La ferme Berthe-Rousseau, remède à bien des maux
par Dr Matthieu Tittley  

D’abord, me présenter. Aujourd’hui, je suis un médecin-psychiatre travaillant au Centre Hospitalier Universitaire de Sherbrooke. Fier papa de deux merveilleux garçons. Il y a environ dix ans, j’étais membre du premier groupe d’étudiants en médecine de l’Université Laval en stage au Honduras avec Mer et Monde. Deux mois inoubliables. Quelle expérience! Après cette aventure, j’ai perdu de vue Martin, Sally et la Société Mer et Monde, absorbé dans mes études. Jusqu’à un jour de 2007 ou 2008 où je croise, au département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, deux visages connus. Martin et Sally venaient chercher un patient pour l’amener à la ferme. J’ai ressenti une grande joie de revoir ces deux êtres, deux balises immuables sur le parcours de ma vie. Par la suite, j’ai référé quelques-uns de mes patients à la ferme. Des gens en recherche d’un milieu pour une convalescence, pour réapprivoiser la vie, pour cheminer dans leur quête d’autonomie… Autant d’objectifs différents de séjourner à la ferme, autant de perspectives que d’individus. C’est donc dans ce contexte que Martin a pensé à moi pour cette rubrique.

Sous quel angle aborder le lien entre le Centre Berthe-Rousseau et la santé? D’abord, définir la question est toujours utile. Qu’est-ce que la santé? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est un état de complet bien-être physique, mental et social, et qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Bien-être physique. En quoi la ferme y contribue-t-elle? L’un des pires fléaux de notre société est la sédentarité. Elle favorise le gain de poids, le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie et, via ces facteurs de risques, les maladies vasculaires comme l’infarctus cardiaque, l’accident vasculaire cérébral, l’insuffisance rénale, etc. À ce sujet, à la ferme, exit la paresse! Le mode de vie actif qu’on y prône fournit les outils nécessaires à une bonne forme physique. L’éloignement des centres urbains densément industrialisés et automobilisés assure un air de qualité. Les asthmatiques, bronchitiques et autres fragiles des poumons y trouvent un répit. L’aspect alimentaire mérite aussi mention. Le concept d’agriculture bio, telle que pratiquée à la ferme, avait initialement été reçu avait tiédeur par une partie importante de la communauté scientifique, si ce n’est avec moquerie ou même mépris. On associait ce mouvement à des hippies manqués ou des illuminés. Mais la recherche et la diffusion de l’information ont permis de révéler de nombreuses aberrations dans les procédés de production, de transformation, d’emballage et de transport de l’agriculture commerciale, remplissant nos assiettes de produits parfois plus nuisibles qu’utiles pour notre santé, notre portefeuille et notre planète.

La santé mentale maintenant. Et j’aborderai du même souffle la santé sociale, les deux étant si intimement liées. En quoi la ferme y contribue-t-elle? Toujours selon l’OMS, la santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d'être en mesure d'apporter une contribution à la communauté. Une statistique largement acceptée révèle qu’une personne sur cinq au Canada souffrira, à un moment ou un autre de sa vie, d’un problème majeur de santé mentale. Du travail assuré pour mes vieux jours… La dépression est la principale cause d’incapacité au travail dans le monde, en particulier en Occident. Le Centre Berthe-Rousseau accueille des gens vivant différents types et différents niveaux de souffrance humaine. Pour certains, la qualité de vie qu’ils y trouvent est une expérience totalement nouvelle. Elle est possible grâce à de nombreux facteurs : un accueil chaleureux et sans préjugé, sinon un préjugé favorable envers la valeur et la force inhérentes à chaque individu; une opportunité de se réaliser dans une expérience de travail où les résultats de nos efforts sont concrètement appréciables sous la forme des produits de la ferme; une routine de vie structurante, permettant un sentiment de sécurité et de stabilité; un rythme de vie raisonnable, loin de la bousculade incessante de nos obligations modernes qui explique en partie les hauts taux de dépressions et de suicides dans nos sociétés; une oreille attentive toujours disponible en la personne de l’un des permanents ou d’un camarade bienveillant, pour les moments de doute ou d’angoisse.

Bref, le Centre Berthe-Rousseau constitue, pour ses visiteurs et occupants, un havre de paix et de santé. C’est vrai tant du point de vue de la santé physique que mentale. Puissent ses artisans contribuer encore longtemps à la qualité de vie de notre communauté, et en particulier, de celle de mes patients!

Longue vie à la ferme… et en santé!

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