Photo : Évelyne Beauclair

Nicaragua : en route vers une nouvelle révolution !Par Orlane Vidal, directrice de Mer et Monde au Nicaragua

Le 3 février dernier, la fondation The Climate Reality Project - créée en 2006 par l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore – a identifié le Nicaragua comme l'un des 11 leaders au niveau mondial dans le domaine des énergies renouvelables, en 3e position derrière la Suède et le Costa Rica. Comment ce petit pays d'Amérique centrale, dont 37 % de la population vivait en 2015 avec moins de 4 dollars par jour , s'est-il hissé au rang des fers de lance dans le secteur des énergies renouvelables?

L'ascension s'est produite de manière fulgurante, en l'espace de dix ans à peine. Avant 2005 au Nicaragua, la part de production des énergies renouvelables avoisinait les 25 % et le pays s'approvisionnait en hydrocarbures et énergies fossiles importées. Contre toute attente, la production d'énergies renouvelables a aujourd'hui plus que doublé : en 2015, celles-ci représentaient 54 % de la production totale. La « révolution verte » qui s'est opérée doit beaucoup aux efforts déployés par le gouvernement du président actuel, Daniel Ortega, pour répondre aux besoins et à la demande des citoyens en matière de consommation d'énergie électrique.

Et pour cause, au Nicaragua, l'accès aux énergies durables ne représente pas seulement un enjeu environnemental, mais également un enjeu socio-économique. Aujourd'hui encore, 77 % seulement de la population nicaraguayenne bénéficie d'un accès à l'électricité . La majorité des Nicaraguayens carencés habitent en zone rurale, dans des communautés peu accessibles et touchées par la pauvreté. En plus des obstacles logistiques et géographiques qui ont jusqu'alors empêché de nombreux foyers de se connecter au réseau électrique, le service de distribution peinait à approvisionner les clients à la hauteur de la demande, faute de quantité d'énergie disponible. La fraude à l'électricité est également une pratique répandue en contexte urbain marginal, qui tend à saturer le réseau. L'une des crises les plus connues en termes de pénuries d'électricité fut celle de 2006, lorsque survinrent quatre coupures d'électricité d'environ 12 heures chacune, entraînant des impacts négatifs sur l'économie nationale. Ces défaillances servirent alors – sans mauvais jeu de mots - d'électrochoc au gouvernement qui fait alors passer le thème énergétique au rang des priorités nationales.

La loi 532 sur la Promotion de production d'électricité renouvelable, alors déjà en vigueur depuis 2005, prévoit des exonérations et crédits d'impôt attrayants à l'intention des investisseurs étrangers. Et, de toute évidence, ce tournant dans la stratégie adoptée fonctionne admirablement. Des entreprises étrangères spécialisées dans la production d'énergies renouvelables se lancent dans l'aventure nicaraguayenne, et les projets mettant à profit les richesses naturelles du Nicaragua fleurissent sur l'ensemble du territoire. Il faut reconnaître que le Nicaragua, en dépit d'une superficie modeste avoisinant les 130 000 kilomètres carrés, présente des conditions naturelles idéales pour la transition énergétique : taux d'ensoleillement élevé dans l'ensemble du pays, couloirs venteux optimaux entre le lac Cocibolca et la côte atlantique, bassin hydrique exceptionnel avec la présence du second plus grand lac d'Amérique latine – le lac Cocibolca - couvrant une superficie de 8 264 kilomètres carrés, 14 volcans situés sur la ceinture de feu du Pacifique… Ces atouts se traduisent aujourd'hui en infrastructures poductives: la géothermie fournit 16 % de l'électricité du pays, le secteur éolien qui a explosé au cours des dernières années en fournit actuellement 15 %, l'hydraulique 12 % et la biomasse, concentrée sur l'exploitation de la bagasse – résidu de la canne à sucre – en fournit 7 %. L'énergie solaire reste encore marginale pour le moment car coûteuse, mais elle représente une alternative intéressante pour approvisionner de petites zones rurales isolées.

La production d'énergies renouvelables est telle que le Nicaragua revend aujourd'hui environ 5 % de son énergie aux pays voisins d'Amérique centrale, y compris au Costa Rica. Tout n'est pas gagné pourtant : le gouvernement prévoit relier cette année plus de 83 000 foyers nicaraguayens au réseau électrique, prévision qui semble toutefois un excès d'optimisme, au regard de la lenteur bureaucratique. Autre frein notable dans cette course à la lumière : le prix de l'électricité au Nicaragua figure parmi les plus élevés d'Amérique latine. Cette réalité se justifiait jusqu'à présent par la pénurie des ressources énergétiques disponibles, et l'on pourrait s'attendre, en toute logique, à observer une baisse progressive des tarifs tandis que le parc énergétique s'amplifie.

Dans tous les cas, le Nicaragua affiche plus que jamais sa volonté de se positionner en leader sur le plan environnemental, avec l'objectif annoncé d'atteindre la proportion de 90 % de la production d'énergies renouvelables pour 2020, et de continuer ainsi à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.

 

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