« Je croyais, en allant là-bas, faire une petite différence dans leur vie, mais ils ont fait une énorme différence dans la mienne ».
( témoignage d'une stagiaire du projet pour les 50 ans et + au Honduras)

Lorsque j'ai pris la décision de partir pour le Honduras dans le cadre du programme de solidarité pour les 50 ans et plus, proposé par Mer et Monde, je ne savais pas ce que me réservait cette aventure.  Bien que je chérissais ce rêve depuis longtemps, j'étais habitée par plusieurs appréhensions.  À vrai dire, je me questionnais sur mes capacités d'adaptation dans ce pays d'Amérique Centrale: Vais-je être à la hauteur?  Aurai-je la santé et la force d'aller jusqu'au bout, etc. ? C'était ma toute première expérience en coopération internationale et je me retrouvais totalement face à l'inconnu.
 
À ma grande surprise, le choc culturel n'a pas été aussi terrible que je l'aurais imaginé.  Au-delà de la pauvreté omniprésente, j'ai découvert un pays d'une grande beauté et j'ai fait la connaissance de personnes qui m'ont énormément inspirée par leur courage.  Mon séjour dans ma famille d'accueil a été très marquant.  Quand je suis arrivée dans ce petit village de montagne qui ne possédait pas l'eau courante, je me demandais bien comment j'allais vivre cette épreuve de me laver à l'eau froide et d'aller chercher l'eau au seau.  Au fond de moi, il y avait une certaine résistance.  Puis, petit à petit, je me suis mise à aimer ce mode de vie, ce rythme lent.  J'ai été charmée par la gentillesse des villageois, par leur joie de vivre et leur sourire sincère.  J'ai connu Leonor, une femme merveilleuse, une dame digne, noble dans son dénuement et remplie de talents.  Je serai éternellement reconnaissante à Leonor et à ses enfants pour les innombrables leçons de vie qu'ils m'ont apprises.  Lorsque je les ai quittés, j'ai pleuré sans retenue. Ces personnes que je chéris maintenant dans mon c½ur, m'ont donné plus que je ne pouvais recevoir.
 
Tous les autres stages ont été tout aussi riches.  A Los Pinos, une colonie extrêmement pauvre, on offrait des petits déjeuners à une centaine d'enfants qui vivaient dans des conditions très difficiles. J'ai eu le privilège de côtoyer, jour après jour, ces jeunes extraordinairement beaux, intelligents, attachants et affectueux.  Comme tous les enfants du monde, ils aiment apprendre, rire, jouer et manger des friandises. Leur lutte, par contre est toute autre.  Ils deviennent très rapidement des adultes, responsables de leurs jeunes frères et s½urs, sérieux pour leur âge, parce que parfois la survie de leur famille repose sur leurs épaules. Je n'oublierai jamais ces enfants. Ils sont à mes yeux un modèle de résilience et démontrent un courage incroyable.
 
A l'orphelinat Cerro De Hula, je me suis attachée à ces petits garçons merveilleux. Leur parcours de vie est parsemé d'embûches et d'épreuves, mais ils relèvent la tête pour aller de l'avant. Leur vie est rude mais ils ne baissent pas les bras.

Sur la route du café, j'ai parlé avec des travailleurs qui triment très dur pour un salaire dérisoire. Ils sont heureux de mettre l'épaule à la roue pour faire fonctionner une petite coopérative artisanale de café équitable. Ils veulent empêcher de ce fait que les multinationales de café s'emparent du marché, ce qui équivaudrait à un travail d'esclavage au profit des riches et perpétuerait le cycle des injustices sociales. J'admire tous ceux qui ont la force de leurs convictions et qui actualisent leur désir d'améliorer la qualité de vie de leurs semblables. Je salue leur détermination et leur foi en l'avenir. J'honore leur volonté de changement car, bien que cela semble impensable, un tournant est en voie de s'amorcer

Je croyais, en allant là-bas, faire une petite différence dans leur vie, mais ils ont fait une énorme différence dans la mienne.  Durant ce séjour au Honduras, j'ai rapidement compris que l'important, ce n'est pas d'abord de faire ou d'accomplir quoi que ce soit, mais d'être en relation, de créer des liens. 
 
Je suis interpellée par le combat que chacun de nous menons sur terre; certains pour acquérir des biens et de l'argent, de la notoriété et du prestige, d'autres pour retrouver la santé, etc. Des centaines de millions de terriens luttent pour gagner à peine de quoi s'offrir un seul repas par jour. D'autres, encore moins favorisés, n'ont droit ni à l'eau potable, ni à la nourriture minimale quotidienne. Par contre, les plus pauvres de notre planète sont parfois les plus riches, les plus généreux et le contraire est malheureusement tout aussi vrai. 
 
Ce stage d'aide humanitaire m'a permis sans aucun doute d'élargir mes horizons et mon c½ur à une réalité bien présente, celle de l'inégalité. Je ne peux dorénavant ignorer les injustices sociales et la précarité de vie de mes semblables.  Je suis consciente d'être parmi les plus choyés de la terre et j'aimerais poser d'autres petits gestes pour venir en aide aux plus démunis. Vais-je répéter cette expérience d'entre aide?  Pourquoi pas?  
Au bout d'une vie, l'essentiel n'est pas tant l'amour que l'on a reçu mais bien celui que l'on a donné sans compter.

 

Jeannine Archambault.

 

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