Photo : Christian Bélanger

Honduras, pays de l’économie informelle
Par Maribel Garcia Lopez, hondurienne, Bachelière en Sciences et Lettres


J’ai toujours voulu défendre les droits humains, et tout particulièrement ceux des femmes de mon pays. À ce titre, je coordonne actuellement une soixantaine de petites entreprises d’artisanat. Dans ces entreprises on produit des teintures, des tissus, des bijoux faits à partir de graines de semences ou d’objets recyclés; on peut y faire de la poterie, des objets de bois, de la peinture, de la broderie, etc. Les personnes qui travaillent dans ces entreprises font fonctionner ce qu’on appelle « l’économie informelle ».

Au Honduras, l‘économie informelle est le fait d’une grande partie de la population, en majorité celui des femmes, chefs de famille. Les conditions de travail y sont précaires, sans protection face aux risques d’accidents inhérents au travail. Les modalités de production, de transformation et de commercialisation ne permettent pas un salaire pour le moins équivalent au salaire minimum légal. Nous parlons ici d’un salaire mensuel de 4,500 à 7,000 lempiras, selon la région, ce qui satisfait à peine les besoins de base, entre autres ceux de la santé et de l’éducation.

L’économie informelle n’est pas inscrite dans un cadre juridique, et elle s’est accrue sous l’effet de la globalisation visant à maintenir le coût de la main d’œuvre le plus bas possible. D’une part, ceci entraine les pays sous-développés à perpétuer ce modèle d’économie, et d’autre part, ce sont les femmes qui acceptent le plus facilement ce genre de travail moins rémunéré.


En 1998, l’ouragan Mitch nous avait laissés avec de grandes séquelles; mortalité, destruction, pauvreté. Nous commencions à nous en relever quand en 2009 nous arriva le coup d’État ; ce fut fatal pour notre économie. Ajoutons à cela les problèmes de santé dus aux gaz que nous absorbions dans les manifestations, aux coups reçus lors des mouvements de répression, aux effets psychologiques et aux cauchemars occasionnés par la perte d’amis ou de membres de nos familles.

Les hommes qui émigrent vers les pays développés laissent derrière eux beaucoup de femmes, seules, responsables de la survie des enfants. Nous représentons 52 % de la population du Honduras, un chaînon très important de l’économie. Nous possédons un sens de l’entreprenariat, croyons au progrès et espérons en un avenir meilleur pour les nôtres. Nous ne voulons plus demeurer dans l’anonymat où on nous avait cantonnées. Habitées, de génération en génération, par un vif sentiment d’appartenance à la culture autochtone, nous voulons promouvoir la pro-activité, la force du travail collectif. Ainsi, les premières micro-entreprises au pays furent créées par des femmes, et ce sont encore elles qui occupent la place la plus importante dans la structure des petites entreprises. Ce sont aussi les femmes qui sortirent les premières dans la rue après le coup d’État, pour exiger la démocratie et le retour de la dignité humaine. Les femmes de tous les coins du pays et davantage celles des campagnes se rendirent jusqu’à Tegucigalpa, la capitale, pour demander la reconnaissance de leur travail et un soutien gouvernemental étant donné leur rôle important dans l’économie du pays entier.


En tant que femmes artisanes, nous nous proposons de contribuer à la socialisation des femmes, à l’amélioration de leur qualité de vie et à celle de leur famille. Nous voulons nous démarquer comme titulaires d’entreprises prospères, solidaires et responsables de l’environnement, capables de contribuer au développement de l’emploi et d’offrir des produits de qualité à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Par le moyen de différents programmes, nous formons de nouvelles artisanes pour la fabrication, le dessin, la commercialisation de produits issus de nos traditions, toujours dans la recherche de l’autonomie économique des femmes.

Malgré les problèmes inhérents à l’économie informelle, c’est tout de même celle qui supporte le plus les femmes. Le travail issu de cette économie permet à une famille de manger chaque jour, d’envoyer les enfants à l’école, d’avoir des rêves et des plans pour le futur. Plus que tout, ce travaille assure aux femmes l’estime d’elles mêmes, la confiance en leurs talents et en leur valeur personnelle.

Rien ne nous arrêtera, ni l’insécurité citoyenne et juridique, ni l’augmentation des fémicides*, ni le peu d’accès aux services publics, ni la démagogie des politiciens et des gouvernants. Jamais la violation constante de nos droits ne feront taire nos voix : « Hace que nuestras voces nunca se callen »

* Fémicide : terme utilisé en Amérique latine et en Afrique pour désigner le meurtre très fréquent de femmes parce qu’elles sont des femmes.

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