Ma famille urbaine
Par Rachel Léger

gentry

La maison où j'ai passé mes premières années, à Bas-Caraquet, avait une cour de plus d'un kilomètre derrière la maison et la mer, la vraie, à dix minutes de marche! J'y ai ramassé mes premiers crabes, « barlicocos », étoiles de mer. J'ai appris à nager et à marcher presque en même temps! Cette terre familiale avait ses potagers et une petite ferme. Je trayais les vaches à la main à six ans!

C'est vraiment la mer qui a guidé mon cheminement professionnel. Je rêvais de suivre Cousteau et son équipage. Je voulais devenir biologiste marin, ce que je suis devenue. Je suis donc arrivée à Montréal pour son Aquarium à l'aube de mes trente ans et ne suis jamais repartie. Deux ans après mon arrivée, on planifiait une rénovation majeure de l'Aquarium et du Jardin zoologique de Montréal. Nous les avons plutôt fermés et remplacés par le Biodôme. Ces années à participer à la conception et à la réalisation du Biodôme comptent parmi mes expériences professionnelles les plus précieuses. Et ce projet m'a fait adorer Montréal.

Après l'ouverture du Biodôme, il était temps de penser à moi, de fonder une famille, de m'établir, et jamais il n'a été question de quitter Montréal, même si mon conjoint est aussi originaire d'un autre petit coin du Nouveau-Brunswick. Nos deux enfants sont donc de vrais Montréalais même si tous nos étés nous ont amenés sur les côtes de l'Acadie, à jouer dans le sable et à nous amuser avec des crabes…

Nous avons planifié notre vie de famille en misant sur les avantages d'une grande ville comme Montréal. Nous avons acheté notre résidence sur une rue tranquille, à proximité des transports en commun, des parcs, des écoles, des universités. Nous faisons presque tout à pied, en métro ou en autobus… ce qui évite les désagréments de la congestion routière. En effet, nous n'avons même plus de voiture, l'abonnement à Communauto nous convient tout à fait. Nous avons une vraie vie de quartier, une rue sur laquelle vivent plein d'enfants de l'âge des nôtres. Nous avons, selon l'âge des enfants, profité des parcs, des piscines, des musées, du Biodôme bien sûr, des théâtres pour enfants, des grands festivals, etc. Aujourd'hui, les enfants sont des adolescents qui adorent retourner à la campagne pour visiter la famille et respirer à pleins poumons, mais ils sont aussi de vrais urbains avec leur carte OPUS et leurs cafés préférés en ville. Nous n'avons donc pas à les conduire partout.

Nous avons au départ misé sur les avantages en réduisant au minimum les inconvénients de la ville. Moi-même, je commence ma journée par une promenade sur le Mont-Royal que je prolonge jusqu'à la station de métro Place-des-Arts, métro que j'emprunte ensuite jusqu'à mon travail. Cette promenade est un bonheur matinal qui me manque lorsque le temps pluvieux me force à prendre l'autobus pour ce premier trajet.

Il est vrai que les cours sont petites, mais un bon voisinage est un voisinage qui se connait, s'apprécie et se respecte. À la campagne, les voisins sont plus loin, mais les tondeuses tondent pas mal plus longtemps!

Nous sommes persuadés que vivre en ville ne coûte pas plus cher, mais ce calcul est bien personnel. Nous pouvons difficilement parler des avantages et des inconvénients de la ville par rapport à la campagne. Je crois plutôt que chacun doit définir selon ses goûts et ses besoins ce qu'il considère ou non comme un avantage. Pour nous, la vie en ville correspond tout à fait à nos besoins… en autant que la vraie campagne nous en éloigne pour les vacances!

 

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