Photo : Évelyne Beauclair

Mythes et vérités sur les énergies renouvelables Par Geneviève Puskas, agent de recherche et de mobilisation à Équiterre

Après la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris, juste avant les fêtes, le Canada est revenu avec un mandat ambitieux. On doit se retrousser les manches pour éviter un réchauffement mondial de 1,5 °C. (Les experts s'entendent pour dire qu'un réchauffement de 2 °C serait catastrophique.)

Nous savons qu'il faut s'éloigner du pétrole, diminuer notre consommation d'énergie et faire plus de place aux renouvelables.

Mais même si les énergies renouvelables sont en émergence, le CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) révélait en mai 2015 qu'on les connait encore très peu.

Respectivement 91 % et 82 % des répondants à leur sondage ont correctement identifié l'éolien et le solaire thermique comme des énergies renouvelables. Mais une proportion non négligeable croit toutefois que le pétrole (17 %) et le gaz naturel (27 %) le sont aussi.
Et ça se complique quand on arrive aux formes d'énergie moins conventionnelles, comme la biomasse, le biogaz ou l'énergie hydrolienne. Ces formes d'énergie sont loin de faire partie de notre quotidien et on peut sourciller devant des termes comme « photovoltaïque » ou « géothermie ». Mais apprivoiser ces nouvelles formes d'énergie peut nous aider à leur faire plus de place. Mythes et réalités d'un secteur méconnu.

L'industrie des énergies renouvelables crée peu d'emploi.

Mythe. On a parfois l'impression que ça prend bien peu de monde pour faire tourner une éolienne. Détrompez-vous. Le secteur des énergies renouvelables connait une croissance fulgurante. En 2014, à l'échelle mondiale, 7,7 millions d'emplois étaient générés par le secteur des énergies renouvelables, en hausse de 18 % par rapport à l'année précédente. Au Canada, on parle d'une hausse de 37 % pour les mêmes années.

Selon l'organisation Blue Green Canada, si on investissait 1,3 milliard de dollars – l'équivalent des subventions fédérales remises au secteur pétrolier annuellement - dans les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et le transport public, six à huit fois plus d'emplois pourraient être créés au Canada. Et aux États-Unis, plus de personnes travaillent maintenant dans le secteur de l'énergie solaire que dans celui du charbon.

Les panneaux solaires sont polluants.

Faux. Les cellules photovoltaïques au silicium cristallin sont les cellules solaires les plus vendues au monde. Elles sont principalement composées de silicium, le deuxième matériau le plus abondant de la croute terrestre après l'oxygène. En plus, le silicium se recycle très bien.

Il arrive toutefois que pour réduire l'épaisseur des panneaux photovoltaïques, on utilise des matériaux rares comme le cadmium, le tellure, l'indium, le gallium ou le sélénium. Certains de ces matériaux sont toxiques, mais leur principal problème réside dans leur rareté. Leur utilisation est donc à éviter autant que possible dans la fabrication de cellules photovoltaïques. D'autres technologies prometteuses, utilisant notamment la concentration des rayons solaires, devraient prochainement faire leur entrée sur le marché.

Le syndrome « Pas dans ma cour » : les projets d'énergie renouvelable ne décollent pas parce que personne n'en veut chez eux.

Vrai et faux. Certains projets sont effectivement partis du mauvais pied ou ont divisé des communautés. Mais c'est loin d'être le cas partout.

À titre d'exemple, la coopérative Val-Éo, au Lac-Saint-Jean, a vu le jour grâce au regroupement de propriétaires fonciers, de municipalités et de citoyens qui souhaitaient développer un projet d'éoliennes dans leur MRC (Municipalité régionale de comté). Les agriculteurs et les municipalités reçoivent même une partie du montant de la vente de l'électricité produite!

En fait, toujours selon le sondage de CIRANO, les Québécois sont plus enclins à permettre le développement de projets en énergie renouvelable dans leur voisinage que de laisser passer un pipeline de pétrole. Pour aller de l'avant, les nouveaux projets devraient réduire les impacts sur l'environnement, faire l'objet d'une acceptabilité sociale et avoir des retombées économiques locales importantes.

Les énergies renouvelables ne sont pas rentables.

Elles le sont de plus en plus. En fait, le prix d'un panneau solaire a été divisé par 8 entre 1990 et 2014. Il y a quatre ans seulement, l'électricité solaire non subventionnée coutait sept fois plus que celle produite par les centrales au charbon. Or ce ratio est aujourd'hui tombé sous la barre de 2 pour 1 et pourrait être à parité d'ici 12 à 18 mois, et ce, même dans un contexte de faible prix du pétrole, affirmait le mois dernier une analyse de la Deutsche Bank.

La rentabilité des énergies fossiles provient aussi des subventions gouvernementales. Le Fonds monétaire international avance le chiffre étourdissant de 10 millions de dollars à la minute!

 
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