Avoir un père africain et être née au QuébecPar Émilie S.Diarra

Je suis née au Québec, d'un père malien et d'une mère québécoise. Tout ce que j'ai connu de l'Afrique avant d'y être allée à l'âge de 26 ans, c'était la nourriture et quelques sculptures que mon père ramenait de son pays quand il revenait de vacances.

Avoir un père africain au Québec, des fois ça crée des conflits intergénérationnels au niveau des valeurs et de l'éducation. Il voudrait m'élever comme s'il était en Afrique alors que j'ai grandi dans le système québécois.

Par exemple, récemment, mon père insiste pour que je me trouve un copain. Malgré qu'il se soit bien adapté au Québec, parfois il pense qu'il peut encore interagir avec moi comme si nous étions au Mali, surtout par rapport à mon célibat.

Je m'explique : je suis l'aînée de trois frères et deux d'entre eux sont en couple alors que moi, la plus vieille, je suis encore célibataire. En plus, dans la lignée familiale de mes cousins et cousines au Mali, il faut se marier en ordre, par l'âge. La prochaine qui devrait se marier c'est moi. Dans certains villages, on va aussi marier les filles en premier. Ça met beaucoup de pression et les filles n'ont souvent pas le choix.

Il me dit souvent : «Émilie tu as 30 ans, il serait temps que tu te fasses un copain. En Afrique tu devrais déjà te marier». Mais moi, ayant grandi ici dans un pays où la femme est égale à l'homme et où je ne suis pas obligée de me marier, je lui réponds qu'un jour, oui, ça viendra mais pas maintenant. Pour l'instant, mes seules préoccupations tournent autour de mes études et de ma réussite scolaire.

« Papa, sois patient. Sois fier de l'endroit où je suis rendue et de la personne que je suis devenue parce que tu m'as appris à être forte ».

 

  Chez les autochtones ; statut reconnu ou identité ressentie ?

En résumé, les Autochtones ont un statut juridique individuellement et collectivement différent de celui du reste de la population canadienne. La Loi sur les Indiens établit un cadre administratif et juridique qui continue à définir de manière très stricte qui est Indien ou ne l'est pas, et comment les Indiens doivent administrer leurs réserves. Elle définit aussi la structure politique- c'est-à-dire l'organisation et les pouvoirs du « Conseil de bande»- qui préside aux destinés de la réserve au quotidien.

Alors que le droit international, en vertu du droit inhérent des peuples autochtones à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale, se base sur des critères identitaires culturels, historiques et personnels (sentiment d'appartenance) pour définir la citoyenneté autochtone, la Loi sur les Indiens octroie le statut d'Indien sur le fondement de l'ascendance ou la filiation. Ces critères ne prennent aucunement en considération le sentiment d'appartenance qui est pourtant l'un des éléments centraux de la définition de la citoyenneté autochtone en droit international. La Loi sur les Indiens propose au contraire un cadre particulièrement rigide où la seule place qui est faite à l'auto- identification est la possibilité laissée aux conseils de bande d'adopter leurs propres codes d'appartenance avec les problématiques de discrimination qui peut en résulter telles que vues ci haut.

L'ascendance ou la filiation peut refléter une conception «raciale» de l'identité autochtone, mais aussi un souci de transmission de la culture. Elle peut cependant être à l'origine d'un fossé entre le statut reconnu par la loi et l'identité ressentie par les personnes concernées.

Tiré du Rapport des Femmes autochtones du Québec, mars 2012
« Comment définir l'identité et la citoyenneté autochtone : enjeux et pistes de réflexion »

 

 

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