Les familles d'accueil : collaboratrices uniques
et essentielles

Par Idania Urquilla, animatrice de Mer et Monde au Honduras et Colette Gaucher, directrice d'école à la retraite.

Dans tout le processus de réalisation de stage hors frontière, il existe un chaînon essentiel aux rouages complexes de la réussite d'un stage. Des Québécois de tous âges choisissent de vivre une expérience humanitaire pour de multiples raisons, et partent avec des objectifs parfois similaires et parfois très différents les uns des autres. Pourtant, malgré ces variables quant aux candidats et aux motifs qui les animent, il est un élément qui de par sa stabilité et son engagement dans la cause facilite le succès de ces démarches personnelles, d'une part, et communautaires, d'autre part. Il s'agit des familles d'accueil dans les pays hôtes, qui jouent un rôle prépondérant dans l'expérience unique à laquelle se livrent les stagiaires fébriles et parfois fragilisés.

Au Honduras, depuis 13 ans, des familles du village de Pueblo Nuevo reçoivent dans leur demeure des stagiaires québécois et leur offrent non seulement le gîte et le couvert, mais aussi un accueil chaleureux, rassurant et sécuritaire. Ils accompagnent leurs protégés tout le long de leur stage en les intégrant dans leur vie familiale et dans celle du village. Point d'ancrage dans l'expérience des stagiaires, les familles, offrent année après année leur soutien et leur temps au nouveau membre de leur famille, qui vit des crises parfois physiques, parfois existentielles et qui, bien que préparé à vivre un bouleversement, est souvent aux prises avec les vicissitudes du choc culturel.

Mais que retirent-elles pour elles-mêmes, ces familles qui voient défiler dans leur vie des stagiaires tout à la fois choqués par les conditions de vie de leur famille d'accueil et éblouis devant tant de résilience et de sagesse à composer avec les ressources minimales dont elles disposent?

Dans un premier temps, toutes reconnaissent que Mer et Monde a amélioré la vie de leur village. Que ce soit par la réfection d'un pont, ou la peinture des classes de la Kinder, ou de l'école ou encore à la boulangerie, ils ont vu, peu à peu, au cours des années, leur qualité de vie s'améliorer grâce aux projets de Mer et Monde. De plus, l'apport économique pour leur famille s'avère un point positif. Enfin, ils ne cachent pas que d'apprendre quelques notions de français, de gastronomie et de culture québécoise est une valeur ajoutée dans leur rapport avec nos stagiaires. En somme, l'expérience s'avère très positive.

Cependant, quand on leur demande de relater un souvenir, elles nous amènent sur un autre chemin. De l'une d'elles, nous apprenons que le stagiaire racontait des blagues et faisait rire les enfants, s'intégrant avec bonheur aux relations familiales. Une autre mère d'accueil raconte qu'elle s'inquiétait de ses stagiaires et qu'elle les a retrouvés, dormant, bien installés à l'ombre d'un arbre, leur journée de travail s'étant terminée avant l'heure du midi! Rien à voir avec ses journées à elle, remplies de travail du petit matin au soir! Une troisième raconte combien fut agréable une soirée, alors qu'un stagiaire, surnommé Bandera (Drapeau pour les Québécois), leur avait allégé le cœur au son de sa guitare et de ses chansons, et qui avait permis à plusieurs villageois de venir l'écouter et chanter avec lui. Enfin, une autre famille raconte, émue, qu'elle avait été la première expérience familiale pour un jeune québécois qui avait grandi dans les foyers d'accueil. Pour la première fois, il découvrait ce que c'était que la chaleur et le bonheur de vivre en famille.

Que retirent-elles donc ces familles d'accueil honduriennes? Elles en retirent elles aussi de la chaleur humaine, du partage, des rires et beaucoup de valorisation. Elles offrent un foyer chaleureux, et ça les rend heureux. Elles offrent leur savoir-faire et leur persévérance en exemple, et c'est valorisant de prendre conscience de leur ingéniosité, de leur résilience et de leur compétence à travers les yeux fascinés des stagiaires habitués à la facilité. En somme, c'est leur propre mode de vie qui est valorisé à travers cette expérience unique.

 

 
Comme si c'était hier
 
 

Déjà deux ans ont passé depuis mon retour du Honduras, et encore aujourd'hui je me vois en parler comme si c'était hier. J'ai compris qu'une expérience difficile, au moment où on la vit, est par la suite pleine d'apprentissages solides. J'y ai appris à parler l'espagnol couramment, en partant de rien, et j'y ai rencontré des gens en or, toujours prêts à m'apprendre quelque chose ou à m'aider à cheminer dans la bonne direction. Je dis « cheminer dans la bonne direction » parce que, en quittant le Québec, on voudrait, malgré tout, sauver le monde. Mais on se rend vite compte que l'œuvre réalisée est encore plus grande intérieurement que sur le terrain. Par le travail accompli chaque jour, on sème tout ce que l'on peut de notre enthousiasme à aider au loin. C'est plutôt par les liens d'entraide et d'amitié créés que se fait le travail de coopération internationale. On coopère en se mettant dans les bottines d'un autre le temps de quelques mois, et au retour, nos bottines sont pleines de volonté à changer ici, pour aider là-bas. Je n'ai pas sauvé le monde, mais je crois avoir participé à le rendre plus humain.

Sophie-Rose Lefebvre, stagiaire individuel

 

 

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