Hypersexualisation 101Par Julie Robillard, Coordonnatrice, Prévention en Hypersexualisation.
Prévention CDN-NDG - Table de concertation Jeunesse de Côte-des-Neiges.

On pense souvent que l'hypersexualisation ne concerne que les jeunes filles vêtues de manière dite « trop sexy ». Or, cet aspect n'est que la pointe de l'iceberg, l'hypersexualisation étant un phénomène global beaucoup plus complexe.

Commençons par quelques définitions. La « sexualisation » est le processus par lequel un caractère sexuel est donné à quelque chose qui ne l'est pas nécessairement à la base. L'« hypersexualisation » est de répéter ce processus à outrance. Nous vivons actuellement dans une « culture hypersexualisée » où les codes pornographiques ont envahi l'espace public, ce qui entraîne plusieurs conséquences, non seulement pour les filles, mais aussi pour les garçons.

À la base de ce phénomène, se trouvent des représentations très polarisées de ce que sont un homme et une femme. Dans l'espace public, il est commun de voir des images de femmes jeunes, minces, généralement blanches et peu vêtues aux expressions très séductrices. La majorité des représentations féminines dans les médias de masse occidentaux sont sexualisées. Le message global envoyé est qu'être une femme adulte équivaut à être sexy et plaire aux hommes. Ainsi, les filles apprennent que leur valeur tient uniquement à leur apparence et elles ont plus tendance à construire leur identité à travers le regard des autres, notamment celui des garçons.

Les représentations masculines sont également sexualisées, mais leur rôle, défini selon le stéréotype, est complètement différent. Même s'il y a une tendance au corps musclé, que l'homme soit hipster, nerd, ou même très ordinaire, il est toujours entouré de femmes de rêve. La masculinité est donc réduite à
« avoir » des femmes.

Ces stéréotypes ont plusieurs répercussions sur les jeunes*. Individuellement, cela se traduit par une image corporelle négative, surtout chez les filles, qui peuvent devenir obsédées par leur poids et même développer des troubles alimentaires. Pour les garçons, affectés dans une moindre mesure, cela peut prendre la forme d'un entraînement excessif, une (sur)consommation de protéines (ou même de stéroïdes) ou la possibilité de développer un trouble alimentaire appelé « bigorexie », l'obsession du corps musclé et sans gras.

Les conséquences ne sont pas qu'individuelles. Il existe de nombreuses répercussions sur les relations amoureuses et sexuelles des jeunes. Ayant un accès direct et facile à des images désormais pornographiques dans l'espace public ainsi qu'à la pornographie sur Internet, – qui exposent un modèle de sexualité et de séduction hétéronormatif**, dénué de tout sentiment et où la violence envers les femmes est de plus en plus présente et érotisée – les jeunes confondent souvent cette fiction avec la réalité…

Les filles reçoivent le message qu'utiliser consciemment leur corps comme un objet sexuel ou une monnaie d'échange est une prise de pouvoir (Girl power), alors qu'il s'agit plutôt de répondre à des critères de beauté et de comportement établis à l'extérieur d'elles-mêmes.

Les garçons, quant à eux, apprennent à objectiver les filles, et à être « stratégiques » avec elles, afin d'accéder à leur sexualité. Ainsi, les relations d'amitié sont impossibles avec elles, car, dans cette dynamique, elles ne peuvent être considérées comme des égales.

Pistes de solution

Le retour des cours de sexualité dans les écoles est essentiel, non seulement pour expliquer le côté clinique (protection contre les ITSS, etc.), mais également pour démystifier le côté émotif et social des relations sexuelles et amoureuses.

Pour atteindre ces objectifs et prévenir l'exploitation sexuelle – fortement liée à l'hypersexualisation – un projet particulier a été mis sur pied il y a trois ans. Deux séries d'ateliers thématiques sont principalement dispensées dans les écoles primaires (5e et 6e années) et écoles secondaires dans les quartiers Côte-des-Neiges, Notre-Dame-de-Grâce et des environs. Avec les jeunes de tous les âges, nous discutons de stéréotypes et de discrimination, de sexisme dans les médias ainsi que de relations amoureuses égalitaires. Avec les plus agé-es, nous abordons également d'autres thématiques tels le consentement et les pratiques pré-prostitutionnelles.

Les jeunes participent généralement beaucoup aux ateliers et sont souvent très motivé-es à s'exprimer et à écouter ce que les autres ont à dire sur ces sujets rarement abordés en classe et parfois même très tabous pour plusieurs familles. Les ateliers créent donc un espace de réflexion et de discussion qui permet aux participant-es de normaliser leurs expériences, forger leur propre opinion sur les thèmes abordés et développer leur esprit critique. Ils et elles en ressortent donc mieux outillés pour faire face à diverses situations liées au phénomène de l'hypersexualisation.

* Par « jeunes » on cible ceux et celles qui sont dans la préadolescence et l'adolescence.
** Hétéronormatif : Norme hétérosexuelle ne tenant pas compte des autres orientations sexuelles.

 

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