Photo : Justin Canning

Les gens de la campagne descendent aussi dans la rue Par Martin Couture

Vous avez entendu parler du gaz de schiste? Il y a quelques années, les habitants de plusieurs régions rurales du Québec se sont réveillés en apprenant que leurs terres avaient été « claimées » par des compagnies de prospection pétrolière. Ces entreprises ont donc acheté le droit de venir forer des puits de gaz ou de pétrole n'importe où, sans avoir à obtenir la permission des agriculteurs ou des municipalités. On a aussi rapidement appris que les techniques de forage menaçaient nos sources d'eau potable de façon irrémédiable.

La résistance s'est organisée. Dans notre municipalité, à Durham-Sud, un petit comité de résistance s'est formé en lien avec d'autres comités de la région, puis en lien avec des comités de tout le Québec. On a maintenant, aussi, des contacts avec des associations françaises et étatsuniennes.

Des scientifiques et des conseillers juridiques travaillent avec les regroupements de comités pour nous aider à étayer nos revendications. La plupart des municipalités, suite aux pressions des comités, ont voté des règlements pour protéger les sources d'eau, mais le combat n'est pas gagné. Les entreprises pétrolières ont beaucoup de moyens. Elles ont des lobbyistes qui travaillent très fort à Québec et à Ottawa pour faire avancer leurs dossiers.

Après les pétitions, les rencontres avec les maires, les députés et les ministres, nous avons fabriqué des pancartes et nous sommes sortis dans les rues. Évidemment, on ne casse rien et on ne fait pas trop de bruit, mais on est là, prêts à réagir. Nos pancartes ne sont pas rangées bien loin.

On a manifesté plusieurs fois localement devant les bureaux de notre ancien député qui était aussi ministre de l'environnement; on est allés en délégation régionale à la marche pour le climat à Québec; on a aussi participé à la grande marche pour la Journée de la terre à Montréal et depuis, on souligne chaque 22 avril par une petite célébration au village.

Les manifestations et les réunions des comités n'impliquent qu'une petite minorité de citoyens, mais on se fait voir et entendre. Nous ne savons pas encore qui va gagner, l'eau potable ou le pétrole, mais on reste vigilants, prêts à sortir dans la rue, à sonner les cloches, à réveiller nos concitoyens et nos élus.

On a appris qu'on peut changer les choses. On a appris que même dispersés sur un grand territoire, les ruraux ont un mot à dire sur le développement de la campagne. De nouvelles solidarités sont nées dans notre communauté et ça, c'est plus précieux que du pétrole.

 

< précédente