Un jour à la fois : le travail des femmes à Chérif Lô
Par Rama Faye, responsable de l’appui technique, groupement de promotion féminine de Chérif Lô

Le travail des femmes est interminable : du lever du soleil à son coucher, c’est une série de travaux.

Elles se lèvent vers 5h00 du matin pour prendre le transport en commun direction Thiès. Certaines vont vendre les produits achetés depuis la veille dans les champs. Les produits vendus varient selon la période de l’année : manioc, mangue, bissap, niébé, courge, citron, gombo. Elles peuvent également vendre des produits transformés, comme l’huile d’arachide et les tourteaux, ou encore des vêtements.

Le petit déjeuner doit être préparé par une autre femme de la famille, juste à temps pour que les enfants arrivent à l’heure à l’école.

Vers 9h30, certaines femmes reviennent avec des légumes qui ne peuvent pas être cultivés au village ou avec du poisson frais, séché ou fumé. Elles revendent le tout au marché local de Chérif Lô pour les femmes qui ne sont pas parties en ville. Les vendeuses elles-mêmes doivent s’assurer d’avoir tout le nécessaire pour préparer les repas de leur propre famille pour la journée.

Dès 11h00, les femmes doivent s’affairer à la préparation du déjeuner, qui ne sera prêt qu’à 14h00. Le tout prend plusieurs heures à cuire et mijote longtemps. Après le repas, les petites filles, de retour de l’école, aident leur maman à faire la vaisselle.

Pour les femmes qui ne sont pas allées en ville en matinée et pour toutes les femmes au cours de l’après-midi, de nombreuses tâches sont au programme. Les mères de familles sont obligées d’aller à la recherche du bois de chauffage, puisque le gaz est trop dispendieux. Les femmes doivent souvent parcourir 1 km pour aller chercher le bois nécessaire à la préparation des repas pour une ou deux journées. Elles transportent elles-mêmes leur fagot de bois sur leur tête, sous un soleil de plomb. De plus, elles doivent puiser l’eau à la borne fontaine publique ou au robinet de la concession. Il faut la transporter dans des bassines posées sur la tête et la stocker dans des barils pour les besoins journaliers.

Les femmes ne sont pas dispensées des travaux agricoles. Elles participent à toutes les étapes, de la semence à la récolte, même si elles ne possèdent pas de terre à proprement parler, sinon un petit lopin cédé par un mari ou un frère. Les femmes sont les premières responsables de la transformation de l’arachide et du mil, produits de base très cultivés. Vanner, décortiquer, moudre, cuire à la vapeur plusieurs fois et préparer le produit final exige temps et énergie. Heureusement, certaines machineries sont maintenant à la disposition des femmes pour alléger un peu ces travaux.

Pourtant, en plus de toutes ces tâches, ces femmes ne négligent pas le nettoyage des chambres et de la cour chaque jour. Les places publiques, comme les rues, le poste de santé et la mosquée, doivent également être balayées chaque semaine, surtout en période d’hivernage. De plus, il incombe aux femmes de faire la lessive et le repassage des vêtements de toute la famille une fois par semaine. Elles bénéficient souvent de l’aide de leurs plus grandes filles pour cette tâche. L’éducation et l’entretien de l’enfant sont assurés par toute la famille, mais plus particulièrement par la maman. Elle doit s’occuper de son alimentation, de son hygiène, de sa santé et de sa protection.

Finalement, les femmes doivent assister à une foule de réunions, portant sur les réalités vécues dans la communauté, tant sur le plan religieux, financier qu’organisationnel, et ce plusieurs fois par semaine.

19h00 a sonné, il faut entamer la préparation du dîner, qui pourra être servi vers 22h00. C’est après tous ces travaux que les femmes vont se reposer quelques heures pour pouvoir recommencer le lendemain, en gardant espoir et foi en l’avenir.

 

Aperçu de la problématique de l’emploi chez les jeunes Sénégalais
Par Yakhya Diallo, partenaire de Mer et Monde et ancien animateur pour les 50 ans et plus

Au Sénégal, 75 % de la population est âgée de moins de 30 ans. Ce déséquilibre démographique entraîne de nombreuses conséquences. Toutefois, le véritable problème des jeunes du Sénégal demeure celui de l’emploi. Les politiques ne proposent pas de réelles solutions. Beaucoup d’initiatives d’insertion comme le FNPJ (Fonds national de promotion pour l’emploi jeune), le PIJ (Programme d’insertion des jeunes) et tant d’autres n’ont pas résorbé le chômage des diplômés et des non-diplômés.
Ce problème majeur lié au manque d’emploi entraîne d’ailleurs un autre phénomène, répandu : l’exode rural. Nous assistons à un départ massif des jeunes vers la ville. Certains partent de leur village natal pour aller poursuivre leurs études dans les centres urbains et y demeurent par la suite. D’autres abandonnent l’école pour aller chercher du travail en ville. Il faut dire que cet exode rural était auparavant saisonnier.
Les jeunes partaient trois ou quatre mois durant les grandes vacances estivales de juillet à fin septembre pour travailler et préparer l’année scolaire. D’autres quittaient après les travaux champêtres pour séjourner temporairement en ville. Cependant, cet exode est maintenant quasi-permanent, motivé principalement par la recherche d’un emploi, aussi précaire soit-il.

Parmi tous les jeunes qui se déplacent vers la ville, la plupart sont des filles, aspirant à une vie meilleure, parties pour soutenir financièrement la famille restée derrière. Elles doivent alors souvent se contenter de se livrer aux travaux domestiques chez des gens plus fortunés (emploi souvent connu ici sous le nom de « bonne »). Ce travail au noir entraîne de nombreuses difficultés. Ces jeunes filles sont victimes de sous-emploi : elles sont mal payées, leur travail dépendant du bon vouloir de l’employeur. Elles ont très souvent une lourde charge de travail : lessive, cuisine, ménage et soin des enfants. Certaines sont même victimes de chantage et d’abus sexuel. C’est un phénomène tout à fait regrettable, car le travail ne devrait pas impliquer une soumission, mais bien garantir la dignité de la personne, tout en respectant le code du travail.

 

 

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