Photo : Christian Bélanger

La simplicité volontaire devient nécessaire
Par Robert Jasmin, juriste et sociologue, président de ATTAC-Québec de 2000 à 2011

Tous connaissent le mouvement de la simplicité volontaire dont Serge Mongeau s’est fait le plus ardent porte-parole, et cela, bien avant que les médias de masse y portent une quelconque attention. Ce mouvement social vise à nous mettre en garde contre la surconsommation dont certains psychiatres disent qu’elle peut être la source de maladies mentales graves. Or, de volontaire et individuelle la simplicité est devenue nécessaire et collective.

Soyons clairs : lorsque j’emploie les termes « simplicité nécessaire », je ne veux évidemment pas parler de cette simplicité obligée à laquelle les pauvres sont condamnés depuis toujours. Je parle de celle que la réalité nous imposera de gré ou de force, tôt ou tard. Si je qualifie cette simplicité de nécessaire c’est tout simplement parce que la survie de la planète l’exige. Je corrige : la planète survivra quoi que nous fassions, mais la vie humaine sur terre n’a aucune garantie automatique de survie. Si la tendance actuelle se maintient en matière de développement économique, nous allons droit sur un mur.

Suivant les sacro-saintes lois du marché, tout ce qui fait gonfler le PIB est bon. Peu importe ce qu’on produit ou comment on le produit, c’est le chiffre au bout qui compte. On comprendra pourquoi des criminels socio- économiques s’en prennent aux mouvements citoyens qui mettent leurs choix en question en les accusant d’œuvrer contre l’économie et donc contre la croissance. Voila le mot- clé : croissance. Le mot devant lequel nous devons nous prosterner sous peine d’être traités d’utopistes.

Mais posons la question : qui sont les véritables utopistes ? Ceux qui affirment que la croissance infinie sur une planète aux limites finies est chose possible, ou ceux qui prétendent que l’économie doit se plier à la réalité de ce monde? Dire que la croissance peut augmenter sans cesse relève de la croyance et non de la science. Les économistes néolibéraux sont des croyants.

Il y a une différence entre croissance et développement. Qui dit croissance ne veut pas nécessairement dire développement. Il peut même y avoir un développement harmonieux et bénéfique dans le cadre d’une décroissance. Voila le mot qu’aucun homme ou femme politique n’osera prononcer : décroissance. Et pourtant nous y sommes condamnés, par la force des choses. Que nous le voulions ou non il nous faudra l’envisager. Alors, aussi bien la préparer pour la gérer dans le sens du développement plutôt que la subir dans le désordre et les crises.

C’est maintenant qu’il nous faut adopter la simplicité comme règle de vie. Ce ne sera pas facile car nous sommes tous plus ou moins des drogués de la consommation. Il faudra apprendre à redécouvrir le véritable sens des mots et des choses et ainsi pouvoir faire la différence entre le nécessaire et le superflu, entre l’utile et l’inutile. En évitant d’être contaminés par la propagande commerciale que certains persistent à nommer publicité.

Les crises qui viendront seront nombreuses et multidimensionnelles. Elles seront à la fois économiques, écologiques et sociales. Les dirigeants politiques et les élites économiques sont dans le déni le plus total devant ces crises qu’ils ont rendues inévitables. C’est à nous de prendre le volant de ce système devenu fou, non pas pour le conduire mais pour l’arrêter, le reconstruire et lui donner une autre vocation, fondée non pas sur l’accumulation sans fin de la fortune de quelques- uns mais sur la satisfaction des besoins de la majorité.

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