Le travail en réadaptation auprès d’enfants handicapés en partenariat avec la communauté
Par Elise Faucher, physiothérapeute, stagiaire individuelle au Sénégal de janvier à mars 2011

Je reviens tout juste d’un stage de neuf semaines passé, à travailler en réadaptation physique auprès d’enfants handicapés et de leurs familles, en partenariat avec l’Association nationale des handicapés moteurs du Sénégal (ANHMS). L’organisme œuvre auprès de la communauté de Guédiawaye, en banlieue de Dakar. Voici brièvement en quoi a consisté cette expérience unique.

L’ANHMS est une organisation entièrement bénévole QUI TRAVAILLE au Sénégal depuis trente ans ; elle a ouvert un centre à Guédiawaye en 1999. Son objectif principal est d’apporter des services de divers ordres aux handicapés physiques, enfants et adultes, afin de leur permettre d’atteindre un meilleur niveau d’autonomie physique, personnelle, sociale et éventuellement économique. En effet, les préjugés sont encore tenaces envers les personnes handicapées, qui sont souvent vues comme dépendantes et encouragées à mendier par l’entourage. L’Association vise donc à conscientiser les personnes elles-mêmes, les familles et la communauté (milieux scolaires, milieux de travail, etc.) au potentiel réel de ces personnes.

L’organisme ne bénéficie d’aucune aide financière gouvernementale. Elle ne survit donc que par la volonté et le travail d’un groupe de personnes qui sont pour la plupart elles-mêmes handicapées, sans formation spécifique dans les domaines de la santé ou des services sociaux. Mer et Monde est un partenaire établi depuis l’an 2000, seul organisme à apporter une aide en réadaptation physique (finissants et diplomés en physiothérapie et ergothérapie).

Au cours du stage, j’ai établi des liens avec des familles connues de l’ANHMS, dont un ou plusieurs enfants vivent avec diverses formes de handicaps physiques (paralysie cérébrale, problème de coordination, syndromes de toutes sortes, atteintes nerveuses, etc.) La plupart du temps, ces parents n’avaient jamais reçu de diagnostic médical pour leur enfant, ou le diagnostic ne leur avait pas été expliqué. Il faut dire que l’expertise et le soutien en matière de réadaptation ne leur sont pas facilement accessibles, car les seuls professionnels de la réadaptation présents au pays exercent dans un des grands hôpitaux de Dakar et coûtent très cher.

Mon travail quotidien consistait donc à visiter à domicile, généralement une heure chaque semaine, les enfants ayant les plus grands besoins et qui possèdent un bon potentiel d’amélioration physique. J’effectuais avec eux des exercices pour leur permettre, par exemple, soit de s’asseoir ou de tenir seul la position assis, soit de marcher avec un meilleur équilibre ou d’améliorer leur force et leur endurance au niveau des membres, etc. Un volet très important a aussi été d’enseigner aux familles les meilleurs exercices et stimulations à appliquer quotidiennement afin d’assurer une continuité à mes interventions. J’ai aussi parfois recommandé du matériel pour faciliter les déplacements (poussettes adaptées, marchettes, etc.) De plus, un avant-midi chaque semaine était consacré à une activité de groupe, qui permettait aux mères de discuter entres elles, et aux enfants de socialiser avec d’autres enfants handicapés, tout en s’amusant. Tout au long de mon stage, j’ai pu bénéficier d’un accompagnateur désigné de l’ANHMS, qui fut très disponible. D’abord, pour me mettre en contact avec les gens et m’expliquer au besoin le contexte familial, ainsi que faciliter la traduction. En effet, la communication avec les personnes était primordiale pour la réussite de mon intervention auprès des familles. Avec les enfants, quelques jouets, quelques commandes en Wolof et des démonstrations ludiques étaient souvent suffisantes pour obtenir une collaboration enjouée, sous le regard envieux des autres enfants de la famille!

Autre volet à mon stage, j’ai pendant une semaine collaboré au projet de l’organisme allemand Rollis fur Africa, autre partenaire de l’ANHMS, dont la mission consiste à distribuer des dons matériels, comme des fauteuils roulants, des marchettes et des béquilles. Je devais procéder à l’évaluation physique et établir la priorité des besoins des personnes handicapées qui requéraient des équipements.

Pour conclure, l’expression « coopération internationale » a réellement pris tout son sens à l’occasion de cette expérience, grâce à ma collaboration avec les membres de l’ANHMS, dont le travail est exceptionnel dans un pays où les moyens financiers sont extrêmement limités mais aussi les préjugés bien présents. Je pense avoir apporté ma contribution par mon travail quotidien auprès des enfants, qui sont en route vers une plus grande autonomie !

 

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