Les mains (note à moi-même)
Par Émile Proulx-Cloutier, porte parole de Jeunes et Société

Émile, au moins une fois par jour, arrête-toi quelques instants et contemple le geste précis de toutes ces mains qui travaillent autour de toi : le vieux vietnamien dans la cuisine du resto, le tailleur derrière sa vitrine, le serrurier à la porte d’en face.

Laisse-toi happer par la beauté du geste répété mille fois. C’est un geste appris, maîtrisé, perfectionné, transmis.

D’un coup d’œil, tu l’as autrefois jugé aliénant. Mais non. C’est l’organisation inhumaine du travail qui le rend trop souvent aliénant. Le geste du travail serein, le geste patient, constant, nécessaire, ce geste-là offre à ton regard un métronome réparateur qui tempère la vitesse illusoire du monde.

Tes mains à toi s’agitent, elles tâtonnent, griffonnent, performent, et souvent bougent à outrance, dans le vide, comme pour extraire les mots qui piaffent dans ta tête. Regarde ces mains qui savent, ces mains sculptées d’histoires, porteuses d’une charge signifiante.

Bien faire. Dormir. Recommencer. Voilà ce qu’elles disent.

Puisse cette méditation de chaque jour te rappeler la constance de toutes les autres mains : celles de l’infirmière, de l’arpenteur, du pêcheur, du chercheur… et de la prof de première année qui aura, un jour, à façonner un coin de l’esprit de ton fils.

 
Laisser couler l’existence
Par Marie-Claude Lépine, résidante de la Ferme Berthe-Rousseau
   
La campagne a ça de bon
Travailler la terre
Pour la faire respirer
Au rythme des saisons
Savoir se reposer

Travailler la terre
Pour remuer la vie
Inspirer le bon air
Tant qu’on en a envie

Sur la galerie
Jeter un œil sur le soleil
Une journée bien remplie
À cueillir les groseilles

La pluie s’annonce pour demain
On en profitera pour « canner » les tomates
On aura l’aide des voisins
Nous irons chez eux pour les aromates

La chienne revient d’une promenade dans les bois
À sa gueule une patte de chevreuil
Il ne faut pas qu’Amélie la voie
Elle en tomberait en bas de son fauteuil

Fermier, un métier pour la vie
Se nourrir de la terre
Jardiner, héritier de la vie
S’inspirer le cœur par la chataire

La campagne a ça de bon
Laisser couler l’existence
Ne pas contrôler son aisance
Au profit des patrons

Laisser couler l’existence
La vie est si fragile
Laisser vivre la confiance
Pour ne pas perdre le fil

       

 

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