Le politique nous concerne toutes et tous
Par Élisabeth Garant, directrice du Centre justice et foi et de la revue Relations

Nous sommes en 2011 et pourtant ... Des millions de personnes souffrent de la faim, la vie de centaines de milliers de personnes est menacée par la famine dans la Corne de l’Afrique et des dizaines de milliers d’enfants sont déjà morts. Cette situation a cours malgré les découvertes scientifiques et technologiques remarquables qui sont faites tous les jours; malgré le contexte de production de la richesse et de biens qui continue sa croissance exponentielle; malgré les informations claires qui nous parviennent depuis des mois concernant cette famine imminente et l’impression de déjà-vu qui s’impose à nous.

Face à l’intolérable de cette situation, beaucoup d’entre nous avons posé des gestes généreux pour répondre aux besoins les plus urgents. Mais l’aide d’urgence ne constitue définitivement pas un projet de justice sociale, même si elle est ponctuellement nécessaire.

Les médias nous parlent de la pire sécheresse en 60 ans et de son impact sur la flambée des prix des denrées de première nécessité. On nous indique que la guerre civile rend l’accès difficile à l’aide humanitaire. Mais ce sont des explications bien faibles et insuffisantes en regard de l’inacceptable qui se déroule sous nos yeux.

Par ailleurs, on ne mentionne jamais que ces denrées de base sont devenues objets de spéculation par la logique financière qui sous-tend notre modèle économique. On ne semble pas vouloir se rappeler non plus que l’accaparement des ressources par les multinationales est souvent derrière les guerres civiles qui sévissent dans ces pays de famine. On tait également l’impact de notre mode de production et de consommation sur la destruction de la nature à l’origine de bien des désastres naturels qui touchent plus durement les populations déjà vulnérables.

Ces constats faits à partir du scandale de la famine s’appliquent à de nombreuses situations de pauvreté que nous retrouvons chez nous, de même qu’à d’autres injustices et inégalités. Cela doit nous amener à nous questionner sur la façon dont nous pouvons vraiment changer les choses et d’être plus solidaires. Une question qui doit nous amener, individuellement et collectivement, vers autre chose que des slogans creux invitant au changement ou à des promesses sans analyse critique des rapports de pouvoir.

Notre action doit non seulement se préoccuper des conséquences que nous observons mais aussi des causes qui les provoquent. Cela exige de chaque personne un engagement citoyen qui se comprend comme un engagement politique. Il ne faut pas céder à la désillusion ou même au cynisme ambiant qui réduit le champ politique à la seule politique partisane ou à une certaine façon de faire de la politique partisane.

Il est important de se redire collectivement que l’engagement politique permet fondamentalement d’œuvrer au-delà de ses intérêts personnels pour protéger le bien commun. Il faut croire à l’importance de la mobilisation citoyenne pour induire un autre rapport de pouvoir et influencer l’agenda de nos gouvernements. Il est nécessaire que nous exigions que cesse cette seule référence à la « fébrilité du marché » qui, dans les faits, court-circuite tout projet social et politique pouvant assurer la dignité des personnes et la réponse à leurs besoins fondamentaux.

Au cours des derniers mois, nous avons d’ailleurs été témoins d’importantes mobilisations de la part de dizaines, voire même de centaines de milliers de citoyennes et citoyens manifestant pour renverser des régimes politiques ou réclamer de leurs gouvernants des réformes en profondeur. Nous pensons aux révoltes dans le monde arabe, au mouvement des Indignés en Espagne, à la mobilisation des jeunes Chiliens, Israéliens et Québécois qui exigent ou veulent préserver un accès pour toutes et tous à l’éducation. Malgré la fragilité de toutes ces luttes, elles mettent en pratique ce qui devrait fonder toutes nos démocraties, une responsabilité politique partagée.

La solidarité que ces revendications nous invitent à partager passe donc par un engagement à occuper pleinement l’espace de citoyenneté qui est le nôtre. C’est la seule façon d’obtenir que les décisions politiques ne soient plus à la solde du pouvoir économique et redeviennent imputables aux citoyens. Cette interpellation est d’autant plus importante dans le contexte de gouvernements majoritaires à Ottawa et à Québec face auxquels les oppositions officielles n’ont que des recours limités. Elle doit nous toucher et nous faire bouger.

ère, de l'arpenteur, du pêcheur, du chercheur. et de la prof de première année qui aura, un jour, à façonner un coin de l'esprit de ton fils.

 
Extraits d’une berceuse pour mon fils
Par Émile Proulx-Cloutier
 

Posé mes grandes mains et le baiser du soir sur ta tête
Le temps passe et soudain, tout heureux de te voir, il s’arrête
À chercher tout partout, la tête bien enfouie dans le sable
Je n’ai pour toi, mon loup, que des mots tout petits, tout friables
Les «pourquoi», les «comment» pourraient encore attendre quelques nuits
Il me semble déjà que tes yeux me demandent si… si…

Si l’on apaisera le crescendo des peurs?
Si l’on peut redonner à l’amour ses couleurs?
Si les génies bruyants se sentent seuls parfois?
Si la vie peut aimer ceux qui ne l’aiment pas?
Que nous restera-t-il quand on fera la somme
Des mensonges lancés à la face des Hommes?
Nos paroles d’argent, nos silences dormants
Laisseront-ils en vain leur trace dans le temps?
On compte les douleurs; on soigne les dollars
Et l’orage aboyeur nous dit qu’il est trop tard
Pour un peu moins de je, pour un peu plus de nous
Que vaut une chanson? Que vaut ton dernier sou?
A-t-on vraiment agi quand on lève le poing?
Est-ce un moyen caché de préserver nos mains?
Pour un peu moins d’horreurs, pour un peu plus d’aurores
Des Hommes dans la nuit vont-ils se battre encore?

Je n’en sais rien du tout, je ne sais rien de rien. Tout est noir.
Ferme les yeux, mon loup, sans penser à demain. Juste y croire.
Ferme les yeux, mon loup. Le temps frôle ta main; il repart.
Qui sait ce que j’aurai à léguer à tes bras pour ta quête
Mais tu pourras jurer tout ce que tu voudras sur ma tête
Oui tu pourras jurer tout ce que tu voudras sur ma tête

     

 

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