Marginalité et jeunes du Québec Par Marie-Carmen Plante, md

La problématique de la marginalité est de plus en plus présente et visible au Québec et elle nous interpelle profondément.

La MARGINALISATION est un terme que nous devons définir clairement, car il est souvent confondu avec la ségrégation, la stigmatisation, l'exclusion sociale, l'itinérance.

Etre marginal signifie pour un individu ou un groupe d'individus de s'écarter de la norme de la société, de s'en exclure ou d'en être exclu avec une rupture parfois brutale des liens sociaux. Même si la marginalisation sociale peut être choisie par un individu désireux de vivre en marge de la société, de manifester le refus d'un mode de vie, de protester contre certains travers de la société, elle est le plus souvent subie ou conséquence de problèmes multiples.

Nous devons tous, dans nos évolutions personnelles, traverser des étapes de socialisation et construire notre identité sociale; le lien social est essentiel tout au long du parcours de la vie, de la naissance à la mort. L'être humain se construit grâce aux liens réels ou imaginaires qu'il tisse au fil du temps; il a un besoin d'appartenance à une famille, à un groupe social, à une communauté d'idées; ces liens se nouent et se dénouent, créant tout à tour dépendance, interdépendance et exclusion. Le lien permet la reconnaissance sociale, mais il est aussi contraignant et oblige à des limites en terme de liberté individuelle; il est vecteur d'identité mais peut aussi réduire l'individualité par nécessité de se conformer. Dans tous les cas et pour tous, les liens vont se modifier, se transformer, disparaitre ou réapparaitre. Ces liens permettent la cohésion sociale et l'intégration des individus dans la société à laquelle ils appartiennent.

Dans notre société québécoise, moderne et évoluée socialement, il y a des jeunes qui seront marginalisés, classés non –conformes à cause d'une déficience sociale ou mentale, ou une différence ou une incapacité à vivre en société et cela dans toutes les régions de notre grande province.

Nous parlons ici de jeunes qui peuvent venir de familles dysfonctionnelles, avec des carences affectives et sociales à différents degrés; qui peuvent avoir un passé de violence et d'abus, de rejet, qui ne parviennent pas à développer des liens de confiance avec les adultes et les autres jeunes.

Il y a ceux qui présentent des problèmes de délinquance, qui sont aussi à risque de marginalisation pour des délits, un parcours dans des gangs criminalisés ou dans le commerce des drogues…
Ceux qui présentent des déficiences intellectuelles, qui n'obtiennent pas les soins et l'attention nécessaires à leurs besoins sont souvent exclus, sinon rejetés; ils peinent à se trouver une identité sociale et à être acceptés avec leurs handicaps.

Ceux qui présentent des problématiques de troubles mentaux divers dès l'adolescence et ne reçoivent pas le diagnostic précis, les soins appropriés, auront tendance à s'isoler et se marginaliser facilement avec des symptômes de retrait social très marqués. De plus, même traités, ils se retrouvent souvent sans ressources appropriées au sortir d'une hospitalisation; et sans aide et support, ils ont beaucoup de difficultés à organiser leur vie de façon adéquate et à suivre leur traitement, à se réadapter et à trouver un sens à leur vie..

Les jeunes qui quittent le parcours scolaires tôt (décrocheurs) pour toutes sortes de raisons se mettent en situation de marginalité sur le plan social et sur le plan travail, quand ils ne sont pas remerciés du milieu familial. Souvent jeunes chômeurs pour de longues périodes, n'ayant accès à aucune mesure d'allocations ou à un salaire très minimal, ils se découragent et s'abandonnent sur la voie de la marginalité.

Les jeunes, victimes de harcèlement à l'école ou au travail, sont aussi sujets au danger de marginalité, vivant la honte, le manque d'estime et de confiance en soi, le découragement…

Ceux qui ont des problèmes d'assuétude et d'intoxication récurrents risquent aussi de se marginaliser à tous points de vue, et sont même en grand danger d'exclusion de plus en plus profonde.

La solitude et l'isolement les associent entre eux paradoxalement; les pertes, rejets et inégalités vécus par ces jeunes les conduisent à adopter souvent eux-mêmes des comportements de rejet de la société en général; ils intègrent ainsi l'exclusion au plus profond d'eux-mêmes et adoptent les logiques d'abus des systèmes qui les ont maltraité à leurs yeux. Ils sont très vulnérables dans une société exigeante, capitaliste, virtuelle, tournée vers l'indépendance des individus et le profit.

Les évolutions sociales et économiques des dernières années ont brouillé les repères et modifié les rapports de jeunes et de la société envers eux. Ainsi pour les moins outillés et les plus mal préparés, les risques se posent en terme d'incertitudes, de processus périlleux, de risques d'échecs et d'impasses insurmontables pour leur insertion sociale. Le passage à la vie adulte devient un véritable parcours de combattant.

Pourtant de nombreuses ressources existent à plusieurs moments de leur vie, mais ils n'y ont pas accès, parce qu'ils ne les connaissent pas ou n'y ont pas recours parce qu'ils en ont peur ou qu'ils sont en déni.
Que faire? les accueillir dans une relation de qualité, une attitude sans jugement; les considérer dans toute leur dignité et les traiter comme des personnes à part entière; répondre à leurs besoins fondamentaux (logement, nourriture, santé, travail etc.) avec chaleur, en mettant la valeur de nos liens avec eux au dessus de tout; leur redonner confiance et espoir et travailler avec eux à la reconstruction de véritables liens sociaux.

Ainsi, en apprenant à créer de nouveaux liens affectifs solides, porteurs de Vie positive et d'un état de bien-être intérieur et extérieur, ils pourront se projeter dans l'avenir, trouver leur place spécifique dans la société et quitter la marginalité….
pour toujours…

 

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