Au Sénégal comme au Québec
par David-Martin Milot, stagiaire Mer et Monde en 2008

Il y a maintenant 3 ans, j’ai eu le bonheur de réaliser un stage maison avec Mer et Monde au Sénégal. Bien que j’allais débuter mes études universitaires en médecine à l’Université McGill dans les semaines suivant mon retour, je me lançais à l’aventure comme stagiaire maison sans savoir quel serait le projet auquel je participerais. Maintenant que je suis bien immergé dans l’externat de mon programme, je ne peux que remercier Mer et Monde de m’avoir placé avec le groupe de l’Université Laval qui réalisait alors un stage d’observation en médecine. Comme quelques autres expériences marquantes, celle-ci aura certainement contribué à forger cette esquisse de ma carrière future que certains qualifient d’inhabituelle ou idéaliste. Explications à venir plus tard!

Pendant ma première semaine à Dakar, j’ai donc eu la chance de rencontrer des protagonistes de tous les niveaux du système de santé sénégalais. En effet, ledit système en est un pyramidal. En termes d’expertise et de disponibilité des équipements médicaux, les grands centres de santé urbains se retrouvent au sommet de la pyramide et ont la charge d’un certain nombre d’hôpitaux secondaires. De ces derniers relève un nombre déterminé d’hôpitaux plus périphériques et il en va ainsi jusqu’aux petits postes de santé des villages. Dépendamment de la complexité des soins à prodiguer, un patient sera référé à un niveau ‘supérieur’ pour obtenir l’attention qu’il nécessite. La plupart des systèmes de santé de pays en voie de développement sont organisés ainsi. Comme tout autre système, celui-ci a ses avantages et ses désavantages. Tout d’abord, il permet une excellente couverture en superficie, puisqu’il rejoint autant les citadins dakarois que les groupes d’une ou deux familles vivant en retrait des villages pour s’occuper du bétail. Il y a donc un potentiel de succès pour les programmes gouvernementaux à grande échelle. Ces programmes manquent parfois de consistance et de suivi, mais une gérance plus adéquate pourrait les rendre extrêmement prolifiques. Le système rend également possible l’implication d’une multitude de Sénégalais qui agissent comme agents de santé dans leur communauté. Ceux-ci veillent souvent à préparer leur propre relève afin que l’endroit d’où ils proviennent continue d’être couvert par le système de santé. Les désavantages de ce système se situent surtout au niveau des coûts que doivent défrayer les personnes gravement malades pour se rendre aux grands centres fréquemment, puisque leur village n’a pas les installations et médicaments nécessaires. Ainsi, les Sénégalais en région éloignée sont souvent réticents à l’idée de se faire soigner, puisqu’un diagnostic requérant un suivi médical continu pourrait les ruiner. Finalement, la qualité des soins diffère d’un niveau à l’autre et l’expertise se concentre dans la capitale, puisque les médecins spécialistes se déplacent rarement dans les régions rurales. Les ressources matérielles sont également centralisées, limitant ainsi les services offerts en périphérie.

Après cette première semaine fort éducative, je me suis rendu dans un charmant village nommé Kissane pour prêter main-forte à une infirmière dans un dispensaire, établissement situé sur l’avant-dernier échelon du système pyramidal précédemment évoqué. J’ai pu assister à une multitude de consultations et poser les quelques actes médicaux que mon niveau d’étude me permettait. J’ai également eu le bonheur de participer à une campagne de sensibilisation à la santé dans les régions couvertes par mon dispensaire, distribuant moustiquaires, vitamines et faisant du même coup le recensement des enfants. Ces expériences ont été riches en prises de conscience. Tout d’abord, alors que la population canadienne se bat maintenant contre le fléau des cancers à un âge souvent avancé, les Sénégalais meurent encore de maladies infectieuses qu’une simple eau non infectée pourrait éradiquer, et ce, à un âge extrêmement précoce. De plus, les priorités sénégalaises sont bien différentes des nôtres, puisque la vie et survie immédiates importent davantage que la santé à long terme. Les Sénégalais attendent donc longtemps avant de consulter l’expert médical lorsqu’ils sentent quelque chose de différent, d’anormal. Malheureusement, il se peut qu’ils aient alors traversé le point de non-retour dans l’évolution de leur maladie.

Somme toute, mon expérience en santé au Sénégal fut bien particulière et différente de tout ce que j’ai pu voir depuis mon retour au Canada. Les polémiques de ce domaine observées au Sénégal sont devenues les fondements de mon intérêt actuel pour la médecine sociale que certains surnomment la ‘médecine de rue’. Je veux donner un coup de main à ceux pour qui l’accès aux soins primaires ne semble pas être chose due ici même, au Canada. Je parle des populations marginalisées souvent reléguées à la rue, des immigrants perdus dans un monde différent du leur, des exclus de notre système social. C’est un problème que l’on préfère mettre de côté en vantant le caractère public de notre système de santé qui fonctionne pourtant à deux vitesses. Je veux joindre ces personnes oubliées dans leurs combats qui s’apparentent étrangement à ceux des Sénégalais, dans le seul but que la santé devienne pour eux une formalité et non un privilège, inch’Allah! Le Sénégal restera toujours l’initiateur et le moteur de mes actions, malgré les kilomètres et les années qui m’en séparent.

 

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