Syndicalisme, mondialisation et
solidarité international

Par Gilles Audette, Directeur général, Fondation de la formation économique, Fonds FTQ et président du CA de Jeunes et Société

Dans leur quête de profits maximums, les entreprises transnationales ont réorganisé la production et l’emploi sur une base planétaire. Elles ont choisi des pays leur offrant une main-d’œuvre à bon marché, avec des normes de travail faibles ou peu respectées.

Cela a entraîné des pertes d’emploi dans les pays industrialisés, les pays d’origine de ces transnationales. Les pressions ont aussi été fortes pour une réduction des coûts de la main-d’œuvre dans ces pays.

Des conséquences pour l’action syndicale

Ce monde et ce marché du travail en transformation ont des effets certains sur la capacité du mouvement syndical de continuer à améliorer les conditions de vie de ses membres.
Cet objectif d’améliorer les conditions de vie et de travail est partagé par les syndicalistes de tous les pays. La nécessité de travailler ensemble plus étroitement tombe sous le sens.
Pour des motifs économiques. Pour des motifs sociaux.
Répartir la richesse, c’est aussi répartir le droit de consommer, en continuant à développer une analyse critique sur les effets sur l’environnement de nos façons de produire et de consommer, où que ce soit dans le monde.
Le relèvement des conditions de vie est tout aussi essentiel. Il en va de la sécurité et de la paix sur cette planète. Les inégalités et les injustices sont le fondement de toutes les révoltes, rébellions et guerres.

Moyens d’action utilisés par les syndicats :

LES ACCORDS-CADRES

La plupart des syndicats québécois et canadiens sont réunis au sein de diverses fédérations internationales syndicales. Ces organismes ont reçu le mandat de négocier, avec les entreprises transnationales, des accords-cadres dans lesquels on retrouve le respect des droits fondamentaux des travailleurs tels que définis par l’Organisation internationale du travail (OIT).
À ce jour, plus d’une centaine d’accords-cadres ont été signés. C’est peu, mais c’est un pas dans la bonne direction.

L’INVESTISSEMENT RESPONSABLE

Trop souvent, nos caisses de retraite travaillent contre nous, contre d’autres travailleurs ailleurs dans le monde, quand notre argent est investi dans des entreprises ayant des comportements antisyndicaux et ne respectant pas le minimum en matière de droits humains, du travail ou de l’environnement. Le Fonds de solidarité FTQ possède son propre code de conduite pour les investissements à l’international. De plus en plus de fiduciaires syndicaux des caisses de retraite appuient des résolutions lors d’assemblées d’actionnaires qui vont dans ce sens.

LES FONDS SYNDICAUX DE COOPÉRATION

Quatre syndicats affiliés à la FTQ ont créé des fonds de coopération qui visent à soutenir des causes humanitaires, ici et dans d’autres pays. Ces fonds sont alimentés par des cotisations volontaires des membres des syndicats affiliés.

RENFORCER LE SYNDICALISME DANS LE MONDE

Le mouvement syndical québécois et canadien a, de tout temps, soutenu le développement du syndicalisme ailleurs dans le monde.

Dans plusieurs pays en voie de développement, la répression physique est une arme aux mains d’employeurs qui maintiennent les travailleurs dans des conditions proches de l’esclavage. Il est clair que lorsque le seul fait d’organiser un syndicat et de tenter de négocier une convention collective met des vies en danger, le syndicalisme ne peut pas se développer. Il est impossible de défendre des droits collectivement si le droit d’association est nié, si des syndicalistes sont emprisonnés, disparaissent, subissent la torture ou sont assassinés. Dénoncer ces situations et faire pression sur les entreprises et les gouvernements responsables, c’est aussi lutter pour renforcer le mouvement syndical un peu partout dans le monde.

Depuis plusieurs années, la FTQ, en coordination avec le CTC et avec l’appui de syndicats affiliés, offre des programmes de soutien à des organisations syndicales de pays en voie de développement, notamment en Afrique francophone et en Haïti.
Notre modèle de formation syndicale, qui vise la formation de formateurs et formatrices de la base, est facilement exportable. Qui plus est, il permet une prise en charge locale qui contribue au développement de l’autonomie des syndicats.

La FTQ est aussi associée au Centre international de solidarité ouvrière (CISO). Celui-ci organise des missions d’observation, d’échange et de solidarité dans des pays en voie de développement. Il faut prendre conscience que nos actions de renforcement du mouvement syndical dans d’autres pays servent aussi à nous renforcer grandement. Les militants qui participent aux activités de formation ou à des visites de projet reviennent au pays avec une vision très différente de leur propre militantisme, et avec des réflexes beaucoup moins protectionnistes, ce qui dynamise leur action locale mais aussi l’action de leur syndicat.

 

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