Yarakh en marche !
par Renée Boissonneault, stagiaire de Mer et Monde de mai 07 à février 08 (stage ACDI)

« La mer n’est pas une poubelle! » Cette expression faisait partie de mon quotidien lors de mon séjour à Yarakh, village de pêcheurs situé sur le littoral de la Baie de Hann au Sénégal.

Des échos de conversations me reviennent au sujet de cet endroit qui a déjà été une merveilleuse plage qui attirait des touristes du monde entier. Depuis les 30 dernières années, un développement industriel et manufacturier intense a vu le jour dans cette région. Environ 70% des industries sénégalaises sont implantées autour de la Baie de Hann. Que ce soit des industries alimentaires, de textiles, de cosmétiques, les réseaux d’assainissement sont peu ou pas développés, les législations environnementales peu officielles et les mesures de sécurité très floues.

En marchant dans le village, mes sensations visuelles et olfactives ont travaillé fort. J’ai vu des canaux de déversement de produits toxiques industriels se rendant directement à la mer, des chiens bleuâtres, sans poils, transformés ainsi en raison de l’ingestion de morceaux de viande contaminés de produits chimiques provenant d’un abattoir tout près, des femmes déverser leurs déchets ménagers directement à la mer…et j’en passe.

Mais, plus important encore, a été de côtoyer des gens conscients de la situation, des paroles à partager et des gestes à poser pour améliorer leurs conditions de vie. J’ai rencontré des gens engagés, motivés à agir et ouverts aux suggestions. C’est grâce à leur ouverture et à leur soutien que j’ai pu élaborer et concrétiser mes idées.

Mon mandat de stage était de faire de la sensibilisation environnementale à l’école Khadim. Ici, j’ai travaillé avec la troupe de théâtre et nous nous sommes concentrés sur les enjeux environnementaux du milieu. La pièce mise sur pied et représentée rappelait l’importance de ne pas utiliser la mer comme une poubelle et d’aller porter les ordures au camion, qui passait dans le village tous les jours. Les passerelles étant trop étroites, le camion d’ordures ne pouvait pas se promener dans le village, donc le son de son klaxon annonçait son arrivée. Il s’agissait donc de l’attendre. De plus, dans la pièce, l’importance de la végétation a été soulignée. La troupe a fait des représentations dans des écoles, des centres communautaires et même au Parc forestier et zoologique de Hann. En raison de la popularité du théâtre au Sénégal, la troupe a connu un grand succès. Les élèves étaient fiers, mais surtout très conscients de l’importance de transmettre leur message environnemental. À l’école, nous avons aussi continué les corvées de nettoyage de la plage, nous avons fait de l’art plastique avec du matériel recyclé et nous avons fait des compétitions de jeux pédagogiques environnementaux.

Cette « tournée de sensibilisation », rendue possible grâce aux efforts et à la participation des élèves et grâce au soutien de M. Max Diop, directeur de l’école Khadim, et grâce à l’ouverture des autres écoles et des autres organismes, c’est davantage concrétisée par l’entremise de la marche environnementale que nous avons organisée. Après avoir rencontré plusieurs gens de Yarakh, la communauté c’est tenue par les mains et plusieurs élèves, enfants, adultes, guidés par la Croix Rouge et par des gendarmes, ont marché au travers Yarakh en sensibilisant au sujet de l’environnement par leur présence, leur voix, leurs slogans, leurs affiches, jusqu’au Parc forestier et zoologique de Hann. Ce fut un moment fort et magique grâce à la solidarité des citoyens de Hann.

Le Parc, ces « poumons verts de Dakar », m’ont vraiment permis de me ressourcer et je ne cessais de partager, à ma façon, l’importance de sa sauvegarde. Par l’entremise d’un ami, j’apprends que le Parc de Hann est de plus en plus souligné et médiatisé. Le désir fervent des populations de Yarakh de préserver cette réserve naturelle est très vivant et leur lutte est constante.

Outre l’école, je me suis impliquée au sein de la communauté. Lors de mon séjour, je rencontrais plusieurs associations environnementales déjà implantées dans la communauté et ce que j’ai remarqué est que chacune se battait pour la même cause, mais séparément. Selon moi, une synergie leur serait avantageuse et c’est à ce moment que j’ai présenté l’idée d’un réseau environnemental. Leur union ferait leur force et les Sénégalais ont accueilli mon idée à bras ouvert. Les associations ont donc formé un réseau bien établi qui leur permettrait de discuter des problématiques environnementales de leur milieu. Par l’entremise d’amis sénégalais, j’ai appris que le réseau fonctionne encore et que les membres sont encore très actifs au sein de la communauté.

Le centre socioculturel de la commune de l’arrondissement de Hann Bel Air m’a beaucoup touchée, particulièrement le centre de microjardinage. Ibrahima Seck, gestionnaire du centre, est socialement et culturellement engagé et promeut cette agriculture urbaine. J’ai rencontré des organismes et même des ménages qui faisaient pousser leurs propres légumes et leur propre menthe pour l’heure du thé. Cette initiative est exceptionnelle et la population, surtout les femmes, se montre de plus en plus intéressée.

Je n’étais que de passage au Sénégal et comme acteur de l’extérieur, j’ai analysé, j’ai suggéré, je me suis engagée par amour dans cette communauté et j’ai grandi. Grâce à l’ouverture, à la générosité et à la « teranga » des citoyens de Yarakh, tout a coulé et c’est mis en place. Aujourd’hui, ces citoyens engagés continuent d’affronter leur réalité environnementale et savent prendre leur place en tant qu’acteurs de changement. Que Dieu les protège!

 

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