Ici, j'ai pris ma vie en mainPar Sonia Fatma Rachi, Agente de liaison au programme
"Revitalisation Urbaine Intégrée" dans Viau Robert, Concertation Saint Léonard

Le 9 Août 2007, c'est le jour où j'ai atterri à l'aéroport Pierre Eliot Trudeau, accompagnée de mes deux enfants. Mon mari nous a rejoints un mois plus tard, le temps de nous installer, de mettre de l'ordre, de ranger au placard nos souvenirs d'une vie « version Algérienne » et d'entamer une aventure avec enfants et bagages « version Québécoise ».

S'il est vrai que j'ai mis les pieds pour la première fois au Québec en 2007, l'aventure était toutefois commencée depuis 5 ans. Mon mari et moi avons vécu préalablement une période d'émotions et de questionnements, pleine d'incertitudes combinées à l'excitation de vivre une nouvelle vie. Nous ne savions pas s'il fallait continuer à avancer dans une voie incertaine sans savoir « de quoi demain sera-t-il fait?», ou s'il valait mieux arrêter toutes les démarches et rester dans le pays avec ce qui semble certain.
C'est loin d'être une sinécure pour obtenir le fameux « sésame », mais au bout de cinq ans, le OK étant là, je ne voulais plus faire marche arrière. C'est un peu dans ma nature de ne pas abandonner en route.

Obstinée? Déterminée? Peur de l'échec? Comment savoir?

À notre arrivée à Montréal, nous avons été accueillis par des cousins, et plus tard par une amie amérindienne, grâce à qui, j'ai commencé à me familiariser avec le Québec, le langage, les traditions, la nourriture, et ce, au cœur de la Mauricie à Shawinigan.

Le premier mois a été consacré à la recherche d'un logement; puis à la formation des nouveaux arrivants; papiers divers, inscription des enfants et tout cela, seule sans mon mari. Oui, je dis cela car, en 16 ans de mariage, c'était mon mari qui s'occupait de toute la paperasse, non par choix, mais parce que nous vivions dans une société d'hommes. Alors ici j'ai pris ici ma vie en main avec peur certes, mais aussi avec beaucoup d'excitation et de fierté.

J'avais entamé une procédure pour suivre une formation de mise à niveau réservée aux ingénieurs agronomes et biologistes; entre temps j'avais offert mes services comme bénévole à un organisme communautaire. Ce qui, au bout de quelques jours, m'a valu le poste d'aide cuisinière, par la suite celui de cuisinière, et enfin d'intervenante auprès de familles d'un quartier défavorisé.

Un bon challenge au départ qui, par la suite, a fini par susciter en moi un grand intérêt. Je venais de confirmer mon goût et ma prédisposition pour le travail en milieu communautaire. Je dois avouer que l'amour, la reconnaissance et la gentillesse que je recevais de ma nouvelle famille d'âmes me nourrissaient, et comblaient le vide que je ressentais par moments, par rapport à mes proches laissés loin derrière moi. Beaucoup de choses se sont passées pendant les 3 premières années, alors que s'entremêlaient joie et découverte, anxiété et déchirement. Mais l'émotion particulière c'est ce coup de foudre pour le Québec et pour ma nouvelle famille québécoise.

Cinq ans plus tard, le coup de foudre a laissé place au brouillard. Je commençais à voir les divergences entre ma culture d'origine et ma nouvelles culture, à me poser des questions : que va être la suite? Par où aller ? Où est ma place? Je réalise aujourd'hui que c'est mon processus d'évolution.

Maintenant, mon cheminement me parait en perpétuelle croissance. Par mon travail dans le monde communautaire, je peux aider les nouveaux arrivants ou autres personnes à atténuer un tant soit peu les difficultés rencontrées. Mon expérience m'aide, mais aussi mon ouverture d'esprit.

Aujourd'hui, je peux dire que l'immigration est une grande école, qui nous apprend ce qui n'est pas enseigné ailleurs. Il y a des jours où les tests sont durs, et il y en a d'autres qui apportent un lot de cadeaux Nous avons un grand rôle à jouer et un choix à faire : se laisser aller ou réagir positivement en ouvrant son cœur et ses bras pour recevoir ce que la vie nous offre de beau. Moi, j'ai choisi d'aimer, d'aider, de donner, de croire, et surtout de me relever. Merci pour les cadeaux de chaque jour, merci surtout à ma famille d'âmes.

 

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