Le bénévolat, au cœur de la société Par Manoucheka Céleste, Fondatrice et Directrice de l'Organisme MAINS UTILES à Saint Leonard.

En 2013 nous mettions sur pied l'organisme MAINS UTILES, une entreprise d'économie sociale qui œuvre dans le domaine de la couture. Sa mission a deux volets: celui de venir en aide aux femmes immigrantes vivant dans des conditions d'isolement ; et créer, produire et vendre des articles. Ses objectifs veulent donc favoriser l'intégration, la réinsertion sociale, et créer des emplois. Laissez moi vous conter comment tout ça a commencé.

Tout a commencé en 2010, lors de ma formation en Design de Mode au Collège Lasalle. Là, j'ai compris comment il est difficile pour les femmes, surtout les nouvelles arrivées, d'intégrer la société d'accueil comme elles le devraient. J'ai alors décidé de mettre mes connaissances en mode à leur disposition. Excellente idée, me disaient les gens à qui j'en parlais, mais je ne savais pas par où commencer.

En 2012, j'ai décidé de contacter les organismes du quartier dans le but de connaitre leur fonctionnement, d'être en contact avec les citoyens et enfin, de rencontrer les acteurs potentiels de cette communauté de plus en plus multiculturelle. Plusieurs m'ont ouvert leur porte, m'ont donné des responsabilités, m'ont fait confiance, m'ont permis d'avoir une expérience à titre de bénévole dans ce milieu, et m'ont aidée par la suite dans le démarrage de mon projet.

Je me suis d'abord engagée comme bénévole dans un restaurant communautaire, où on avait besoin de serveuse, et d'aide à la cuisine. Parallèlement, un autre organisme communautaire a accepté mon offre de bénévolat et m'a donné d'autres responsabilités. J'y ai joué là le rôle de secrétaire, et je participais à plusieurs tâches administratives, ainsi qu'à la rédaction de projets, etc. Parfois, on m'a déléguée aux rencontres de différentes tables de quartier et enfin, j'ai aussi été élue au conseil d'administration de l'organisme.

Combien d'hommes, de femmes et même d'enfants j'ai rencontré pendant une année! Cette expérience avec eux, en particulier les femmes de différents groupes d'âge et de différentes cultures, m'a permis de voir combien il est de plus en plus complexe pour les femmes immigrantes d'intégrer la société d'accueil. Elle m'a aussi permis de comprendre les différents enjeux sociaux face à l'intégration, le besoin d'un réseau, l'urgence d'avoir un lieu où elles peuvent se rencontrer pour discuter et apprendre à faire quelque chose avec leurs mains, tout en ayant un réseau sur lequel elles peuvent compter. Mon projet s'est alors précisé. « Manoucheka, m'a-t-on dit, ce projet répond à un besoin crucial pour Saint-Léonard. Dans les années 90, un organisme offrait un service comme cela, mais plus aujourd'hui, et la demande augmente. Nous sommes prêts à t'aider. »

Après un an de bénévolat, il a fallu se mettre au travail pour que MAINS UTILES devienne une réalité. Nous avons mis sur pied des stratégies qui nous ont permis de démarrer en septembre 2013. Étant donné qu'un contact avait été préalablement établi avec des acteurs potentiels de la communauté, on a pu en deux semaines les mobiliser, ainsi que les organismes du milieu, les citoyens, des journalistes du quartier, et on a organisé une première porte-ouverte qui fut un grand succès.

Pour la première année, nous avons reçu plus de 30 femmes venues de partout dans la Métropole. Parmi elles, se retrouvent de nouvelles arrivées, des femmes avec des problèmes d'isolement, des femmes cherchant de la compagnie et surtout un réseau sur qui compter. Réunies autour d'une table et des machines à coudre, elles retrouvent le sourire tout en apprenant à faire des choses avec leurs mains. Quelle belle expérience! Elles apprennent non seulement à coudre, mais aussi, à se faire confiance, à faire confiance à l'autre, et la couture est même devenue pour certaines comme une thérapie. Une année ce n'est pas beaucoup, mais, nous avons parcouru beaucoup de kilomètres, nous avons touché beaucoup de gens, dont plusieurs ont fini par voir clairement et se décident à prendre leur vie en main. Il y en a pour qui c'est plus difficile, mais, on ne lâche pas! Notre souhait, c'est que chaque femme qui met les pieds à notre atelier représente l'espoir de demain. Pour développer le côté économique, nous produisons des sacs pour divers usages et de tabliers destinés aux gens qui travaillent dans différents domaines. Présentement, nous travaillons à développer d'autres articles et autres marchés. Car ce développement nous permettra de changer des vies en créant des emplois durables dans notre société.

Présentement, nous bénéficions des mêmes bienfaits que nos prédécesseurs. Nous avons des bénévoles qui consacrent quelques heures de leur journée à nous aider en tant qu'administrateur, comptable, couturière, enseignante de couture, conseiller, secrétaire, informaticien, vendeuse, etc. Nous sommes fiers de faire partie d'une société basée sur des valeurs aussi importantes. Je salue les gens de la communauté de Saint-Léonard, qui avec un cœur chaleureux m'ont permis de contribuer au progrès de cette communauté.

 

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