L'architecture des villes sénégalaises
Par Ousmane Thiendella Fall

gentry

Les villes sénégalaises n'ont pas encore divorcé d'avec l'architecture coloniale. En dehors de Dakar, Thiès et Louga, les plus beaux bâtiments dans certaines de nos villes évoquent le style du colonisateur. Les principaux chefs-d'œuvre urbains sont l'héritage des Français.

Ils trônent au centre des villes, chefs-lieux de région ou de département entourés par des quartiers populaires déserts dont les habitations sont construites avec des matériaux traditionnels tels que le banco ou le bambou. Nos villes sont peut-être plus fières du colonisateur que de leurs filles et fils, si l'on se fie à l'image qu'elles dégagent aujourd'hui.

Généralement, les locaux anciens des commandants de cercle et autres notables coloniaux abritent l'administration locale. Les bâtisses des marchés centraux, aussi, nous replongent toujours dans ce décor rustique avec des Blancs et des indigènes qui refusent de quitter notre imaginaire. Les « peaux noires, masques blancs » qui ont pris la place des colons n'ont pas fait mieux dans ce domaine. Ils se sont juste installés dans les maisons de ceux-là dont la volonté ne rimait plus avec la marche du monde en ce temps-là. Ils n'ont pas hésité, consciemment ou non, à reprendre le train de vie des gens qu'ils accusaient de retarder l'Afrique en niant ses valeurs et traditions. Cet embourgeoisement des cadres nègres a bien coûté cher à nos villes.

De Sédhiou à Podor, en passant par Tamba, Ziguinchor, Bakel, Matam, Kaolack et autres, on a comme l'impression de n'avoir pas bougé. Si ce n'était les variations climatiques caractérisées par une canicule qui dépasse parfois l'entendement, le voyageur pourrait penser n'avoir jamais quitté la même localité.

Les infrastructures, les plus belles et les plus modernes dans ces villes, ont été réalisées par l'État. Toutefois dans la région de Louga et dans une bonne partie du bassin arachidier, les investissements des immigrés forcent le respect. En dehors de ses impacts socio-économiques sur la vie de bien des Sénégalais, l'immigration a permis de sortir de terre dans certains coins du pays des maisons qui nous mettent au même rang que beaucoup de villes modernes.

Mais que font les élites sénégalaises ? Où sont-elles ? Pourquoi ne reviendraient-elles pas chez elles pour s'impliquer dans le développement de leur ville natale?

Les cadres et autres nantis de ces coins préfèrent s'offrir de belles demeures à Dakar. D'ailleurs certains fils de ces terroirs n'y retournent que pour des enterrements, si ce n'est pour négocier les voix de ses parents non pas pour les servir mais pour mieux conforter ses capitaux sociaux, culturels ou économiques dans la capitale.

C'est ainsi qu'il est difficile de faire un rapprochement a priori entre certaines communes et leur édile du point de vue de la richesse ou de la beauté. Podor, la ville au pot d'or, ne ressemble guère à son édile qui s'incarne dans ce que le Sénégal a de mieux au plan intellectuel, politique et peut-être économique. L'on peut faire le même constat dans beaucoup de coins du pays comme Keur, Madiabel, Kolda, Saint-Louis, Gossas, Khombole.

Le Sénégal ne peut prendre son essor dans cette rusticité urbaine. Le développement des petites villes donne une plus-value considérable à l'économie nationale. La fibre patriotique trouve son point de départ dans le coin d'origine, dans la ville ou le village natal. Il est difficile de viser le développement du pays si l'on ne peut avoir une vision, un rêve pour son terroir. Les villes du pays ne peuvent pas, non plus, être totalement embellies par l'État. Les élites, originaires de ces zones, ne doivent plus attendre la mort pour réélire domicile à l'endroit qui les a vus naître et qui a guidé leurs premiers pas dans la vie.

 

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