Ces personnes d’exception…
Par Jacinthe Leblanc, ex-stagiaire et accompagnatrice QSF à Mer et Monde

Ma vie paraît des plus ordinaires. Comme tout le monde, j’ai eu des moments de joie, des moments difficiles, des moments d’extase et des difficultés que je ne croyais pas être en mesure de surmonter. Je n’ai jamais manqué de quoi que ce soit, mais je n’ai jamais vécu dans le luxe. Cependant, je le sens, ma vie n’est en rien ordinaire. L’engagement a rendu ma vie extraordinaire. Pourtant, je n’ai ni fondé d’organisme, ni lancé de révolution. Je ne donne pas d’entrevue et personne ne me reconnaît dans la rue. Mais je le sais, il y a dans ma vie quelque chose d’exceptionnel. C’est une croyance profonde qui guide désormais tous mes actes au quotidien. Je crois en l’Humain. Même lorsque je constate les dégâts d’une guerre au Moyen-Orient. Même lorsque je séjourne dans un pays du Sud avec des conditions moins confortables. Même quand je vois une manifestation pacifique se faire écraser par les autorités locales. Même lorsque je réalise l’inertie du gouvernement d’un peuple en révolte. Je crois en l’Homme, en l’amour qui l’habite, et en toutes ses capacités de bonté, de générosité, d’humilité et de douceur.

C’est exactement à cette source que je puise la motivation de mon engagement. Chaque expérience de coopération internationale m’a permis de découvrir des personnes fortes, résilientes, courageuses, souriantes, drôles, attentionnées et j’en passe. De quoi fortement écraser cette image de l’Afrique miséreuse servie par les médias. Je suis fière de dire que j’ai créé des liens forts et résistants au temps et à la distance. C’est donc dire que peu importe son origine ou sa situation politique ou économique, un humain reste un humain. Il est capable de toutes les bonnes choses qu’il souhaite accomplir. Au-delà des conditions de vie, c’est la volonté qui fait la différence entre quelqu’un d’exceptionnel et quelqu’un d’ordinaire.

Mon engagement se passe donc à cette grande échelle qu’est l’humain. Je ne change pas le monde. J’apprends à connaître les gens qui le composent et je tente de m’imprégner de ce que chaque personne a à m’apprendre. L’implication quotidienne avec des gens m’a permis d’apprendre quelque chose de grand, qui ne se trouve dans aucun livre.

Ainsi, c’est la collaboration basée sur les idées, les capacités et la bonté des personnes avec qui nous travaillons qui m’a touchée d’une manière inexplicable et qui est restée l’encrage de mon engagement. Cette racine, aussi simple paraît-elle, est en fait difficile à appliquer, puisqu’elle exige une grande humilité. Elle demande une capacité de voir en l’autre le potentiel qui lui revient, d’être heureux pour une personne qui a quelque chose que l’on n’a pas. Reconnaître aux autres des qualités que nous nous reconnaissons nous-mêmes, ce n’est pas facile. Reconnaître aux autres des qualités que nous ne pensons pas posséder, c’est bien plus difficile. Les Sénégalais le font avec une gentillesse désarmante.

Mon expérience au pays de la Térenga m’a permis de pousser cette réflexion et me permet, encore aujourd’hui, de l’appliquer quotidiennement. L’humanité que j’ai retirée des liens tissés avec ma famille et mes amis sénégalais m’ont permis de faire un cheminement personnel hors du commun. J’ai pu acquérir une meilleure compréhension de la réalité quotidienne des pays du Sud et développer une vision globale et interreliée du monde. Cette réflexion s’inscrit dans un cheminement beaucoup plus long que la durée de l’expérience. En fait, même avant mon départ, j’avais amorcé cette réflexion. Depuis mon retour, j’y repense sans cesse, en y amenant de nouvelles connaissances et expériences. Mes proches québécois, tout comme mes amis de différentes origines, alimentent constamment cette réflexion, lui permettant de grandir et de prendre toute l’importance qui lui revient.

Bref, mon engagement à être une citoyenne du monde trouve ses fondements dans les amitiés fondées au Sénégal. C’est le souvenir des sourires de mes proches africains, ces êtres exceptionnels, qui me permettent de conserver cette croyance en l’Homme et en sa bonté. C’est ce fil conducteur qui guide mes gestes des plus banals aux plus importants.

J’espère avoir réussi à vous dépeindre cette flamme qui m’habite. Ses couleurs sont insaisissables et changeantes, ce qui rend l’exercice particulièrement ardu. Sachez cependant que, bien que ma flamme vive des hauts et des bas, les gens autour de moi, qu’ils soient Sénégalais, Québécois, ou d’une autre origine, sont toujours une source d’inspiration et me rappellent l’importance d’être simplement là, avec les autres.

 

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