Projet Esperanza 2013
Par Christian Nadeau, intervenant, Carrefour jeunesse-emploi du Kamouraska *

Sentier des Caburons, Saint-Germain de Kamouraska, nous passons du côté nord de la montagne. La végétation change, le paysage découvert sous un nouvel angle provoque un dépaysement total. Une expérience qui fait partie des dix semaines de préparation du groupe Esperanza qui est parti pour le Honduras au printemps 2013.

Cours d'espagnol, activités physiques, formation en secourisme, organisation d'activités de financement, recherche sur le pays d'accueil et accompagnement individualisé. Voilà une façon d'acquérir attitudes et aptitudes nécessaires à la réalisation d'un retour aux études ou du maintien en emploi à la suite de ce projet d'insertion socioprofessionnelle.

Au départ du Québec nous n'avions qu'une mince idée de ce qui nous attendait à San Matias. Si creuser le roc avec une masse et un pieu nous semble ici archaïque, il ne faut pas rêver là-bas d'avoir des outils mécanisés. Peu importe que dans la journée le travail n'ait avancé que d'un pied, le voyage c'est d'abord la rencontre. Trois semaines dans le quotidien des honduriens ce n'est qu'une goutte dans l'immensité de la tâche à accomplir. Mais ce passage, nous le comprendrons, aura permis à la population locale de se rassembler autour d'un projet : réparer le système d'aqueduc. Cette tâche semble être une préoccupation lointaine lorsque la vie quotidienne se résume à faire ce qu'on doit pour assurer sa survie. Pourtant, elle fera gagner du temps à ceux qui doivent chaque jour aller chercher l'eau pour irriguer les champs, fabriquer la brique ou simplement faire la besogne ménagère.

Toutefois, les plus grands changements, ce sont les participants qui les auront vécus, puisque effectuer un stage à l'étranger, c'est accepter de se laisser transformer par l'expérience. L'accueil et la chaleur des honduriens, le sens du partage et de l'entraide désormais nous habitent. Au retour, les voyageurs parlaient d'une leçon de force, de courage et de persévérance. Après avoir constaté autant de débrouillardise chez leurs hôtes, ils se disaient capables d'en faire autant dans un pays où tout nous est tellement plus accessible. «Pour avoir une pelle au village, il fallait la demander aux voisins, alors que dans le cabanon chez-moi il y en a trois», dira l'un des stagiaires.

Aujourd'hui, leur vision du monde est changée. Ils sont fiers d'avoir accompli le dépassement de soi que leur séjour a exigé. Là bas, chaque jour demande une bonne capacité d'adaptation. La chaleur, la nourriture, la langue n'ont rien en commun avec l'expérience d'un Québécois. «Dans ma famille d'accueil, ils prennent l'eau dans un fossé et font sécher la viande sur la corde à linge parce qu'il n'y a pas de réfrigérateur», me confiera Marie-Eve, la coordonatrice du projet, visiblement bouleversée par son nouveau mode de vie. Inévitablement certains vivent un choc à leur arrivée, alors que pour d'autres le choc sera pour le retour.

Heureusement, nous sommes accompagnés par Mer et monde, l'organisme qui nous soutient dans cette aventure. Sur place, un intervenant est à chaque instant soucieux de la qualité du contact avec la population. Avant le stage mais aussi pendant le stage, Mer et Monde est en partie responsable de nous préparer aux différences culturelles, de l'accueil dans leur auberge de Tegucigalpa et de l'organisation sur le terrain : hébergement, travaux et activités.

Enfin, accepter de se dépayser en s'ouvrant à de nouvelles cultures, c'est aussi agrandir le regard qu'on porte sur le monde. Le faire avec l'accompagnement de Mer et monde, c'est s'y plonger à fond. On voit déjà germer le fruit de cette expérience chez ceux qui l'ont vécue : moins de fatalisme, beaucoup d'espoir, une responsabilisation accrue, et un peu de nostalgie.

* En collaboration avec des organismes en employabilité, dont des Carrefours jeunesse-emploi, Mer et Monde offre des stages destinés à des groupes de jeunes de 18 à 35 ans qui s'impliquent dans une démarche de retour aux études ou sur le marché du travail. Ces stages sont soutenus financièrement par LOJIQ (les Offices jeunesse internationaux du Québec) Réf: http://www.lojiq.org/ et Emploi-Québec. http://www.monde.ca/meretmonde/stages/socioprofessionnel

 

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