Le développement identitaire de l'enfantPar Carole Paradis, Psychologue et chargée de cours, l'Éducation à l'enfance, Cegep du Vieux Montréal


Photo : Jennifer Arenson

Comment aborder le développement identitaire sans mentionner la célèbre expérience de Lewis (1997)? Un point rouge est apposé sur le nez de l'enfant à son insu et lorsque l'enfant se regarde dans le miroir, s'il pointe le miroir c'est qu'il n'a pas acquis la conscience de soi et s'il se touche le nez, il a manifestement compris qu'il est un être séparé et entier.

La conscience de soi apparaît vers 18 mois. L'enfant est désormais maître de lui-même; son premier mot se manifeste entre 10 et 14 mois, tout comme il apprend à marcher au cours de cette même période. À 2 ans, il a donc déjà un bon vocabulaire, tout comme des capacités motrices qui lui permettent de se déplacer avec aisance.

Entre 2 et 3 ans, il acquiert également la conscience du genre: il peut donc alors affirmer «je suis un garçon» ou «je suis une fille». C'est avec ce MOI CAPABLE que les adultes doivent composer. Comment faire pour soutenir cette affirmation tout en développant l'estime de soi, qui forgera au fil des années l'identité de l'enfant ? L'attachement est un aspect majeur pour le développement de l'estime de soi et c'est avec la régulation mutuelle ou la synchronie que le parent peut créer un bon lien d'attachement, c'est-à-dire une relation affective qui se développe tout d'abord entre l'enfant et la personne qui s'occupe de lui. Lorsque l'enfant naît, il est essentiellement un être avec des réflexes instinctifs: qu'importe celui qui s'occupe de lui, l'enfant est satisfait lorsque tous ses besoins sont comblés. Ceux-ci sont comblés adéquatement quand le parent sait saisir les différents besoins de l'enfant, tant physiologique qu'affectif, ou encore de stimulation. Par exemple, quand le parent sent l'enfant inquiet et qu'il met des mots rassurants sur son émotion ou quand il comprend le signal de la faim et qu'il suit le rythme de l'enfant. Quand il est sensible aux besoins de l'enfant, quand il évite de le sur-stimuler en ne cessant d'agiter, par exemple, un hochet si l'enfant détourne la tête. Quand le parent comprend tous ces signes, on parle alors d'une bonne régulation mutuelle ou de synchronie.

Grâce à cette régulation, nous pouvons développer un bon lien d'attachement. Vers 7 mois, quand l'attachement véritable s'établit entre la mère et son enfant, ce premier attachement a un grand impact sur la vie de l'enfant. Selon Bowlby (1969), l'enfant est actif dans la création d'un lien d'attachement. On parle alors d'un attachement sécurisant.

Le concept de soi, disons le noyau central de la personne, apparaît dès que la conscience de soi est acquise. L'estime de soi, quant à elle, est le regard qualitatif que pose l'enfant sur ce noyau central: je m'aime ou non? On reconnaît la «bonne» estime de soi chez l'enfant lorsque ce dernier est en mesure de réévaluer lui-même les paramètres de son échec, de modifier son approche pour réessayer à nouveau. Son noyau central est affecté temporairement et dès qu'il trouve de nouvelles solutions, il peut retenter l'expérience et ainsi faire face aux embûches et réussir.

Duclos (2004) et Monbourquette (2002) se rejoignent tous deux en émettant l'opinion que lorsqu'un individu qui s'est senti aimé, même par une seule personne, peut se dire qu'il est aimable, qu'il possède sa propre valeur, il a un noyau central plus solide. Cette relation affective entre un parent et son enfant doit être un lien chaleureux, tout en étant clair et ferme.

Le processus identitaire passe également par l'image de soi, qui comprend les caractéristiques physiques de l'individu (cheveux bruns, yeux verts, etc.) ainsi que d'autres caractéristiques qui le définissent plus concrètement: j'ai 4 ans, un frère et ma meilleure amie s'appelle Julie. Dès 7 ans (seconde enfance), il apportera des nuances, il pourra être québécois tout en ayant des origines différentes de par ses parents entre autres.

Dans le développement d'une identité positive (connaissance de soi), nous devons aider l'enfant à reconnaître ses forces et ses aspects les plus faibles. Par exemple, il est le plus rapide à la course, il comprend vite les chiffres, il met beaucoup de couleur dans ses dessins, cependant il pourrait s'appliquer davantage, bientôt, il pourrait ne plus dépasser les lignes. Les remarques doivent être adaptées aux capacités réelles d'un enfant. On ne peut lui demander de réussir tout du premier coup, il faut éviter de mettre de la «pression». Le plaisir d'apprendre est, selon nous, important durant la prime enfance et peut aussi avoir des effets à long terme, entre autres, sur sa motivation.

Enfin, très jeune, l'enfant entend des mots qu'il intégrera durant la seconde enfance lorsque ses capacités cognitives le lui permettront. Positifs ou négatifs, ces mots résonneront, s'intègreront et fortifieront ou ébranleront son noyau central, et par le fait même, son identité.

Développer le sentiment de compétence, la connaissance de soi et assurer le sentiment de sécurité contribuent à développer une bonne estime de soi, tout comme ces éléments sont essentiels à un développement identitaire adéquat. L'identité se construit selon les expériences variées de l'enfant dans les différents milieux qu'il fréquente et cette construction se continue jusqu'à la fin de l'adolescence, où le passage à la vie adulte entraîne à nouveau une crise identitaire et où, selon Erikson (1950) puis Marcia (1969,1980), le passage à la vie adulte entraîne une autre étape au processus identitaire.

Références bibliographiques
* Monbourquette. J. De l'estime de soi à l'estime du Soi. Éditions Novalis. Montréal, 224 p. 2002
Duclos. G, l'estime de soi , un passeport pour la vie.. Éditions de l'hôpital Sainte-Justine 242p 2004.
Papalia. D.E.,Olds S.W. et coll, Psychologie du développement humain, 7e édition. Chenelière, Mc Graw –Hill, Montréal, 482 p. 2010
p. 107 (Lewis), 1997
p. 120 Bowlby, (1969)
p. 291 Erikson,(1950) Marcia (1966,1980)

 

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