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De : Émile Proulx-Cloutier *
À : Père-Noël
Envoi : 21 décembre 2010

Cher Père-Noël,

De grâce, ne m’envoie rien. J’essaie d’alléger ma vie. Surtout que la planète étouffe et le climat dérape. Alors, pas de bébelles! Cependant, ma tête aussi est lourde. Lourde de questions sans réponse. Alors, pourrais-tu alléger ma tête? Juste un peu.

Tout d’abord, la Question-Mère:
Comment. Convaincre. Ceux. Qui. S’en. Foutent. ? ? ?

Prêcher l’urgence d’agir aux écolos, aux convertis, ça va. Mais briser la coquille d’indifférence des autres, on fait ça comment? Des livres? Des pétitions? Des manifs bordéliques? Des attentats? Symboliques? Violents? On peut pas juste soupirer entre nous. Il faut engager la joute. Comment le faire sans qu’un apôtre du «gros bon sens» nous traite de nouveau curé, de catastrophiste, d’éteignoir économique ou de marchand de bonne conscience? Sans que l’argumentaire soit aisément démonté par les bémols ronflants d’un blogueur climato-sceptiques?

Puis là, hop, arrivent les petites-questions-pas-fines : ne sommes-nous pas tous, au fond climato-sceptique? Bien sûr, nous savons, dans nos têtes, que le bilan de santé du globe s’aggrave. Mais ce savoir s’incarne-t-il vraiment dans un mode de vie conséquent. Avec notre petit bicycle, notre petit bac vert et nos quelques bouquins de fin du monde, ne serions-nous pas comme le cancéreux plein de bonne volonté qui passe de trois paquets par jour à deux et demi?

Certains Allemands prétendent qu’en 1941, ils ignoraient totalement les horreurs perpétrées par les leurs à quelques kilomètres des grandes villes. Dur à avaler, certes, mais ils ont droit au bénéfice du doute. Par contre, dans 35-40 ans, mon fils me demandera: « En 2011, vous saviez déjà, hein papa? » Je serai forcé de dire « Oui ». Mais alors, comment lui justifier ce qu’on aura laissé aller? Avec quels mots?

Et puis viennent enfin les questions-qui-se-mordent-la-queue : à force d’avoir ainsi la bouche pleine de catastrophes, est-ce que je ne risque pas de me brûler la langue et les papilles? Jusqu’à ne plus rien goûter, ni rien pouvoir articuler? Est-ce que, sans le savoir, je m’autoprogramme lentement à l’indifférence? Par fatigue morale? Par survie?

Père-Noël, est-ce que je délire?

Émile

P.S. : Est-ce vrai que ta shop a coulé dans l’Arctique? Il y a des rumeurs…

* Émile Proulx-Cloutier est porte parole de Jeunes et Société

 

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