Au Honduras, le long chemin de l’agriculture organique
Par Mateo Canas, agronome, technicien de CEASO et professeur de l’ITHAG

Durant les dernières décennies, des technologies nouvelles se sont développées pour permettre, supposait-on, aux petits agriculteurs d’augmenter leur productivité et ainsi d’accéder aux marchés locaux, nationaux et même internationaux. On vit alors l’avènement de fertilisants synthétiques, d’insecticides et d’organismes génétiquement modifiés, commercialisés par la multinationales. Avec ce modèle d’agriculture, la situation des milieux ruraux au Honduras continue de décliner. Si on y ajoute l’avènement de la production de biocombustibles, qui ne profite qu’à un nombre très restreint d’agriculteurs, le phénomène de désertion des campagnes pour les villes continue de s’amplifier. De plus, dans les années 80, un grand nombre d’ONG, avec l’appui de la coopération internationale, accélérèrent l’emploi de technologies sans égard à l’environnement écologique et au savoir local.

Par ailleurs une agriculture organique a été développée d’une façon intensive à partir de technologies étrangères, très coûteuses, non accessibles à nos paysans qui cultivent des sols à flanc de montagne. Le vocabulaire utilisé, très spécialisé, est inapproprié pour une population peu scolarisée. Plusieurs projets pilotes furent mis sur pied, utilisant la main d’œuvre paysanne et son environnement, mais l’information obtenue n’est pas systématisée. Il existe effectivement beaucoup de documentations sur ces sujets, mais leur application au quotidien par les agriculteurs demeure improbable.

Notre expérience nous démontre que les communautés rurales ont toujours utilisé les produits de la nature. Le défi est d’affronter des systèmes étrangers à nos façons de faire, d’affronter la pression des compagnies, qui, à cause de la mondialisation, veulent éliminer nos semences indigènes et nous rendre dépendant de la production synthétique.

Depuis quelques années, un nombre croissant d’agriculteurs ont décidé de développer une agriculture responsable en accord avec l’écologie, pour assurer un effet durable à court, moyen et long terme. Ces groupes d’agriculteurs tissent un réseau et les organisations qui les appuient les alimentent en connaissances sur une agriculture basée sur des principes écologiques. De plus, ces petits regroupements recherchent des marchés qui favorisent l’achat local et des prix justes du producteur au consommateur.

Les agriculteurs doivent être à la base du développement d’une agriculture organique; leurs intérêts et ceux de leurs familles doivent être prioritaires. Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui doivent définir leurs propres besoins et priorités, que ce soit pour des innovations ou des améliorations. L’aide extérieure doit respecter leurs désirs, demandes et préférences, et répondre à leurs besoins d’information. Cette approche du développement agricole commence à porter fruit depuis quelques années. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les professionnels changent d’attitude envers les agriculteurs.

« Campesino a campesino »

Dans les années 70 et 80 on a vu se développer des méthodes d’apprentissage agricole, comme « Campesino a campesino » en Amérique centrale et des « Écoles de Campagne » sur le continent asiatique.

Actuellement, il se fait plusieurs expériences technologiques où des techniciens professionnels demeurent dans les milieux ruraux ; ainsi, le transfert de technologie respecte le concept pédagogique « d’enseigner par l’exemple et d’apprendre en faisant ». C’est un système d’apprentissage dans les deux sens.*

* Le centre CEASO, partenaire de Mer et Monde, fait partie de ce mouvement. Situé à Siguatepeque, au sud-ouest du Honduras, c’est un centre d'enseignement en agriculture organique. Le centre entretient une école d'agriculture avec l'enseignement de toutes ces techniques. Les élèves dorment sur place et participent activement à la vie du centre, soit le soin des animaux, la confection d'engrais organique, la prise en charge des champs et des semences, etc. Le directeur du centre et sa famille habitent sur les lieux de l'institut et propose une vie familiale importante faisant partie intégrante des valeurs et de l'enseignement transmis au centre. Les stagiaires participent donc à toutes les activités du centre, au bénéfice de l'agriculture organique.

 

 
Je suis ce que je mange
Par Marie Claude Lépine, décembre 2012
 
 

Ce que mon corps demande, c’est la vie
Fruits, légumes, noix, pousses, germinations.
Tout ce qui est cru et encore vivant
Savourer chaque bouchée, lentement, consciemment
Laisser le vivant entrer
Laisser les fruits de la création vibrer
sans rien modifier

 

 

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