Répercussions du coup d’État sur
Mer et Monde !

par Caroline et François

Après nos multiples péripéties vécus au Honduras, nous attendait cet événement majeur dans l’histoire actuel du pays!

28 juin
Ce dimanche matin du 28, notre fidèle employée Rosa nous appelle à 5h30 pour nous partager les dernières nouvelles : coup d’État : le gouvernement de Manuel Zelaya vient d’être renversé par Roberto Michelleti et les forces armées. Déjà, l’électricité et donc l’accès à l’information est coupée. Les 13 stagiaires de l’école secondaire Pensionnat Saint-Nom de Marie se réveillent avec surprise, car des avions militaires et des hélicoptères survolent Tegucigalpa à très basse altitude.
Malgré l’irrégularité de la situation, tout le monde reste calme, on s’informe du mieux qu’on peut du déroulement des événements et on gère la situation dans le calme, avec comme premier objectif la sécurité de chacun.

Cet événement venait évidemment ébranler la planification 2009-2010 de Mer et Monde et la vie des Honduriennes et Honduriens.

Les jours qui suivent
Tegucigalpa voit manifester des groupes en faveur de la restitution de Zelaya et la ville est un peu bousculée par toutes ces manifestations inhabituelles, dont quelques-unes avec des événements isolés de violence. Les médias du Québec diffusent en boucle les mêmes images sensationnalistes, mais on ne peut rien nier, la tension monte. L’augmentation de l’insécurité, ainsi que l’inquiétude légitime des parents nous ont amenés à prendre la décision de rapatrier 2 groupes et d’annuler la venue d’un autre. Par contre, on décide de garder avec nous les stagiaires QSF, que l’on considère en sécurité dans le secteur de la ville où il est. À partir de ce moment là et jusqu’au départ de ce groupe le 21 août, on se doit donc de conjuguer avec les inquiétudes, les manifestations, les fermetures de route, les couvre- feux, les congés forcés et l’avis du gouvernement canadien d’éviter tout voyage non essentiel au Honduras. Comme équipe terrain, nous nous questionnons continuellement pour prendre les meilleures décisions en fonction de la sécurité des stagiaires. Mentionnons que ces dernières ont démontré de grandes capacités d’adaptation et vécu une prise de conscience intéressante sur la démocratie, la liberté d’expression et le traitement médiatique de l’événement.

Début septembre
Cette instabilité politique nous laisse croire qu’il sera très difficile d’accueillir des stagiaires dans des conditions adéquates dans les prochains mois. Après une concertation avec l’équipe de Montréal, on part donc pour une mission exploratoire au Guatemala.
Avec une liste bien étoffée de contacts, nous allons à la rencontre des gens de l’ouest du pays, cap sur Quetzaltenango. De belles surprises nous y attendaient. Des ONG disposées à nous accueillir, des gens ouverts et un calme plutôt rassurant.
Ces belles rencontres nous ont donc stimulés à relever le défi d’accueillir nos futurs stagiaires dans ce coin du monde coloré. Une série de rencontres efficaces et un bon travail de logistique nous permettent de revenir confiants et impatients d’y retourner.

21 septembre
Deux jours après notre retour du Guatemala, Manuel Zelaya revient au pays sous la protection diplomatique du Brésil. Tegucigalpa retombe dans un climat instable. Il y a quelques manifestations plus agitées et on peut sentir la peur des gens. Le gouvernement impose un couvre-feu 24 heures sur 24 durant 72 heures. Ce vent de panique durera une semaine. Par la suite, la poussière retombe et comme depuis le 28 juin, il est bien difficile, même pour les plus avisés de la politique hondurienne, de prévoir la suite des choses.

Les semaines suivantes furent pour nous les plus difficiles depuis le début des événements. Fatigue, manque de motivation, incertitude…
Finalement, des vacances et la confirmation de la venue des étudiants du Cegep de Terrebonne au Guatemala, nous redonne l’aplomb nécessaire pour continuer le travail.

Quelques jours après les élections
Les élections se sont déroulées dans le calme, les États-Unis reconnaissent le nouveau gouvernement et le congrès a voté pour la non restitution de Manuel Zelaya. À l’image de toute la crise, les commentaires sont partagés au sujet de la véritable participation des Honduriens aux urnes, le 29 novembre.

Vers l’avenir
Le peuple hondurien reste ébranlé! Les gens ont eu peur, mais ils ont également relevé leurs manches et ont manifesté, quelque soit leur point de vue. Ces évènements ont fait le tour du monde et plusieurs pays ont retiré leur appui international. L’économie du pays a été affectée de façon significative et les ONG (dont certains de nos partenaires) affrontent de graves problèmes financiers. Les mois qui viennent nous dirons à quelle vitesse le pays remontera la pente.

Mer et Monde doit s’adapter, chercher des solutions à ses problématiques et garder contact avec son réseau de partenaires malgré ce ralentissement forcé. Les derniers jours semblent nous confirmer qu’en 2010, le calme suivra effectivement la tempête.

Pour nous deux, cette crise représente beaucoup d’émotions et d’apprentissages. À deux mois et demi de la fin de notre contrat, on s’active pour terminer en beauté notre aventure hondurienne.

 

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