Un lieu d'accueil largement ouvert… Par Michel Corbeil

Au cours de ses 25 années d'existence, la Ferme Berthe-Rousseau a acquis la réputation d'être un lieu où tous ceux qui y viennent s'y sentent accueillis tels qu'ils sont, avec leurs talents, leurs ressources et aussi leurs fragilités. Il s'agit là d'un idéal que les fondateurs s'étaient fixé dès le départ. L'hospitalité (les Sénégalais diraient la Teranga) représente les valeurs d'ouverture, de partage, d'accueil qui définissent la communauté Berthe-Rousseau; elle assure un ancrage dans la réalité sociale du village ou de la région, et permet des collaborations qui sont essentielles au maintien des ressources qui sont nécessaires à la bonne marche de l'œuvre.

Étant donné cet idéal d'un accueil large et inclusif, on peut s'interroger sur ce qu'il signifie dans la réalité, dans le contexte d'une organisation dont la mission principale est de rendre service à des personnes confrontées à des problèmes de santé mentale ou à des difficultés d'adaptation sociale (les résidants). Ce sont elles d'abord qui requièrent la présence des permanents (les responsables); c'est autour d'elles et de leurs besoins spécifiques que doit s'organiser la vie de la communauté. Les accueillir et les réconforter, et surtout les inviter à reprendre leur autonomie, c'est toute la raison d'être de la Ferme Berthe-Rousseau. Sans les résidants la Ferme ne remplit pas sa mission.

Au terme du processus qui les intègre à la communauté, les résidants ont été initiés au mode de vie de la communauté, et se sont engagés à en faire partie selon un code de vie qui prévoit leur participation active à la vie de la maison. Partage de certaines tâches selon les capacités de chacun, respect des personnes et des lieux, contribution constructive à la qualité de vie de la maisonnée. C'est en toute liberté et en toute connaissance de cause que l'on vit à Berthe-Rousseau.

Depuis 1988 plus de 350 résidants ont vécu des séjours de trois mois et plus à la Ferme Berthe-Rousseau. Beaucoup d'entre eux y reviennent, en passant, pour pour quelques jours, quelques fois en pleine forme et désireux de rendre service, d'autres fois ayant besoin d'un conseil, d'un temps de ressourcement, ou du réconfort d'une communauté accueillante capable d'écouter et de comprendre. Il s'agit du groupe des ex-résidants.

D'autres ont connu la Ferme à l'occasion du séjour d'un de leurs proches ou par des amis, ils y viennent parce qu'ils y voient une oasis où la vie simple, le respect des personnes et de l'environnement, le sentiment d'être appréciés, et parfois utiles, les réconforte et les interpellent. Même si la vie à la ferme requiert une somme considérable de travail, ils la perçoivent, la comparant au rythme infernal de la ville, comme un lieu de calme et de tranquillité. Ce sont les amis de la Ferme. Ils en partagent les valeurs et y vivent dans le respect du code de vie qui s'applique à tous et à toutes.

Un autre groupe, celui des « aidants », est constitué de celles et de ceux qui viennent à la Ferme pour seconder les permanents. Ils mettent leurs talents, leur expertise, leurs réseaux, leur créativité au service de l'organisme. Ils sont membres du conseil d'administration, participent aux corvées, se chargent de l'apiculture, de grandes sections du jardin, du travail de bureau, de l'entretien, etc. Ce sont nos bénévoles, qui viennent pour des séjours parfois un peu prolongés. Leur contribution allège considérablement les tâches des permanents. Ils sont grandement appréciés. Indispensables même!

La petite municipalité de Durham-Sud, et aussi les villages environnants jusqu'à Sherbrooke et Drummondville, constituent le groupe des « voisins ». Au fil des années nous avons créé des liens d'amitié et d'échange de services, des complicités. Nous sommes heureux de voir nos voisins passer chez nous pour quelques moments d'échange d'information ou de services réciproques. Toutes ces personnes constituent le réseau de la Ferme Berthe-Rousseau, son lieu d'implantation humain et social.

Les stagiaires de Mer et Monde qui se préparent à un séjour de coopération à l'étranger se réunissent souvent à la ferme pour des réunions de fin de semaine. Il s'agit d'un autre groupe important, qui trouve là un lieu inspirant, souvent bien différent de leur propre milieu de vie. Il y a aussi des jeunes adolescents de Saint-Henri qui viennent en été, des groupes scolaires de la région et d'ailleurs qui participent à des « camps à la ferme », dans le cadre d'activités éducatives en rapport avec la culture biologique et le respect de l'environnement.

Ce rapide survol des « fréquentations » de Berthe-Rousseau laisse deviner qu'il y a souvent affluence à la Ferme. Aux 12 à 15 personnes qui y habitent, régulièrement s'ajoute une dizaine d'invités aux repas du midi et du soir. Tous sont les bienvenus, pour autant qu'ils saisissent et respectent clairement le sens de la mission de la Ferme, et l'importance d'y être au service de celles et de ceux qui y vivent un temps de remise en marche, de reprise de confiance et d'autonomie.

 

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