Un projet formateur et valorisant - parfait pour une urbaniste en devenir!
Par Claire Gérin-Lajoie, étudiante de deuxième année en urbanisme à l'Université de Montréal

gentry

Nous sommes le jeudi 2 mai et c'est le jour. Je me lève plus tôt qu'à l'habitude pour aller rejoindre mes camarades d'université à la mairie d'arrondissement Montréal-Nord où nous avons un avant-midi devant nous pour présenter notre proposition d'urbanisme aux citoyens, fonctionnaires et élus de l'arrondissement.

Avec l'arrivée de l'autoroute 25, du futur Train de l'Est et du Système rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX, Montréal-Nord, un arrondissement longtemps associé à la violence et à la pauvreté, saisit l'occasion de se refaire une image et d'être reconnu « comme un milieu de vie accueillant, sécuritaire, agréable et inclusif » (vision énoncée dans le document Montréal-Nord 2020). Parmi les projets pouvant réussir à rehausser l'image de Montréal-Nord, il y a le développement d'un nouveau quartier résidentiel sur un terrain vague de 17 hectares dans le secteur Albert-Hudon. L'emplacement du terrain est idéal étant à proximité de la gare Anjou et de plusieurs atouts naturels, dont l'écoterritoire du ruisseau De Montigny. L'opportunité est là pour faire un projet de développement immobilier d'envergure pouvant attirer une clientèle plus aisée, composée de jeunes professionnels, entre autres.

Mon équipe a eu le mandat de réfléchir à la manière de créer un « habitat » dans le secteur Albert-Hudon. C'était très stimulant comme exercice. Nous avons présenté un projet qui traduisait notre volonté de ne pas seulement remplir « le trou », mais de trouver une façon de restructurer et ressouder l'est de Montréal-Nord pour en faire un habitat mixte, capable d'intégrer les différents milieux résidentiels, notamment celui du secteur Nord-Est. Ce secteur adjacent au secteur Albert-Hudon manque d'espaces de sociabilisation et est habité par une population majoritairement locataire à très faible revenu, vulnérable par le fait que les commerces sont difficilement accessibles à pied.

Nous avons réalisé que le succès du projet passe par la création d'espaces publics inclusifs qui répondent aux besoins spécifiques de la communauté. Pour ce faire, il a fallu examiner le territoire sous plusieurs angles, selon plusieurs échelles et tenir compte des tendances démographiques.

Nous avons choisi de créer des espaces publics le long de trois axes afin de renforcer le lien entre les milieux existant et futur. Deux des trois axes sont des boulevards où nous proposons d'accorder plus de place aux piétons et aux cyclistes en aménageant une piste cyclable, en élargissant les trottoirs, en densifiant le bâti de part et d'autre des boulevards et en créant des passages verts facilitant l'accès aux commerces de proximité en transport « actif » .

Le troisième axe est un axe vert central. Nous proposons, dans le secteur Nord-Est, de transformer des espaces de stationnement en espace de voisinage et, dans le secteur Albert-Hudon, d'aménager un espace de façon à ce qu'il puisse être appropriable par les résidants des secteurs avoisinants.

Nous nous sommes fait un devoir de créer des espaces publics et je m'en réjouis, car notre équipe d'atelier est convaincue que ces espaces sont nécessaires pour faire surgir un « habitat » dans l'est de Montréal-Nord.

Enfin, je suis fière d'avoir eu la chance, en tant qu'étudiante en urbanisme, de proposer une série d'interventions urbanistiques à des acteurs importants d'un arrondissement dans le but de les inspirer et de leur montrer une autre vision de la réalité, une vision détachée du contexte politique, une vision de jeunes urbanistes en herbe qui n'ont pas peur de proposer des projets audacieux.

 

 
Pour des villes à échelle humaine
 
 

Les propos visionnaires de l'architecte danois Jan Gehl sont désormais accessibles en français. Son ouvrage « Pour des villes à échelle humaine » a été traduit dans la langue de Molière. Une ville à échelle humaine est par exemple une ville où les commerces de proximité sont à moins de 500 m de marche parce que les quartiers sont vivants. Une ville où les piétons ne perdent que 3 % de leur temps de parcours aux intersections comme à Copenhague, et non pas 30 % comme dans bien d'autres villes. Une ville où, comme à Londres, un péage urbain tarifé à 13 $ a permis de réduire de 18 % la circulation au centre-ville. Une ville où l'urbanisme permet de réduire les corridors de vent et les zones d'ombre. Voilà le genre de livre que chaque élu montréalais devrait avoir comme livre de chevet!

Pour des villes à échelle humaine - Éditions Écosociété -
Par Jan Gehl - Journal Métro - 27 novembre 2012
Mathias Marchal, « Réinventer la ville pour la rendre plus conviviale »

 

< précédente