automne 2005, moment où j’ai été choisie pour accompagner un groupe QSF dans un projet avec l’organisme Alternativas y Oportunidades, partenaire de Mer et Monde qui travaille avec les femmes et les enfants des marchés publics de Tegucigalpa. L’aventure Mer et Monde a donc commencé pour moi à ce moment là et depuis je me sens transportée par les valeurs de justice sociale, d’égalité, d’humilité, d’audace et d’engagement qui forge notre organisation. Décidément, c’est de cette façon dont j’ai envie de vivre ma vie et de faire rayonner le plus possible autour de moi. La rencontre avec la culture hondurienne a été une grande révélation. De voir ces gens lutter, travailler, rire et aimer avec tellement d’intensité. Le stage que j’ai vécu m’a donné l’envie de rester collée à l’organisme. En devenant formatrice, je sens que je peux toucher les gens et contribuer un peu à rendre notre monde plus juste, les gens plus conscients et avec une volonté de changer les choses.

Cet été, j’ai eu la chance de retourner au Honduras, revoir ce pays qui m’a tant touchée! J’en avais les mains moites et le cœur qui battait fort avant d’atterrir… Est-ce que j’allais retrouver le même coup de cœur, le même accueil? En arrivant à l’aéroport, je retrouve Isabelle et Caroline qui m’accueillent avec des sourires plus larges que tout! Une chaleur et une odeur connue m’envahissent… je suis bien de retour! Et je retrouve la même ouverture, curiosité et engagement de ces gens qui m’avaient déjà ouvert leur cœur une première fois. J’ai eu la chance de rencontrer Don Francisco de l’organisme CEDER (partenaire de Mer et Monde qui travaille avec les personnes âgées de la rue). Un monsieur extraordinaire qui reçoit nos stagiaires et qui lutte tous les jours pour que les droits humains de ces personnes soient respectés. Ce n’est pas un milieu facile, mais ô combien nécessaire ! J’ai été touchée par le responsable de l’organisme SER (autre partenaire de Mer et Monde qui travaille avec des jeunes orphelins ainsi que les enfants des écoles publiques pour faire la formation et la prévention sur les conduites sociales à risque) qui se donne avec beaucoup d’humilité et croit à un projet social fort pour le Honduras. J’ai été touchée lorsque j’ai visité le village de San Matias où nous avons des partenaires qui travaillent constamment avec la communauté pour recevoir les stagiaires et créer une ambiance d’échange et de partage. Chantale et Beto qui habitent ce village sont des missionnaires laïcs qui ont à cœur de participer au projet de Mer et Monde et de donner un sens fort aux stages. Je ne peux tous les nommer ici, mais je peux dire que j’ai été emballée de voir ou revoir tous ces gens qui militent à leur façon pour améliorer la situation. Lorsque j’ai demandé à Caroline et à François s’ils croyaient que la mission de Mer et Monde était importante, ils ont répondu sans hésiter avec des étoiles dans les yeux « oui! C’est sûr à 200% que c’est important et que ça vaut la peine ce qu’on fait ici »… Et je l’ai senti très fort moi aussi en me reconnectant avec le terrain cet été.

En conclusion, je ne peux quand même pas passer sous silence le coup d’État qui a eu lieu en juin 2009. Cette situation est très paradoxale parce qu’autant le quotidien n’est pas complètement chaviré, autant les impacts se font sentir sur un peuple qui est déjà assailli par tellement d’injustices. L’impact économique du coup d’État commençait déjà à se faire sentir lorsque j’y étais, les groupes se polarisaient et les divisions s’intensifiaient. Le couvre feu et les blocages de routes ont eu des impacts importants pour l’économie. Il y a aussi eu des impacts concrets et directs pour les dames qui vendent de l’artisanat ou les ONG qui ne reçoivent plus d’étudiants pour leurs projets (comme le projet SER). Même si la situation est probablement en train de se calmer, il reste à voir et comprendre ce que cela aura comme impact dans le cœur des Honduriens ainsi que concrètement sur l’économie de leur société. Pour cette raison, je crois fortement que nous devons aller de l’avant avec nos stages au Honduras et les projets que nous avons avec nos partenaires qui travaillent quotidiennement avec des populations fragilisées.

 

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