Marcher la région du possible
Par Joël Thibert, doctorant en politiques urbaines à l'Université Princeton*

Cette année encore, nous allons traverser le Grand Montréal à pied, d'un bout à l'autre. Nous étions cinq la première fois, une vingtaine l'an dernier et nous serons sans doute quarante ou cinquante randonneurs cette année à sentir la région avec nos pieds, à appréhender sa richesse avec nos sens.

Pourtant, d'aucun sait que la région est une vue de l'esprit, un territoire qui n'a pas d'existence propre, mais seulement celle qu'on lui confère. Il y a certes une réalité physique et spatiale dans la région métropolitaine de Montréal qui donne l'impression qu'il s'agit d'une région « naturelle » ; on parle en effet de la plaine de Montréal et de son archipel. Mais le territoire de la région métropolitaine telle que nous le vivons au quotidien se décline le long des autoroutes plus que le long des rivières ; malgré le fait que nous partagions la même eau et le même air, nous songeons rarement à ce grand ensemble, à moitié réel et à moitié imaginaire, dont nous faisons partie.

C'est donc dire que la région de Montréal n'existe pas encore dans les cœurs et les tripes de ceux qui y vivent – elle reste presque entièrement à inventer. C'est d'ailleurs ce qui distingue la ville-région des autres entités territoriales : un territoire flou aux frontières perméables et changeantes ; où l'on peut aller à la rencontre de la nature ou alors apprendre à connaître « l'autre » qui ne nous ressemble pas; où les oppositions entre ville, banlieue et campagne perdent tout leur sens parce qu'elles se fondent les unes aux autres ; où l'on peut se donner une appartenance nouvelle, plus inclusive géographiquement mais aussi socialement.

Lorsque nous marchons la région de Montréal, nous marchons une terre en mouvance, un territoire en devenir - celui-là même que décrivait Jacques Cartier en octobre 1535 du haut du Mont-Royal et qui aujourd'hui se trouve morcelé par les infrastructures routières, fragmenté par l'existence de 82 municipalités (territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal) et déchiré par plusieurs décennies de débats sans fin et inutiles à savoir si l'île doit être une ville, si le 514 vaut mieux que le 450, si la campagne fait vivre la ville ou si c'est plutôt l'inverse. Or, c'est justement en passant outre ces dissensions désuètes que nous ouvrons le champ des possibles.

Il faut le marcher pour le croire, mais la traversée du Grand Montréal nous fait prendre conscience que la région est faite non pas de « quartiers » urbains, d'une part, et d'une banlieue
« homogène », de l'autre, mais plutôt de milieux de vie de toutes sortes – de différentes densités, à échelle plus ou moins humaine, avec plus ou moins de traces de la présence d'enfants, éparpillés sur le territoire métropolitain sans logique aucune. On prend aussi conscience de l'omniprésence de l'eau – dont nous dépendons directement mais avec laquelle nous, les Montréalais qui vivons loin des berges, avons relativement peu de contact.

On réalise, finalement, après plusieurs milliers de pas, que nous – habitants de la grande région de Montréal – avons à la fois très peu et beaucoup en commun les uns avec les autres. Nos milieux de vie ne se ressemblent pas, nos modes de vie diffèrent. Mais au-delà de ces différences, ce qui nous rassemble c'est la tolérance de l'autre et de l'incongru, pour le meilleur et pour le pire. Voilà pourquoi, dans le Grand Montréal, tout est possible.

* Joël est aussi coordonnateur de « Marcher la région »
www.walktheregion.com

 

 
Plus mince en ville?
Faites fi de l'obésité, restez dans le quartier!

 
 

Selon le docteur Robert Jackson, professeur émérite à l'École de santé publique de l'Université de Californie, interviewé par le magazine L'actualité, numéro d'avril, l'obésité serait en nette croissance aux États-Unis et ce, autant à cause de la malbouffe que de l'étalement urbain.

"Des études ont montré qu'à Manhattan, dit le docteur Jackson, où les gens marchent beaucoup, les adultes pèsent de trois à quatre kilos de moins que les banlieusards de même niveau socioéconomique. Le taux d'obésité s'accroît dans les villes moins denses, privées de transports en commun", dit-il. Le professeur Jackson mentionne que le réaménagement de l'Amérique s'est fait en fonction de la voiture et que, par conséquent, l'activité physique a été petit à petit éliminée des activités quotidiennes.

Il est vrai que lorsqu'on habite en banlieue, il faut une voiture pour se déplacer, même pour aller chercher un litre de lait au dépanneur! Vous habitez le quartier, vos chances de rester minces sont plus grandes!!!

Tiré du journal communautaire « hyper local » d'Ahuntsic, le « Journal des voisins » du 2013-04-12. Pour une visite allez à :
www.journaldesvoisins.com

 

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