La souveraineté alimentaire en action au Québec
Par Denis Coté, étudiant au doctorat en science politique *

Mise en contexte
« Le droit à l’alimentation n’est pas une affaire de charité, mais une question d’assurer que toutes les personnes ont la capacité de se nourrir dans la dignité » (Ziegler 2011). Le droit à l’alimentation suppose donc que la sécurité alimentaire des populations soit assurée certes, mais il va également plus loin en insistant sur les moyens à travers lesquels la sécurité alimentaire est réalisée et en mettant l’accent sur la participation des individus à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques qui définissent leur système alimentaire. En résumé, la réalisation du droit à l’alimentation passe par la souveraineté alimentaire.

Bien qu’il existe encore des nuances dans l’interprétation que différents groupes font du concept, on peut généralement s’entendre pour dire que la souveraineté alimentaire est le droit des peuples à définir leur propre politique agricole et alimentaire. Sans être opposée à l’idée du commerce, la souveraineté alimentaire fait la promotion d’une agriculture locale et durable, ainsi que d’une alimentation saine.

Au Québec
Une multitude d’acteurs s’activent présentement au Québec pour faire de la souveraineté alimentaire une réalité en développant des projets novateurs et rassembleurs. Impossible d’en faire ici une liste exhaustive, mais on peut en citer quelques-unes.
• D’abord, les Fermes Lufa ont développé un modèle novateur d’agriculture urbaine en mettant sur pied la première serre commerciale sur un toit à Montréal, dans le quartier Ahuntsic-Cartierville. Depuis 2010, elles livrent des paniers hebdomadaires de légumes frais, cultivés 12 mois par année.
• En 2011, des jeunes québécois solidaires et passionnés par la justice sociale ont fait une tournée de nombreux milieux ruraux québécois afin de découvrir des initiatives solidaires en lien avec l’autonomie alimentaire, l’habitat éco-responsable et la participation citoyenne. Le projet V.I.S.A.G.E.S. régionaux du Québec permet la valorisation, à travers leur site web notamment, des initiatives de citoyen(ne)s engagé(e)s dans un processus alternatif de développement des régions du Québec.
• Depuis plus de 10 ans, Action Communiterre et Les Amis du Jardin botanique organisent la Fête des semences au Jardin botanique de Montréal. Cette activité annuelle, dont la prochaine édition aura lieu en février 2013, vise à promouvoir le jardinage biologique, l'échange et la préservation de semences à pollinisation libre.
• Une autre initiative originale est la « chasse aux trésordures ». Connu sous le terme « dumpster diving » en anglais, c’est un mouvement qui fait la promotion de la récupération dans les poubelles commerciales d’aliments qui sont encore utilisables afin de réduire le gaspillage et de se nourrir à faible coût. Quand on sait que la moitié de la nourriture dans le monde est gaspillée pendant que 860 millions de personnes continuent de souffrir de la faim, on ne peut qu’espérer que ce genre d’initiative gagne en popularité.

Bref, les initiatives québécoises foisonnent et rivalisent de créativité. Et afin de faciliter la mise en commun des informations et des projets en lien avec la souveraineté alimentaire au Québec et ailleurs, le Réseau d’études des dynamiques transnationales et de l’action collective (REDTAC) a récemment créé un Observatoire sur la souveraineté alimentaire (OSA). Imaginé et développé par des professeurs, des étudiants universitaires et des acteurs de la société civile, l’OSA se veut un carrefour d’information et un espace de rencontre pour tous ceux qui s’intéressent aux questions alimentaires. Il a pour objectif d’assurer une veille informationnelle et une centralisation de l’information sur les différentes thématiques de la souveraineté alimentaire, en plus de faciliter les échanges entre les spécialistes, les organisations et les individus qui s’intéressent aux crises alimentaires, à l’agriculture urbaine, à l’accaparement des terres, aux OGM, au droit à l’alimentation, aux politiques alimentaires, aux pêcheries, etc. Cet espace permettra, on l’espère, de démocratiser l’information sur les questions agricoles et alimentaires et de fournir un lieu de débat public accessible à tous.

En décembre 2012, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a déclaré que le gouvernement du Parti Québécois souhaitait mettre en place la première politique de souveraineté alimentaire du Québec au cours de l’année 2013. On ne peut qu’espérer que cette promesse se réalisera. Mais en attendant, les jeunes et les moins jeunes des quatre coins du Québec se sont déjà mis au travail pour faire de la souveraineté alimentaire une réalité.

* L’auteur est aussi coordonnateur de l’Observatoire sur la souveraineté alimentaire au REDTAC, ainsi que du Groupe de travail Asie-Pacifique au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI).

 

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