Le travail qui fait vivre
Par Martin Couture, permanent à la Ferme Berthe-Rousseau

Pas facile de s’asseoir pour écrire alors que le printemps nous appelle dehors, même si on doit écrire sur le travail.

C’est justement ça le plus beau dans le travail, cette envie de se lever et de sortir pour répondre aux besoins du monde, aux nôtres et à ceux des autres. Ce besoin de se sentir vivant, actif, utile. Ce besoin de se sentir en lien avec l’humanité grouillante, cette humanité en évolution.

Le travail peut nous faire grandir, mais il peut aussi nous écraser. Il peut nous faire du mal quand on fait un travail inutile, un travail nuisible, une tâche qui va contre notre conscience, un travail qui ne respecte pas nos fragilités physiques ou psychologiques.

À la Ferme, on a l’immense privilège de savoir pourquoi on travaille. On s’affaire premièrement à produire de la nourriture. Ce n’est pas compliqué comme idée et ça rejoint à peu près tout le monde. À l’intérieur de cette production d’aliments et autour d’elle, il y a un peu de tous, le travail à l’étable et au jardin, la transformation, la préparation des repas, l’entretien des bâtiments et du terrain, les communications, l’animation, etc.

Il y a donc du travail pour tout le monde, pour les gros bras et pour les grosses têtes. On ne fait pas toujours les mêmes tâches, les saisons nous imposent leurs rythmes.

C’est bon et c’est beau de travailler à la Ferme, mais ce n’est pas magique. Les bons côtés sont évidents : on apprend à se structurer, on se met en forme, on développe des talents souvent cachés, on entre en relation avec d’autres travailleurs. Ce n’est pas magique, parce qu’on a à lutter contre l’illusion qu’on peut vivre sans travailler et qu’il s’agit souvent même d’un idéal. On attend la retraite avec impatience, on rêve de gagner au loto. L’étincelle qui nous allume quand le printemps nous appelle n’est pas toujours là, elle s’éteint parfois.

Ensemble on continue à réfléchir sur le sens que l’on donne au travail. On essaie d’éveiller ceux qui dorment trop et on tente de ralentir ceux qui ne savent pas s’arrêter. Nous souhaitons que notre travail soit de plus en plus utile, respectueux de la nature et des autres, efficace si possible. Nous souhaitons que le travail nous fasse grandir.

On n’a pas fini d’en parler.

 

< précédente