Le travail des femmes au Honduras : une réalité à changer
Par Rosario Pallares, partenaire au Honduras pour la Red de Mujeres

Historiquement le travail des femmes que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la maison a toujours été considéré comme inférieur à celui des hommes. Au Honduras très peu de femmes peuvent accéder à un travail rémunéré alors c’est le travail domestique qui est notre travail principal.

Cette situation fait en sorte que la distinction hommes-femmes est très marquée ; l’organisation du travail favorise un état de dépendance et de subordination. Les normes culturelles imposées par notre société sont basées sur la différence des genres ; il va donc de soi que la distribution des tâches soit attribuée selon le sexe.

Ainsi il y a des secteurs du travail qui sont strictement réservés aux hommes ; par exemple le secteur du génie, de la construction, de la mécanique… ce qui est associé à la force physique, à l’intelligence, etc. Ces travaux sont valorisés, ils rapportent des gains financiers et ils sont effectués à l’extérieur du domicile.

Par contre le travail des femmes est associé aux sentiments, aux émotions, à la routine et aux soins des autres. Comme ce sont les femmes qui donnent la vie, la société considère qu’il est naturel que leur rôle soit associé à celui de la reproduction : à tout ce qui entoure la grossesse, l’enfantement, l’allaitement et par extension, l’éducation, l’alimentation, l’organisation et l’entretien du domicile. Par conséquent c’est un secteur de travail qui n’est pas valorisé, il est considéré improductif parce que non payé, il passe inaperçu.

Cette répartition du travail en lien direct avec le genre nous exclut, en tant que femmes, de la vie publique. Nous vivons de la discrimination quand il s’agit d’accéder aux postes qui touchent les prises de décisions pouvant influencer la vie de notre société : que ce soit, par exemple, pour nous présenter à des élections populaires ou pour accéder à des postes de direction.
Malgré ce qui précède, l’influence des femmes dans la vie de la société est déjà très importante. D’une part, nous sommes responsables de transmettre les coutumes, le mode de vie, les traditions, les valeurs, les normes et les façons de penser notre monde. D’autre part, il y a beaucoup de femmes qui sont impliquées dans l’activité dite « productive » ; elles confectionnent des produits, offrent des services, vendent des marchandises…

Aujourd’hui nous sommes présentes dans le travail « communautaire » qui est une activité au bénéfice direct ou indirect de la communauté ; ce secteur est perçu comme une extension du travail domestique. Nous pouvons alors jouer le rôle de secrétaire, de trésorière, de membre d’un conseil d’administration ou dans un autre contexte, concierge, infirmière ou préposée à l’entretien…

Dans notre pays, en conséquence du peu d’accès qu’ont les femmes au travail rémunéré, on constate qu’un plus grand nombre d’entre elles se voient confinées au secteur informel de l’économie. Ce qui facilite leur incorporation c’est que ce domaine ne requiert aucune spécialisation. Dans ce groupe il y a toutes ces femmes qui travaillent de longues heures, à leur propre compte, en échange d’un maigre revenu. Un travail précaire, sans sécurité sociale ni autre bénéfice. Par exemple, toutes les vendeuses ambulantes. Il y a aussi ces femmes qui travaillent dans les « maquillas », considérées « dociles », acceptant facilement de longues journées de travail et adroites dans la confection de vêtements…

Par où commencer pour changer des choses? En tout premier lieu, cessons de considérer le travail domestique comme notre unique responsabilité, cessons de croire que nous ne sommes faites que pour ce travail ; ces responsabilités de la maison devraient être partagées avec les hommes. Et puis, cessons de penser que nous sommes « incapables » ; nombreuses sont les femmes qui se sont distinguées nationalement et mondialement. Enfin nous devons nous conscientiser et nous appuyer pour arriver aux changements que nous souhaitons ; ceci nous permettra de nous percevoir avec dignité, d’être reconnues socialement sans nous sentir coupables. Nous ferons partie du développement dans la mesure où nous réaliserons notre propre développement personnel.

 

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