Photo : Christian Bélanger

La solidarité plutôt que le marché!
Par Amélie Nguyen, analyste à l’Association québécoise des organismes de coopération internationale


Depuis juillet 2010, une nouvelle approche entre les organismes de coopération internationale et le gouvernement a été mise en place au sein de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Ce glissement, auquel nous avons assisté au cours des dernières années du pouvoir conservateur, est caractéristique d’une dégradation générale du rapport entre la société civile et le gouvernement.

Plus encore, au cœur de la gouvernance du gouvernement en place, la loi du marché semble de plus en plus être appliquée à la coopération internationale, secteur où l’adaptation au contexte local est pourtant essentielle à l’efficacité des projets, et où ce sont les relations de confiance entre partenaires qui demeurent la clé du succès.

Les intérêts économiques et le secteur privé Depuis 2009, on a graduellement assisté à une politisation de plus en plus grande de la coopération internationale. L’aide devient un outil pour faire valoir les intérêts stratégiques et économiques du Canada ou du gouvernement; on a pu le voir avec la modification de la liste des pays prioritaires de l’ACDI. Le gouvernement a alors laissé de côté certains des pays les plus pauvres d’Afrique de l’Ouest pour choisir des pays d’Amérique latine mieux nantis, mais où le Canada avait entrepris des négociations commerciales. La « réduction de la pauvreté » prend ainsi moins d’importance dans les projets de coopération, au profit de l’avantage mutuel des États et de leur secteur privé.

L’ACDI fait aussi valoir le rôle du secteur privé en coopération internationale dans le cadre de la priorité donnée à la « croissance économique durable ». En septembre 2011, elle annonçait plusieurs projets pilotes où des organismes de coopération internationale (OCI) étaient jumelées à des compagnies minières canadiennes afin d’améliorer leur responsabilité sociale. Cette épineuse question divise le secteur de la coopération internationale, risque de nuire à sa légitimité à long terme et de plus, contribue à l’affaiblissement des gouvernements locaux.

Pour les derniers appels de propositions, on remarque une augmentation du nombre de nouvelles organisations financées par l’ACDI, au détriment de celles qui avaient une grande expérience en coopération internationale (parfois plus de 30 ans) et des partenariats établis de longue date. Pour les projets de plus ou moins 2 millions de dollars, à la dernière annonce faite par l’ACDI, près de 50% des OCI financés n’étaient pas membre d’un Conseil provincial ou du Conseil canadien de la coopération internationale.

Un mode de financement compétitif qui fragilise les OCI et leurs partenaires
En plus de cette politisation, la mise en place d’un mode de financement compétitif, similaire à celui des entreprises privées, a fragilisé le financement des OCI. Le gouvernement semble adopter une approche économique mal adaptée aux défis de la coopération et à ses objectifs solidaires et à long terme.

Auparavant, les OCI pouvaient dialoguer avec les fonctionnaires de l’ACDI afin de créer un projet en collaboration réelle avec ces derniers. Aujourd’hui, comme des entreprises privées, les OCI doivent répondre à des « appels de propositions » imprévisibles et entrer en compétition entre eux pour obtenir un financement. Ni leur expertise en coopération internationale, ni les partenariats qu’ils ont bâtis au cours de nombreuses années ne sont reconnus par le gouvernement.

Les OCI sont fragilisés par l’incertitude liée à leur financement. Plusieurs ont déjà dû mettre une partie de leur personnel à pied et réduire leurs activités. Certains menacent même de fermer leurs portes. Pour les partenaires du Sud, qui sont généralement dans des contextes beaucoup plus difficiles, où la société civile est parfois momentanément émergente, les conséquences humaines sont très lourdes. Là aussi, il y a des pertes d’emploi, des fermetures, du découragement et des espoirs déçus.

Une nouvelle approche qui mine l’autonomie des organisations
Le gouvernement fédéral actuel tolère mal la critique et ne reconnaît pas l’influence positive de la société civile sur la qualité des politiques publiques. On a assisté depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs à une centralisation des prises de décision aux plus hauts échelons gouvernementaux, ce qui nuit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information. Plusieurs groupes qui s’étaient en effet montrés critiques face à la politique étrangère canadienne ont perdu leur financement gouvernemental, en particulier ceux qui prenaient parole sur les sables bitumineux, les compagnies minières, les droits reproductifs, le conflit israélo-palestinien, la défense des droits en général, notamment les droits des travailleurs. Les projets de sensibilisation du public et le plaidoyer politique, nécessaires à une réelle efficacité de la coopération qui vise une plus grande justice sociale, sont de plus en plus contrôlés par le gouvernement, ce qui mine l’autonomie des organismes.

Et tout ça pour l’efficacité?
Avec la perte de la diversité de la société civile et le refus du gouvernement d’entendre toutes les voix représentées pour orienter ses politiques, il est fort possible que nous assistions à un appauvrissement de la politique internationale et des politiques publiques au Canada.

L’investissement nécessaire des OCI pour se conformer au processus des appels de proposition, et l’imprévisibilité qui le caractérise jusqu’à ce jour, ne favoriseront pas une plus grande efficacité de la coopération et de la solidarité internationale. Au contraire, les sommes attribuées aux appels de proposition, qui généralement varient entre 10 000$ et 30 000$ par proposition, n’iront pas sur le terrain. Les délais imprévisibles, le climat de compétition et la peur de perdre le financement vont rendre plus difficile le travail de collaboration avec les partenaires d’ici et d’ailleurs. Au Sud, les délais et l’imposition de priorités thématiques et géographiques par l’ACDI pourraient nuire à la co-création des projets, à l’adaptation de ceux-ci au contexte et aux besoins locaux, conditions fondamentales de l’efficacité.

Partenaires solidaires
Pour défendre l’autonomie des OCI, l’AQOCI et ses membres ont donc lancé la campagne « Partenaires solidaires ». Cela a permis au réseau de dénoncer les orientations qui vont à l’encontre des principes et valeurs qui lient les OCI québécois. Récemment, l’AQOCI a demandé le rapatriement de l’enveloppe de la coopération internationale au Québec afin de permettre le respect de ces valeurs et de bâtir un projet de solidarité internationale qui rallie réellement les OCI québécois.

Appuyez la campagne pour dire haut et fort que vous souhaitez une coopération qui favorise réellement la justice sociale, l’inclusion, l’égalité, le respect des droits humains et de l’environnement.

Pour plus d’informations : www.partenairessolidaires.com

 

Les JQSI : l’économie juste au service de l’humain !

Le monde de la coopération internationale au Québec a un temps privilégié dans l’année et c’est durant les Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI)! Cette année, les JQSI se dérouleront du 7 au 17 novembre 2012.

La thématique des JQSI porte sur une économie juste au service de l’humain. Dans un contexte de crises multiples où les mouvements d’indignation populaire se font grandissants, les organismes membres de l’AQOCI ont souhaité que les JQSI servent de lieu de réflexion et d’action pour « remettre l’économie à sa place » dans le respect des droits humains et des principes démocratiques.

À noter à votre agenda :
• Conférence d’ouverture des JQSI avec Francisco Whitaker « Sommes-nous esclaves d’une logique anti-humaine? »
qui se déroulera le 7 novembre à Montréal et le 8 novembre à Chicoutimi.
• Mer et Monde organise un évènement crêpes-causeries sous la forme d’un panel de discussion
rassemblant divers acteurs de la société civile. L’évènement aura lieu le 11 novembre.

Les JQSI 2012, ce sont DIX JOURS d’activités qui se dérouleront dans onze régions du Québec!
Soyez à l’affût et surveillez les programmations régionales et montréalaise : http://www.jqsi.qc.ca/.

Mer et Monde vous inviter à participer activement aux activités proposées!

   

 

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