Francophone Hors QuébecPar Pascale Savoie-Bibeau

Pour la mise en contexte de ma vie, laissez-moi vous dire que je suis née à Montréal, j'ai grandi au Nouveau-Brunswick, mes parents sont Acadiens, mais mon frère est Québécois, j'ai habité en France, en terre cajun (Louisiane, É-U.) et je demeure présentement en Ontario, travaillant pour le secteur culturel franco-ontarien. Bref, j'ai depuis toujours eu une passion pour les cultures francophones et les différentes réalités que vivent les francophones hors Québec.

Hors Québec. Voilà un mot qu'on utilise souvent et qui m'irrite au plus haut point. Plus je découvre les francophonies vivant au Canada (ou ailleurs), plus ce mot m'irrite. Il m'irrite, car il crée la division et oppose des entités qui, selon moi, pourraient et devraient cohabiter ensemble et se connaître mieux. Au-delà de nos croyances politiques et de notre vision de ce Canada qui crée si souvent de la frustration par sa grandeur qui nous sépare ou par ses valeurs qui semblent se confronter perpétuellement, je crois que ce sentiment d'appartenance à la francophonie devrait être plus fort que nos opinions politiques, plus fort que nos frontières et plus fort que notre manie de vouloir créer à tout prix des barrières pour avoir l'impression que notre existence est plus marquée. Attention, je ne suis pas contre la fierté identitaire. Loin de là. Je suis, par exemple, très fière d'être Acadienne. Par contre, cette fierté ne m'empêche pas de vivre constamment les autres réalités francophones et de m'y sentir connectée de surcroit. Peut-être suis-je utopiste, mais je crois forcément intérieurement qu'il devrait en être autant pour chaque francophone canadien, qu'il soit Acadien, Québécois, Franco-Manitobain etc.

Sans vouloir tomber dans les clichés, il ne faut pas oublier que l'ouverture à l'autre passe par la curiosité, par le contact et par l'échange. Ce petit rappel d'ouverture, appliqué de façon systématique dans notre paysage canadien, vous permettra de découvrir un univers francophone incroyable.

Si vous en avez les moyens, voyagez. Sinon, voyagez par l'art et la culture. Pourquoi ne pas découvrir la littérature franco-ontarienne? Vous renseigner sur les expositions d'arts visuels pancanadiennes? Voir un spectacle de danse québécoise ? Regarder gratuitement des documentaires pancanadiens sur le site de l'Office national du film du Canada? Découvrir un chanteur franco-manitobain? Faire une recherche sur le Tintamarre acadien sur YouTube? Mieux encore : vous pouvez vous rendre à des activités francophones diverses et rencontrer les gens pour échanger et parler avec eux. Posez-leur des questions. Découvrir et vivre les minorités francophones jusqu'à ce qu'elles ne soient plus des minorités réelles à vos yeux : en terme de chiffre, oui, certes, mais en terme de forces vives, non.

Pour ma part, j'aime le Québec et l'Acadie et l'Ontario et les autres provinces qu'il me reste à découvrir. J'aime aussi cette idée d'union dans nos différences et d'égalité malgré nos chiffres. Voilà ma réflexion sur les minorités francophones hors Québec.

 

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