Espérer
Par Michèle Laberge, ex stagiaire et formatrice à Mer et Monde

Rebrousser chemin, quitter la ville pour venir s'enraciner à la campagne, c'est suivre la route inverse de milliers d'êtres humains qui actuellement quittent leur mode de vie rural pour se rapprocher des commodités urbaines. Comme nouvelle maman, j'ai plutôt choisi d'offrir la vie rurale à mes enfants. Après avoir grandi en ville, après neuf années d’activités très inspirantes à Mer et Monde, comme un geste humble mais profond d'engagement citoyen, j'ai consciemment choisi de m'installer à Durham-Sud, près de la Ferme Berthe-Rousseau. Me revenait en tête : « pas de pays sans paysans! » Garder nos campagnes vivantes, bouillonnantes de petits projets audacieux, orientées vers une agriculture saine et essentielle à notre survie, ça me semble être un virage nécessaire et urgent. Tout un engagement!

Ici, entre deux branches de cassis bien garnies ou un élevage écologique de bœufs Highland, je retrouve des citoyens qui croient profondément au principe de remettre en valeur le travail agricole sain, à l'échelle humaine. Freiner le raz-de-marée industriel, au nom de convictions humaines et d'un mode de vie rural où la collectivité est proche et solidaire, c'est une lutte téméraire. Plusieurs audacieux autour de Durham osent cet engagement, et le renouvellent quotidiennement avec une volonté vibrante.

Martin Couture et Sally Benoît, dévoués coordonnateurs de la Ferme Berthe-Rousseau, voient leur engagement comme un gage de qualité de vie. Leurs liens avec la terre, leurs connaissances panachées de toutes les phases du travail agricole biologique, et leur volonté de reconnaître le sacré dans chacune de ces étapes donnent beaucoup de dignité à leurs réalisations et à leurs efforts quotidiens. Ils ont conscience de la valeur de leur assiette et, par conséquent, ne la gaspillent aucunement. Ils cultivent leur jardin et leur milieu de vie avec beauté et intégrité. Surtout, ils partagent leurs convictions avec tellement d'humanité et de présence aux autres, que par leur simple participation citoyenne au village, la communauté se ressert avec beaucoup d'éclat.

Manon Damphousse, ancienne stagiaire et formatrice drôlement engagée à Mer et Monde, a quitté l'univers sécurisant de l'enseignement pour venir travailler avec tous les élans de son coeur à la Ferme Berthe-Rousseau pendant deux ans. Son engagement et la gratification qu'elle ressent à poser des gestes porteurs de sens l'ont fait revenir. Elle est retournée à sa passion de l'éducation, mais elle a réussi à venir passer une moitié d'année à Durham-Sud, comme bénévole, pour soutenir les initiatives locales auxquelles elle croit! On la croise parfois dès l'aube, au train de 6 heures à la Ferme Berthe-Rousseau, dans le champ d'ail ou à la cueillette frénétique de cassis... toujours pleine d'énergie!

Julie Tessier du Moulin La Fine Fleur, avec l'aide de précieux collaborateurs, a mis sur pied l'Écomarché de l'Avenir, un marché virtuel regroupant plusieurs producteurs régionaux en formule coopérative. Avec sa vivacité et la complicité de son amoureux Étienne Poirier, elle donne beaucoup d'élan à sa propre entreprise familiale qui crible et moud des grains biologiques locaux afin de faire de la farine de blé, d’épeautre et de seigle. Ils transforment leurs farines en pâtes fraîches, en biscottis, croissants, pains et autres pâtisseries. Très impliqués, Julie et Étienne croient que l'achat local assure la pérennité de leur communauté.

Claudette Lavallée, de la ferme La Vallée Fleurie, a quitté l'enseignement collégial pour se tourner vers une production de boeufs Highland avec son mari. Leur production repose sur des méthodes écologiques et durables. Leur but est de produire une viande de qualité la plus naturelle possible, sans antibiotique, sans hormone de croissance; et ils produisent des fourrages de qualité sans engrais chimique et sans pesticide. Bien engagée au sein de la coop de l'Écomarché de l'Avenir, Claudette prône l'achat local et en persuade plus d'un de l'importance d'agir en cohérence avec nos valeurs.

Martine Bergeron, de L'Arbre à sucre à Ulverton, communique avec ardeur son engagement pour garder des campagnes vivantes pour nos enfants. Avec la création de son entreprise artisanale de chocolats à l'érable et la présidence qu'elle défend fièrement au CA de l'Écomarché de l'Avenir, elle ne cesse d'aviver sa communauté et d'exercer sa citoyenneté rurale avec une vitalité contagieuse.

Tous ces citoyens engagés, enracinés, me donnent la force d'espérer. Espérer que nos choix individuels de consommer local aient une portée collective. Espérer que cet engagement dans le monde rural rayonne et influence nos modes de vie trop citadins. Il faut prendre l'engagement de revaloriser nos artisans, nos paysans, nos petits agriculteurs, nos créateurs, ceux qui assurent que nos liens perdurent entre nous, entre nous et notre assiette, entre nous et notre planète.

 

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