L'amour inconditionnel Par Louisa Blair

Ignatius Farm Community* a été fondée dans les années 70 par un Jésuite, Doug MacCarthy, qui travaillait à l'époque dans la prison locale. Il avait remarqué que les détenus n'avaient souvent pas de famille où ils pouvaient retourner une fois leur peine purgée. Soit que les familles ne voulaient plus avoir à faire avec eux, soit qu'elles étaient éclatées, ou qu'elles n'existaient plus dans les faits. De plus, comme ils avaient souvent des problèmes de santé mentale, ils se baladaient entre la prison et l'hôpital psychiatrique. Souvent, leur condition n'étant pas assez grave pour rester longtemps ni dans l'un ni dans l'autre, mais n'étant pas capables de rester seuls et autonomes, ils finissaient dans la rue, où on abusait d'eux.

Donc, Doug commença à inviter des ex-détenus à venir vivre avec lui, ainsi qu'avec quelques autres jésuites et des bénévoles (dont Martin et Sally). C'était dans l'ancienne ferme du Séminaire de Guelph, où les frères devenaient trop âgés pour travailler à plein temps. Notre philosophie était très simple : on aimera ces personnes d'un amour inconditionnel - une philosophie radicale, évangélique, et complètement impossible!

On habitait dans trois maisons. Chaque jour on travaillait ensemble à la ferme, au potager, au verger, dans les champs, avec les bœufs, les poules, et la vache. On essayait de créer une vie de foyer et une vie de communauté, un peu modelée sur l'Arche de Jean Vanier, avec qui les jésuites avaient travaillé auparavant. On a tissé des liens avec la communauté de Guelph, des liens qui sont encore là, aujourd'hui. Beaucoup de citoyens viennent nous aider en nous donnant du temps, de l'argent, des services professionnels, leur travail et leur compassion abondante.

La communauté en tant que telle est restée ouverte pendant 25 ans. Il y a des membres qui ne sont restés que quelques jours, et d'autres qui ont passé le reste de leur vie dans la communauté et qui sont morts dans les bras de leurs amis. Mais on ne comptait pas le succès de nos efforts en années ou en taux de récidivité. On espérait avoir allumé une chandelle dans le cœur de ceux qui se sentaient exclus et abandonnés, une chandelle qui leur rappellerait toujours que quelque part dans le monde il y a un endroit où ils ont été accueillis et aimés; un endroit où ils ont expérimenté la fierté profonde d'être capable de travailler la terre, de nourrir ses proches, et de prendre soin de créatures vivantes, un endroit où ils ont peut-être eu un aperçu de l'amour divin qui leur est offert à tout moment de leur vie.

 


* La communauté de la Ferme de Guelph n'existe plus comme un milieu d'accueil pour personnes fragiles mais les lieux servent encore à promouvoir l'écologie et la spiritualité. On y trouve aussi des jardins communautaires. Toujours protégé par les Jésuites, cet espace de beauté et de paix est encore au service de ceux qui sont en recherche. www.ignatiusguelph.ca

 

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