L’espoir renaît pour les forêts de Kloto !
par Amevo Gadagbui, responsable de la formation à Mer et Monde

Il y a plusieurs dizaines d’années, nous allions dans la forêt de Missahoe pour récolter du bois de chauffage, cueillir des noix, noisettes, des fruits, du miel puis ramasser des champignons comestibles, des tubercules... Au cœur de cette forêt dense, nous y découvrions des phénomènes magnifiques, parfois surprenants et étranges à l’instar de la pluie sous forme de gouttelettes et des endroits très propres considérés des demeures des fées. Nous devions à cette forêt la plupart de nos aliments qui étaient développés à partir des espèces végétales ou animales qu’on y trouvait. De plus, cette forêt nous procurait la grande majorité de nos médicaments notamment les antibiotiques utilisés pour le traitement de nos petites blessures puisque nous possédions quelques rudiments de la médecine traditionnelle léguée par nos parents La forêt de Missahoe était un terrain expérimental où étudiants et enseignants des grandes écoles du Togo venaient pour leurs recherches.

Malgré tous ces prélèvements qui contribuaient sans doute à la destruction de cette forêt, la vie s’y menait dans une parfaite symbiose et sans grands dangers. Pour tous ces multiples services de survie, cette forêt était vénérée, sacrée et protégée. De rares espèces végétales et animales étaient considérées « totems » que nul n’avait le droit de prélever. Et, j’ignorais qu’un jour de cette réalité il ne resterait que des beaux souvenirs…

En fait, la dévastation de la forêt de Missahoe a commencé depuis les années 1970, période pendant laquelle la surface des forêts denses du Togo passa de 449,000 à 140,000 hectares. Ce désastre est attribuable aux actions humaines. Attirés par la forêt et ses terres, des habitants venus d’autres régions ont fait doubler en vingt ans la population de certains villages riverains. La zone devenue densément peuplée fut soumise à de fortes et constantes pressions de la culture d’une nouvelle variété de café.

Durant des dizaines d’années, une espèce améliorée de café exigeant plus de lumière fut introduite amenant à des grandes cultures mono spécifiques caractérisées par la suppression des arbres. Cette culture de café contribua à rompre les relations harmonieuses existant entre les riverains et la forêt de Missahoe, favorisant ainsi son envahissement total.

Puis les effets pervers de la chute successive du prix du café et de la dévaluation du franc CFA obligèrent les riverains à s’en prendre à la forêt de Missahoe considérée symbole de l’État et de son administration forestière autocratique qui étaient accusés d’être à l’origine de leur misère à tort ou à raison. La gestion unilatérale avait de ce fait contribué à miner et saper les efforts de la préservation de la forêt de Missahoe. Y était désormais pratiquée d’une manière extensive et sur brûlis, la monoculture, complice de la pression conjuguée des coupes.

Par conséquent, la région enregistra de dures perturbations et calamités naturelles d’incendies successifs, de sécheresses, d’irrégularités des saisons puis d’inégale répartition des pluies imputables à la déforestation. Il fallut tous ces dégâts pour qu’heureusement, naissent la volonté, l’éveil et la prise de conscience des paysans. Dès lors, leur parole se libéra et leur idée de restaurer la forêt devînt une préoccupation essentielle. Depuis 2002, la mobilisation massive de la population conduisit à l’élaboration d’un modèle d’aménagement et de gestion participative et durable de nos forêts. Dès lors, tout le monde a compris que le sort des forêts de la région de Kloto était dans leurs mains. Finalement, l’espoir renaissait, car cette réussite servit de leçons pour l’avenir d’autres forêts.

 

Contre les bucherons de la
forest de Gastine

Pierre De Ronsard (extrait)

Escoute, Bucheron (arreste un peu le bras)
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?
Sacrilege meurdrier, si on prend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de destresses
Merites-tu, meschant, pour tuer des Déesses ?
………….
Adieu Chesnes, couronne aux vaillans citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnastes à repaistre,
Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sceu recognoistre
Les biens receus de vous, peuples vraiment grossiers,
De massacrer ainsi nos peres nourriciers.
………….
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie !
Ô Dieux, que véritable est la Philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin perira,
Et qu'en changeant de forme une autre vestira :
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cyme d'Athos une large campagne,
Neptune quelquefois de blé sera couvert.
La matiere demeure, et la forme se perd.

 

 

< précédente