Photo : Évelyne Beauclair

Faire les choses différemmentPar Geneviève Ayotte, parente de la ferme Berthe-Rousseau

Qu'est-ce qui est possible au juste?

Ça se peut vivre dans une yourte une partie de l'année. Une infrastructure simple. Qui amène une certaine indépendance au niveau de l'entretien. Un endroit magnifique où chaleur et énergie circulent. Où on entend les ailes d'un oiseau qui passe par là frapper l'air rythmiquement. Où après la corvée de bois, la relation avec le poêle est délicieuse. Je me félicite d'avoir investi dans un poêle avec une vitre. Ça se peut y cuire toute ma nourriture, et je ne trouve pas cela difficile. Prendre le temps de faire les choses. Ça se peut rétablir en partie la relation au bois. À la terre d'ici.

Ça se peut rendre une campagne vivante, par des sourires, des bonjours monsieur Untel, comment ça va madame Chose, des échanges, des visites, un petit tour dans les commerces, un coup de main par-ci, un emprunt de matériel par là.

Ça se peut une ferme d'accueil. Où on vient se nourrir de magie communautaire, d'inspiration, de rêves en commun. Où on voit parfois le plus beau que chacun amène. Où on vient être confronté aussi. Où on grandit.

Ça se peut connaître par son nom un animal qu'on va manger. L'aimer. Et accepter. Ça donne en fait un peu de sens au fait de manger de la viande. Savoir qu'il a eu la vie la plus naturelle possible. Connaître.

Ça se peut faire pousser une partie plus ou moins grande de sa nourriture. Et triper dessus.

Ça se peut cuisiner : rassembler des ingrédients qu'on valorise, et éviter les produits transformés par des usines avec du sucre raffiné, du maïs, du canola et de l'artificiel.
Ça se peut quand on achète, donner ses sous avec ravissement parce qu'on aime littéralement le produit et/ou le producteur, et/ou la famille du producteur. Je déclare que l'avenir est dans les marchés publics. Les petits. Par ici, à Melbourne, on a le plus beau. Les gens qui vendent aux kiosques, ce sont mes voisins et mes amis. Même quand je n'achète pas, ils me nourrissent.

Parce que c'est nourrissant. Les produits bios et locaux. L'artisanat. L'art. Les gens qui ont des passions vraies et qui s'y investissent avec ce qu'ils sont.

Ça se peut prendre son vélo chaque fois que c'est possible. Engloutir du paysage, de l'air, du soleil, même du froid. En revenant du marché à vélo une fois, j'ai pris une belle débarque dans une grande côte, j'ai failli mourir (mais aucune égratignure), et j'ai fait une crevaison. Je n'avais pas mon kit de réparations. J'ai cogné à la ferme voisine. Les plus souriantes petites filles m'ont ouvert, j'ai découvert une grande famille d'agriculteurs ultra-sympathiques et je me suis fait une amie.

Prendre le temps de marcher aussi d'un point à un autre. Cela décuple facilement la beauté des lieux. Faire une boucle, et visiter les connaissances qui s'y trouvent. Ça se peut covoiturer davantage, quitte à partir un peu plus tôt, et connaître un peu plus son voisin.

Ça se peut continuer à se pousser un peu plus loin, vers soi et vers le monde, en ayant du plaisir à le faire. Se rappeler que le grand changement vient de l'évolution de la conscience, et que la conscience est en nous.

 

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