Où est mon pays?Par Martin Couture

J'ai souvent cherché mon pays, je le cherche encore de temps en temps. Je parle de ce lieu où je pourrais, en regardant les gens qui y vivent, me découvrir, voir à quoi je ressemble. En écoutant les gens de ce pays je reconnaîtrais les valeurs profondes qui m'animent.

Je n'ai pas encore trouvé cette contrée familière, en tout cas, pas comme je me l'imaginais.

Je suis surtout Québécois, mais pas parfaitement. Je ne connais rien au hockey et je n'aime pas la poutine. Les grandes surfaces qui poussent partout au Québec me donnent la nausée. Je me sens étranger dans un aréna et sur le boulevard Taschereau. Je suis aussi Canadien et Américain, je ne reconnais pas les frontières artificielles, mais je ne suis clairement pas chez nous à Dallas ni à Calgary.

Je suis né à Ottawa et je suis très sensible à la réalité des autres francophones d'Amérique mais je ne suis pas de leur pays non plus, je ne les connais pas assez.

J'ai passé plusieurs années en Amérique Latine mais on me fait sentir avec raison que je ne suis pas de là-bas non plus. Mon accent et mes yeux pâles sont une barrière qui m'empêche d'être latino malgré les grandes amitiés qui sont nées au Honduras et au Mexique.

Je suis chrétien catholique mais il y a des jours où j'ai plutôt envie de me cacher quand j'entends mes
« frères catho de droite » prendre la parole. Je suis désemparé quand je ne trouve pas les mots pour me faire comprendre, quand je ne comprends plus leur latin. Je suis scandalisé par l'exclusion que pratique officiellement mon Église.

J'ai grandi en ville, mais j'en suis parti il y a longtemps. Quand je vais à Montréal, je me sens comme un touriste, je ne comprends plus les codes, je m'y sens profondément fermier. Dans ma campagne que j'adore, il m'arrive par ailleurs de ne pas comprendre certains mots, d'avoir des goûts de ville. On me dit parfois, gentiment, que je ne suis pas tout à fait de ce village.

Cette quête d'un miroir qui puisse refléter mon identité a été particulièrement accaparante quand je suis rentré au Québec du Honduras, avec ma famille et après quatre ans d'absence. Je n'étais plus de nulle part, mes derniers repères avaient disparu.

Je cherchais trop. J'imaginais ce pays trop évident, trop grand. Je cherchais un pays alors qu'il y en avait plusieurs, surtout de toutes petites contrées.

J'ai relu mon passé récent. Je me suis penché sur certains souvenirs, certaines sensations. Je continue à faire cet exercice quand je ne sais plus qui je suis. Je me rappelle la chorale dont je faisais partie au Honduras, de cette cantate de Bach qu'on a chantée à Tegucigalpa. J'étais comme à la maison, avec des gens qui vivaient comme moi. Je pense à notre voisin Rémi qui nous parlait l'autre jour de ses jardins et du bonheur qu'il trouve à y travailler. Là aussi je me suis senti chez moi.

Ce n'est que par des petits bouts de vie que j'ai senti mon identité confirmée. Pour les autres espaces de ma vie, je pense à Bernard qui nous a dit qu'il se sentait généralement étranger, au Québec, dans notre époque. Je m'identifie donc à tous ces étrangers, peut-être à tous les humains de la terre qui cherchent qui ils sont et pourquoi ils sont là. Cette recherche fait peut-être partie de nous…

 

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