Identité professionnellePar Vincent Richard

Je suis un jeune travailleur social avec deux ans d'expérience sous la cravate. Malgré cela, je me questionne encore sur mon identité professionnelle.

Au Québec, le travail social est une jeune profession qui a longtemps été exécutée par les communautés religieuses. À la base, le travail social avait comme perspective de venir en aide aux plus démunis en leur apportant un support moral, physique et/ou spirituel. Nous avons tous, en tête, l'image de la religieuse qui vient en aide à un pauvre en lui tendant du pain. La charité des communautés religieuses permettait aux exclus de la société d'avoir de l'aide concrète, d'avoir un second souffle, mais surtout d'être reconnus en tant qu'individus.

Avec les années, le travail social s'est transformé. Il a évolué avec les courants sociaux comme le féminisme, le droit à l'avortement, les droits de la personne, etc. Avec la laïcité, la séparation de la religion et de l'état, le travail social est devenu une profession en soi qui est pratiquée par des centaines de personnes.

Mais qu'en est-il aujourd'hui ?

Les raisons qui m'ont poussé à vivre de cette profession n'ont été qu'illusions lorsque je suis entré sur le marché du travail. Je me souviens qu'à l'université, les élèves qui étudiaient dans ce domaine étaient considérés comme des "pelleteux de nuages", des idéalistes et même des utopistes. Nous étions sur les bancs d'école afin de s'éduquer, d'apprendre les mouvements sociaux et de comprendre l'évolution de la société québécoise. Par contre, la motivation première de tous et chacun était, sans contredit, de changer la société. Nous avions la croyance que notre implication dans la société allait apporter des changements concrets.

Il est triste à dire qu'en entrant dans le réseau de la santé et des services sociaux, nous commençons tranquillement à nous désillusionner de nos espérances. La hiérarchie des systèmes se cristalise. Les professions se spécialisent et se surspécialisent. Et pourtant, l'image du travailleur social reste la même, soit l'utopiste qui espère encore que le monde va changer.

Il y a ce médecin spécialiste, que je cotoie dans certains de mes dossiers, qui est venu me voir un jour en critiquant mon travail. Pour ce médecin, son travail était beaucoup plus valable que le mien, étant donné qu'il pouvait émettre des diagnostics et que ces diagnostics permettaient à ses patients de recevoir davantage de services. Sous le choc de ce commentaire, je me suis remis en question, à savoir si mon travail avait de l'importance. Je me suis même demandé si je ne devais pas retourner sur les bancs d'école pour me spécialiser dans un domaine X afin de me sentir utile; utile comme ce médecin prétendait l'être. À ce moment, avec un peu de recul, je me suis rappelé les raisons pour lesquelles j'ai choisi d'être travailleur social. Et ces raisons sont restées les mêmes; venir en aide à la population vulnérable et lui permettre d'avoir une dignité.

Or, il est de mon devoir de me battre au quotidien pour faire valoir mon travail. Je n'ai pas besoin de me spécialiser davantage pour effectuer ma profession, mais bien de rester ce travailleur social qui a la conviction que le changement social se fait à tout instant.

 

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